Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | February 27, 2017

Indochine: civilisation française

Indochine : civilisation française

Grüß Gott !

Les soldats français, dominateurs et colonisateurs, apportent la civilisation aux Indochinois.

De la résistance à l’Indochine / Pierre-Alban Thomas / L’Harmattan / 2009:

„ Retrouvant ma vocation première d’instituteur, ma mémoire restitue ce que deux ans et demi auparavant j’enseignais à me élèves candidats au cerficat d’études primaires, à savoir que l’Indochine, forte de ses 25 millions d’habitants, dont 40.000 Français, est baptisée „la perle de notre empire colonial“.“ (…) La Cochinchine, conquise en 1864 est devenue colonie considérée comme territoire français.“ (…)

„ Alors, (…) si, comme les journaux bien pensants le laissent entendre, la France cherchait à rétablir sa domination sur l’Indochine, y compris par la force, ma situation serait intenable, puis que je devrais combattre des gens dont j’approuve le désir d’indépendance, des gens envers qui je n’ai aucun motif de vengeance puisqu’ils n’ont jamais fait de mal à la France. Au contraire, les contingents de soldats et de travailleurs annamites que nous avons mobilisés ont contribué à notre victoire en 1918. Ils nous ont aidés en 1939-40, et chez eux, par leur labeur, ils ont enrichi notre économie.“ (…)

„18 novembre 1945“

„ Trois camions de coolies, utilisés comme dockers, viennent à leur tour modifier une image stéréotypée. Imaginez cinquante à soixante hommes frêles, maigres, vêtus de haillons, debout dans les camions, entassés au maximum, que deux ou trois vieux militaires européens, cravache en main, font descendre dare-dare, caressant quelques côtes lorsque ça ne va pas assez vite.“

„24 novembre“

„ Le soir, les soldats commentent leur journée. Les uns montrent de petits objets dérobés à titre de souvenirs, d’autres racontent qu’ils ont défoncés des meubles, poussé les hommes à coups de crosses, l’un deux se vente d’avoir „sauté“ une fille. “

„8 décembre“

„ Depuis le début du mois nous avons changé plusieurs fois de cantonnement. Chaque jour nous effectuons des patrouilles dans les villages sous emprise Viêt-minh et le scénario est presque toujours le même : nous sommes accueillis par quelques coups de feu, nous ripostons vigoureusement et incendions les villages. En une semaine, la compagnie déplore plusieurs morts, dont un de ma section, et les rebelles plusieurs centaines, la plupart de simples villageois. Ces derniers et les tireurs étant pareillement vêtus, il est impossible parmi les tués, de distinguer les uns des autres si ce n’est parfois par la présence d’un fusil à leur côté. Malheureusement, des femmes et enfants figurent parmi les victimes mais nous ne découvrons aucun Japonais.“

„ Afin d’éviter les accrochages lors des patrouilles, nous déclenchons des tirs préventifs à l’entrée des villages. Inutile de s’étonner qu’à notre approche les populations s’enfuient. Or, nous avons le droit de tirer sur les fuyards.“

„30 octobre 1946“

„ Quels types apparemment épatants que les légionnaires ! Esprit de corps, discipline rigoureuse, sens de la fête et surtout une indéfectible solidarité ente eux. “

„ En contrepartie, certains se vantent d’avoir buté des tas de Viêts et de suspects. Leurs conversations ne laissent percer aucun sentiment d’humanité, seulement le goût du baroud contre n’importe qui et la prétention de représenter l’élite des combattants.“

„11 novembre“

„ Curieux de mieux connaître les légionnaires, j’avise un groupe de caporaux et hommes de troupe et commence à bavarder avec eux. Ils m’invitent à un pot. La plupart ont un accent étranger. L’essentiel de leurs propos consiste à vanter leurs faits d’armes. L’un d’eux est fier que les légionnaires soient baptisés „les diables blancs“ ou „les tueurs“. Un second, chauve et assez âgé, prétend ne rien laisser de vivant sur son passage. Un troisième dit connaître un lieutenant qui fait bouillir des têtes de nha-qué pour obtenir des crânes bien propres. Deux autres racontent comment, ayant subi une embuscade, dans un village près de Thaket au Laos, ils ont massacré toute la population. “

„19 novembre“

„ Anniversaire de notre arrivée à Saigon. Nous faisons toujours popote commune avec les légionnaires. J’apprends à leur contact qu’un tiers de leurs effectifs est composé d’Allemands ne voulant par rentrer chez eux de crainte d’être condamnés par leurs nouveaux dirigeants antifascistes. Les légionnaires d’origine française sont souvent d’anciens de la Milice et de la Légion française contre le Bolchevisme. “ (…)

„2 janvier 1947“

„ Le changement d’année s’est effectué sans réjouissances et pour cause : le 31 décembre, la compagnie a été envoyée pour dégager la route de Bac Ninh. Nos pertes ont été de trois tués et plusieurs blessés, celle de l’adversaire très supérieures. “

„ Tous nos gars sont surexcités et remontés contre les „niacs“. „Ils ont tués nos copains. Notre vengeance sera terrible “.

„ Je voudrais être petite souris pour pouvoir me rendre dans les unités vietnamiennes. Là-bas aussi on doit entendre : „ Ils ont tués nos femmes et nos enfants. Nous allons les venger.““ (…)

„3 janvier“

„ – Depuis la terrible répression de nos troupes sur Haiphong le 23 novembre qui causa des centaines de victimes dans la population indigène… “ (…)

„ (Les chiffres officiels français sont de 300 victimes, les chiffres vietnamiens de 3.000 recensées et beaucoup plus non recensées. L’amiral français Battet pense qu’il y en eut peut-être 6.000.) “

„ Il apparaît d’évidence que l’amiral d’Argenlieu, le général Valluy, le colonel Dèbes soufflèrent sur la braise, et loin de calmer les incidents, les utilisèrent comme prétextes pour justifier une brutale répression et la rupture définitive avec le gouvernement vietnamien. “ (…)

„5 janvier“

„ Lors de la prise du pont de Nhu Quynh, la deuxième compagnie qui progresse en tête déplore trois tués, dont le sous-lieutenant A…, un très chic type.“

„ Il n’en faut pas plus pour amplifier la haine. „Pas de quartier“, entendons-nous clamer de toutes parts. La règle est que tout individu pris les armes à la main peut être fusillé sur le champ. Les volontaires pour les exécutions se bousculent. “

„ Chacun trouve cela normal mais si nous apprenions que les Viêts procédaient de même avec des prisonniers français, ils seraient à coup sûr traités de barbares et d’assassins. “

„8 janvier“

„ Je reverrai toujours un petit bonhomme âgé peut-être de 17 ans, arrêté près du village, blessé d’une balle dans la cuisse. Son crime ? Il portait un chandail militaire. Il est parti devant deux soldats qui lui ont logé une rafale dans les reins. Son corps est là maintenant, étendu au bord d’une mare ; ses yeux grand ouverts semblent implorer le ciel et demander au bon Dieu : „ Porter un chandail militaire est donc un si grand crime qui mérite que je meure si jeune ? “ (…)

„ Et nous nous ventons d’apporter la civilisation chrétienne.“

„9 janvier“

„ Les légionnaires sont intarissables sur leurs exploits et les statistiques des Viêts qu’ils ont envoyés au tapis. Derrière eux, comme derrière nous d’ailleurs, les villages flambent. Les soldats savourent la griserie de la victoire et le plaisir de brûler, fouiller, récupérer.“ (…)

„15 janvier“

„ Lorsque les événements de Haiphong de fin novembre dernier nous furent connus, le capitaine Portal qui commande une compagnie lourde du 6e RIC chargée de la garde du terrain d’aviation, est allé avec une partie de son unité motorisée équipée de mitrailleuses sur la digue du pont Doumer. Exalté par la réaction sanglante exercée à Haiphong le 23 novembre par nos troupes, il voulut ne pas demeurer en reste et faire preuve lui aussi de „courage“. Il ordonna des tirs systématiques de ses armes lourdes sur les habitants désarmés qui se trouvaient sur son passage.“ (…)

„24 janvier“

„ Un Tu Vé (soldat de l’Armée vietnamienne non enrégimenté, chargé essentiellement de la défense locale) a été ramassé hier dans un village voisin et transporté à Gialam où un officier de renseignements et quelques hommes dont un interprète l’ont interrogé. Comme il ne voulait rien dire, il eut droit à la „gégène“ (génératrice de poste radio SCR 284, qui débite 80 volts), coups, fil de fer enfoncé dans le canal de la verge, etc. (…)

„7 février“

„ Nos soldats fixent l’adversaire, encerclent le village et tirent sur tout ce qui pourrait être un ennemi. Ils tentent généralement d’éviter les femmes et les enfants, mais lorsque ceux-ci se cachent, ils ignorent si ce ne sont pas des hommes armés. Résultat, nous n’avons qu’un blessé alors qu’en face, les pertes sont de plusieurs dizaines de tués et blessés, pour la plupart des hommes vêtus d’habits civils, mais aussi plusieurs femmes et enfants et une vingtaine de prisonniers. Certains d’entre eux sont gardés pour l’interrogatoire, d’autres sont exécutés sur place. J’avise un groupe de soldats qui emmène deux prisonniers „cueillir des haricots“, disent-ils en riant. “ (…)

” (D’autres disaient „en corvée de bois“ ou plus banalement „les buter“.) ”

„8 février“

„ Sur celle du 5, il m’annonce qu’un de ses copains a été tué, ajoutant : „ Nous allons leur faire payer ça cher à toute cette sale race et aujourd’hui nous leur réservons un bon pilonnage avec les 105. Il faut les détruire tous et pas de pitié avec eux, ce sont de vrais sauvages…“

„12 février“

„ Surpris, les Viets se replient sans combattre en direction d’un village. Nos gars les allument et s’élancent à leur poursuite en tirant et riant. Je les accompagne. Quelques bo-doïs sont tués et leurs armes récupérés. Mais que de civils sont étendus, morts, blessés, agonisants. Une femme entre deux âges est là, assise sur un lit de paille, l’air hagard, deux enfants dans les bras, l’un chétif, couvert de plaies qui crie et l’autre, un peu plus âgé, beau comme un ange, calme, son petit crâne éclaté. La cervelle est éparpillée sur son frère, avec son sang. “ (…)

„26 février“

„ Soudain, plusieurs jeunes aviateurs, des „rampants“ de la base, s’approchent d’eux, les insultent et se mettent à les frapper à coups de poing. L’un d’eux utilise même un ceinturon de cuir. Les sentinelles nouvellement arrivées de France n’osent rien dire devant ces anciens qui roulent des mécaniques. “ (…)

„ La séance d’interrogatoire est terminée pour cette nuit, mais rentré dans mon coin de bureau pour tenter de trouver le sommeil, le bruit d’une rafale de pistolet-mitrailleur prolonge mon insomnie. “

„ Au petit matin, j’apprends que le prisonnier a éte abattu en cherchant à „s’évader“. De nouveau je m’interroge : que dois-je faire ? Continuer lâchement à regarder sans rien dire ces saloperies dont parlait l’officier de renseignements ou m’insurger et dénoncer des pratiques dignes de la Gestapo ? “

„mars“

„ Autre souvenir du mois de mars. Après l’atterrissage d’un Junker, j’avise les aviateurs s’esclaffant de rire.“

„ Qu’y a t-il ? demandai-je.“

„ On s’est bien marrés ! On est allé larguer des tracts en zone Viêt. On avait laissé deux ou trois paquets bien ficelés et à l’intérieur on avait planqué des grenades dégoupillées. Les mecs qui les ont trouvés ont certainement enlevé les ficelles et se sont fait péter la gueule ! “ (…)

„ Au cours de notre voyage de noces en Corse, nous rendons visite à l’un de mes anciens sous-officiers, P…., installé à Ajaccio qui, avec sa mère, nous reçoit chaleureusement. “

„ Quel garçon charmant, doux et distingué, affirme ma jeune femme après cette visite. “

„ Sais-tu quel fut en Indochine, pendant un certain temps, son plaisir favori ? “

„ … ? “

«  Couper les oreilles des Viêts tués pour s’en faire des colliers ! »

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„ Et nous nous ventons d’apporter la civilisation chrétienne.“

Claire GRUBE

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