Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | March 27, 2017

1914-1918: proximité horizontale

1914-1918 : proximité horizontale

Grüß Gott !

Les femmes françaises, dans les territoires occupés, doivent abandonner les enfants de soldats allemands.

Viols en temps de guerre / Les enfants nés des viols allemands pendant la Grande Guerre / France / 1914-1918 / Antoine Rivière / Payot / 2011:

„ Dans les villes et villages occupés, qui sont souvent vidés de leurs hommes, mobilisés dans l’armée francaise ou prisonniers en Allemagne, les femmes sont à la fois très vulnérables et contraintes à une certaine proximité avec l’occupant. La réquisition de la main-d’oeuvre féminine pour travailler aux champs ou en usine, ainsi que la cohabitation sous le même toit avec des soldats apparaissent alors comme des situations particulièrement propices à l’agression. “ (…)

„ Le contexte de l’occupation favorise aussi la poursuite, après le viol, de la coexistence entre agresseur et victime. Dans un village des Ardennes, une femme doit, par exemple, loger un soldat allemand à partir de janvier 1918, alors que son mari vient d’être envoyé en forteresse ; il se passe cinq mois avant que le viol n’ait lieu, puis la cohabitation forcée se poursuit encore plusieurs semaines sans nouvelle agression. Lorsque la terreur et le silence de la victime, ou l’inaction de la hierarchie militaire, confortent l’agresseur dans son sentiment d’impunité, les viols peuvent au contraire se répéter, comme dans le cas de cette habitante de Meurthe-et-Moselle, qui, pendant six mois, de janvier à juin 1917, loge un soldat allemand qui abuse d’elle régulièrement.“

„ Parfois ces cohabitations forcées se transforment en un simulacre de vie conjugale et domestique. Une habitante d’un village de l’Aisne raconte que, à l’automne 1916, le soldat allemand logé chez elle s’est introduit pendant la nuit dans sa chambre et l’a violée. Après cette agression, „ les rapports, en quelque sorte forcés, mais sans violences“ se sont poursuivis jusqu’à la libération de la localité en avril 1917 : la victime dit avoir accepté cette situation pour ne pas être brutalisée à nouveau et „ pour avoir du ravitaillement “ – nourriture et charbon – pour elle et ses deux enfants légitimes. Les rapports sexuels sans que la violence physique initiale soit réitérée, la participation conjointe à l’économie domestique, la cohabitation de plusieurs mois, puis la grossesse de la jeune femme semblent mimer la vie d’un ménage ordinaire.“ (…)

———–

« Les mères racontent les circonstances du viol, leurs relations avec l’occupant, avant puis après l’agression. Elles confient aussi les motifs de l’abandon ; or les raisons qu’elles invoquent n’ont, dans la plupart des cas, à voir ni avec l’identité allemande du géniteur ni avec les circonstances violentes et criminelles de la conception. Le plus souvent, c’est en effet sur l’injonction d’un entourage familial inquiet de l’opprobe et du déshonneur guettant les filles-mères et les enfants adultérains, qu’elles se résignent, contraintes et forcées, à abdiquer une maternité quelles étaient, disaient-elles, prêtres à assumer. » (…)

„ Si la virulence du refus de l’enfant imposé par l’ennemi est parfois saisissante, ce qui frappe à la lecture de ces témoignages, c’est que ces cas sont très peu nombreux. Seules 4 % des mères évoquent comme motif de l’abandon leur aversion pour un enfant d’origine allemande. En revanche, nombreuses sont celles qui, malgré les circonstances de la conception et l’origine du géniteur, se disent très attachées à leur enfant, et ne se résolvent que contre leur gré à s’en séparer.“

„ Plus du tiers des abandons par „décision spéciale“ trouvent leur origine dans la contrainte exercée sur la mère par son entourage familial. (…)

„ Si l’identité allemande du géniteur est quelques fois à l’origine de l’injonction parentale, dans la plupart des cas, il sembe que les parents exigent l’abandon parce qu’ils redoutent avant tout que, si elle venait d’être révélée, l’existense de l’enfant n’interdise à leur fille de jamais trouver à se marier et ne disqualifie socialement l’ensemble de la famille. (…) Que le père de l’enfant soit allemand ajoute certainement à la peur de parents d’être désignés aux commérages et à l’opprobe populaires, mais ce n’est jamais qu’une raison de plus d’exiger l’abandon. “

„ Lorsque ce n’est pas celle des parents, c’est la contrainte exercée par le mari qui s’impose : parmi les cent cinquante femmes mariées qui confient à l’Assistance publique un enfant issu d’un viol allemand, deux sur trois l’évoquent comme motif de l’abandon. Vingt d’entre elles abandonnent leur enfant afin que leur époux, mobilisé et ignorant de leur situation, ne connaisse jamais son existence et ne découvre rien de l’agression dont elles ont été victimes. Dans près de quatre-vingts dossiers, le mari a, au contraire, découvert la naissance et les circonstances de la conception, soit à l’occasion d’une permission, soit après sa démobilisation ; c’est lui qui exige alors l’abandon. ” (…)

„ C’est ce qui arrive à cette femme, dont le mari découvre la grossesse à son retour de captivité, à la fin de novembre 1918, et lui enjoint de confier l’enfant à l’Assistance publique dès sa naissance. Après l’accouchement, en février 1919, elle „ne trouve pas le courage et conserve le nouveau-né“, ce qui lui vaut d’être chassée du toit conjugal. Pendant plusieurs mois, elle vit seule avec son bébé ; usée par des conditions de vie difficiles et précaires, désespérée d’être séparée, depuis huit mois de son autre enfant „gardé par le père“, elle finit par céder, et en octobre 1919, elle abandonne sa fillette. “ (…)

„ L’enfant étranger que ces hommes-là rejettent, ce n’est pas tant l’enfant d’une autre race que l’enfant d’un autre homme.“

« Quelques-uns de ces maris réclament ainsi l’abandon, parce qu’ils soupçonnent leur femme d’avoir eu avec le père allemand des relations sexuelles volontaires et non pas forcées. » (…)

« Un habitant de la Somme, mobilisé dans l’infanterie pendant toute la guerre, apprend à l’été 1918 que son épouse aurait été violée par un soldat allemand trois ans plutôt, et qu’une petite fille serait née de ce viol. Menaçant sa femme de divorcer, il obtient qu’elle abandonne la fillette. Après l’armistice, les deux époux reprennent la vie commune et, en mars 1919, demandent conjointement à l’Assistance publique de leur rendre l’enfant ; le mari explique alors qu’ «ayant eu la preuve que sa femme était une victime » et que « l’enfant était bien née de violences allemandes », il accepte de l’accueillir au foyer. » (…)

„ L’influence exercée par les parents ou le mari se lit aussi dans les cinquantes dossiers, soit plus d’un sur huit, dans lesquels la mère affirme, au moment du dépôt à l’hospice, qu’elle reprendrait son enfant, si son mari ne revenait pas du front, ou si elle parvenait à s’émanciper de sa famille. Trente-cinq enfants sont effectivement l’objet d’une demande de restitution de la part de la mère, en général moins de trois ans après la fin de la guerre. Le divorce, la mort du mari, la profonde dépression dans laquelle la mère sombre parfois après l’abandon…“ (…)

„ En décembre 1918, un habitant de l’Aisne, mobilisé depuis le début de la guerre, écrit au directeur de l’Assistance publique, afin de recupérer l’enfant que sa femme avait abandonné quelques mois plus tôt sur son injonction. (…) convaincu que sa femme n’est pas la seule Française violée par un soldat allemand, (…) cet homme accède au désir de sa femme de reprendre l’abandonné.“ (…)

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« l’enfant d’un autre homme. »

Claire GRUBE

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