Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | July 16, 2017

France: abolitionnisme & colonialisme

France : abolitionnisme & colonialisme

Grüß Gott !

La France, pays des Droits de l’Homme, en lutte contre l’esclavage, colonise humanitairement.

Centrepompidou.fr / L’esclavage, la France, les abolitions, les enjeux / Françoise Verges / Video / Internet:

« Traite négrière et esclavage »

« Pourquoi l’esclavage et la figure de l’esclave sont de tels points aveugles dans la pensée française ? »

« la traîte négrière et de l’esclavage ( …) quelque chose qui a commencé au 16e et qui s’est terminé, en tant que système, au milieu du 19e siècle. »

« Pourquoi, en France, on a surtout célébré la mémoire de l’abolition, et très rarement, sinon jamais, celle de l’esclavage ? » (…)

« Ces questions n’ont jamais non plus été débattues largement par la population française, même au temps de la lutte contre l’esclavage, au temps de l’abolitionnisme, au temps du 18e et 19e siècles. Ce ne sont jamais des grandes questions en France. Jamais elles n’atteindront l’intensité qu’elles ont en Angleterre ou aux Etats-Unis. Jamais. » (…)

« C’est une question qui n’a jamais été pensée comme une question sociale et culturelle en France. Donc, c’est pour ça. Il y a aussi la difficulté de penser ce système, c’est-à-dire l’exploitation la plus brutale et accomplie d’êtres humains par d’autres êtres humains. (…) sur la relation qu’entretient la France avec son Outre-Mer, celui qui est issu de l’esclavagisme, ce qu’on appelle les départements d’Outre-Mer, entre l’indifférence et l’irritation, (…) la difficulté de réconcilier cette patrie des Droits de l’Homme qui est l’identité que s’est donnée la France, et le régime d’exclusion organisé de ces droits qu’est l’esclavage. » (…)

« 1848, où, en fait, l’abolition de l’esclavage s’inscrit comme oubli de l’esclavage. Le moment de l’abolition de l’esclavage, c’est la possibilité d’oublier l’esclavage. C’est, en donnant la liberté, la France s’absout, si vous voulez, de ce crime, et institue l’amnésie sur ses crimes. » (…)

« 1848, c’est aussi deux moments, comme vous le savez : la Seconde République, par un décret, abolit l’esclavage dans les colonies françaises, et par un décret, dans le même mois, déclare que l’Algérie est département français. On a donc les deux moments de l’émergence de cet empire colonial qui sera ensuite construit par la 3eme République, et de la fin. Donc, on a la fin d’un certain monde colonial, au même moment d’une naissance, c’est concomittant, de la naissance d’un nouveau monde colonial. » (…)

« La fin de l’esclavage est lié à la naissance de ce nouveau monde impérial, de ce nouvel empire colonial. Donc, on passe d’un empire colonial à un autre. »

« Et l’abolitionnisme, on le sait, va servir de justification à cette conquête coloniale – que ce soit Madagascar ou l’Algérie, ou dans des pays dits d’Afrique noire. C’est-à-dire, qu’au nom de la lutte contre l’esclavage, on va envahir ces pays. » (…)

« Ça fait partie des discours de la conquête coloniale. C’est-à-dire, on va à cette conquête pour libérer les personnes asservies par les monarques, les rois et les reines, les tyrans locaux. Et on va justifier la conquête coloniale, parce que la conquête coloniale va donc se faire pour libérer ces populations asservies par des tyrans. Et tout l’abolitionnisme va construire justement le personnage de l’abolitionniste comme quelqu’un qui sauve l’Africain de la tyrannie. »

« L’abolitionnisme va être un fort récit humanitaire, un très important récit humanitaire. Il va soutenir une politique humanitaire d’intervention. Il va justifier l’intervention dans les pays souverains, au nom de cet abolitionnisme. »

« Après 1848, il y a toute une série de conventions qui sont signées par les pays européens pour justement faire en sorte que l’esclavage soit des crimes qui soient poursuivis. Donc, on va, et c’est une loi qui va devenir une loi universelle, une loi internationale. Tous les pays devraient y être soumis, même s’ils n’ont pas signé cette convention. Ce qui autorise donc un pays qui a signé la convention à intervenir dans un pays souverain, ce qui autorise par exemple la France, à intervenir à Madagascar, qui est un royaume à l’époque, à intervenir au nom de ces conventions, pour aller sauver les Malgaches qui seraient asservis par la royauté malgalche. »

« 1848 est un moment vraiment important, en cela qu’il a, par son discours, par ce qu’il institue, il efface tout ce qui avait précédé. La traîte négrière et l’esclavage, on n’en parle plus, puisque c’est la liberté qui compte. Et ensuite, il cache aussi ce qui va suivre, c’est-à-dire toutes les conquêtes coloniales (…) Guyane, Martinique, Réunion, on ne s’en occupe plus ».

« On fait que comme si d’avoir aboli, que d’avoir empêché que des gens vendent d’autres personnes, mettait fin à un système. Or, on sait que le régime foncier ne sera pas profondément changé, le racisme ne va pas être évacué dans ces sociétés, donc les relations fortement inégalitaires, les relations sociales, raciales vont continuer à organiser ces societés d’outre-mer… ces colonies esclavagistes. »

« L’abolitionnisme va développer un discours moraliste dans lesquels les rapports économiques, les rapports de force sont niés, et qui présente la question de l’esclavage comme une question essentiellement morale… » (…)

« Nous avons entre deux et trois siècles d’esclavage dans ces colonies, un siècle de colonialisme qui se termine seulement en 1946. Donc, ces terres ne connaissent la démocratie que depuis soixante ans (…) avant, c’était le statut colonial. »

« 1946, (…) ce qui est demandé, c’est l’égalité, puisque 1848 n’a pas apporté, la promesse de l’égalité n’a pas été tenue. Et le tableau que fait Césaire de ces sociétés, c’est des sociétés absolument dévastées : il y a une mortalité infantile absolument scandaleuse, les inégalités foncières sont incroyables, les grands propriétaires font régner leurs lois avec les hommes de main, il y a des nervis, il y a des meurtres (…)  »

« Puisque l’esclavage, c’est la négation vraiment de l’être humain en tant qu’égal à un autre être humain, puisque l’esclave n’est pas un être humain, c’est un meuble. Et donc, la question de redevenir humain (…) est au coeur de la mobilisation, est au coeur de la question anti-coloniale. » (…)

« Mais cette promesse de 1946 n’est pas tenue, comme vous le savez, cette promesse même de l’égalité, l’égalité des droits sociaux dès le départ .(…) Il faut attendre 2002 pour qu’elles soient complètement acquises. Donc, même ces sociétés, entre 1946 et 2002, restent des sociétés… pas tout-à-fait françaises, pas tout-à-fait égales, même si ce sont des citoyens de la République. » (…)

« Tous nés en 1848, c’est à dire que c’est la France, le décret de l’abolition qui nous avait donné naissance. Donc, c’était évidemment de nouveau, tout ce qui s’était passé avant était effacé. (…) »

« Cette universalité, dont la France veut croire qu’elle est universelle vraiment, alors qu’elle est tout-à-fait localisée et française. » (…)

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« intervention dans les pays souverains, au nom de … »

Claire GRUBE

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