Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | December 27, 2016

Prisons françaises: hier

Prisons françaises : hier

Grüß Gott !

Les prisons françaises, dans le pays des Lumières, sont très sombres, obscures, et ténébreuses.

Rapport sur les prisons / Mémoires de Lavoisier / Louvre / 1780:

« Croiriez-vous, madame, que tandis que les prisons qui sont en quelque sorte ouvertes à tout le public, nous avons essuyé des difficultés pour les visiter. Notre mission avait paru d’abord porter ombrage à quelques magistrats. » (…)

« (…) pièces tellement distribuées que l’air et la lumière n’y ont qu’un accès difficile, et qu’elles puisent les unes dans les autres un air infecte et vicié ; des ouvertures extrêmement étroites et mal placées ; des grabats où les prisonniers sont plutôt entassés que couchés ; de la paille, souvent pourrie, qui leur sert de lit ; des latrines et des conduites d’urine qui traversent la plupart des réduits ; des égouts, dont la vapeur infecte se répand dans les habitations ; des cachots, où l’eau filtre à travers la voûte, où les vêtements des prisonniers pourrissent sur leur corps, où ils font tous leurs besoins ; le sol et le carreau, inondés presque partout d’une eau croupie, parce que souvent elle ne peut s’écouler ; de toutes parts la fange, la vermine et la corruption. Tel est le spectacle horrible qu’offrent les trois prisons qu’il est question de détruire et de réformer ; spectacle dont il nous aurait été difficile de nous former une idée, si nous n’en eussions pas été témoins. » (…)

« Un tableau si affligeant pour l’humanité (…) »

« Il y a continuellement dans les prisons des gens attaqués de la gale, du scorbut et de maladies vénériennes : sur cent criminels, on en compte communément environ soixante d’affligés de cette dernière maladie. Les crachats, les urines, les excréments répandus sur le carreau, le pénètrent lorsqu’il est poreux, s’insinuent dans les joints, et donnent insensiblement lieu à un fonds de putridité, qui se développe avec le temps, et qui produit des effets funeste. » (…)

« Cette nécessité de renouvellement fréquent de la paille nous conduit à faire observer que l’économie sur ces fournitures est une des principales causes de pourriture, de corruption et de puanteur dans les prisons ; au moins faudrait-il que les hommes fussent traités avec autant d’humanité que les animaux, dont on renouvelle souvent la litière. » (…)

« (…) que les prisons cesseront d’être des habitations dangereuses, et que ceux qui seront condamnés à y séjourner pourront y vivre sans être aussi sujets, qu’ils l’ont été jusqu’ici, aux maladies putrides et pestilentielles ; sans être en proie aux rats ni aux insectes vermineux de toute espèce ; sans courir autant de risques d’y contracter la gale, le scorbut, des ulcères. » (…)

« Prisons étrangères »

« Dans les prisons de Hollande et de Flandre, les prisonniers couchent tous séparément, ils sont ensemble sur les préaux et dans les ateliers de travail. On compte 992 chambres séparées dans la nouvelle prison bâtie depuis peu d’années à Vilvorde, près de Bruxelles, pour tout le Brabant. Cette attention s’étend même aux criminels ; ils logent tous séparément. »

« Travaux dans les prisons. »

« On voit de grands ateliers de travail dans les prisons des villes de Hollande et d’Allemagne. On y peigne, on y file des laines, on y fabrique des draps, même des draps fins. » (…)

Source Library / Goldsmiths’ Library, University of London / France. Corps législatif (1795-1814). Conseil des cinq-cents. Motion faite par Delaporte, relative à l’état des prisons & à celui des prisonniers / Séance du 29 prairial an 6 / Paris / 1798 / The Making Of The Modern World. Web:

« Dans presque tous les départemens, les prisons, restes impurs de l’ancienne féodalité, sont des lieux infectes, de véritables cloaques, des antres immondes, sans air, sans étendue, où les rayons du jour ne pénètrent qu’avec peine, où les prévenus comme les condamnés, où les femmes comme les hommes, où le viellards comme les enfans, sont entassés sur un fumier pourri, où ils languissent consumés par la misère, la famine & le désespoir, & d’où ceux qui y sont entrés innocens, ou coupables de délits légers, ne peuvent sortir qu’avec le germe de maladies incurables, & la propension la plus forte aux crimes de toute espèce, avec lesquels ils n’ont eu que trop le temps de se familiariser. Je ferois frissonner, continue le citoyen Thierriet, si j’entrois ici dans les détails, si je mettois sous les yeux du lecteur l’effroyable tableau des prisons ; si je comptois les victimes des épidémies qui y règnent ; si je présentois l’image d’un moribond abanbonné, sans secours, sur une paille hachée & remplie de vermine, exhalant au milieu de ses camarades le dernier soupir, & achevant d’empoisonner, même avant sa mort, l’air déjà corrompu d’un cachot étroit qu’il partage avec plusieurs infortunés. » (…)

« Et vous, mes collègues, représentans d’une nation bienfaisante, ne sera-t-il pas plus satisfaisant pour vos coeurs paternels, de savoir que des hommes, que des Français forment des ateliers d’ouvriers utiles à leur patrie, que de savoir qu’ils sont à demi-nuds, couverts de vermine, entassés dans des cachots, respirant un air impur, & méditant souvent la destruction de leurs semblables ? »

Des prisons telles qu’elles sont… / Villerme Louis-René / Méquignon-Marvis / Paris / 1820:

« Quand on voit ces pièces si insalubres où l’on entasse, disons mieux, où l’on enterre tout vivans la plupart des prisonniers, on dirait que la justice en faisant enfermer un homme, a voulu qu’il mourut dans un air empoisonné. » (…)

« Dans beaucoup de prisons, les fenêtres, quand elles existent, sont si petites, si élevées, que le soleil n’y peut jamais pénétrer. » (…)

« Le lecteur lira, avec intérêt, les détails suivants sur une prison de Paris où presque aucun des nombreux habitants de cette ville ne peut se promettre de n’être jamais renfermé. On voit déjà qu’il s’agit de la prison de la préfecture de police. »

« L’air ne s’y renouvèle jamais, car les portes ne restent ouvertes que l’instant de pénétrer dans la chambre. Les exhalaisons des personnes qui se trouvent ainsi réunies, les odeurs que répendent les alimens, tout contribue à augmenter l’insalubrité de l’air. Mais ce qui est beaucoup plus nuisible encore, c’est qu’il existe, à demeure dans chaque chambre, une chaise d’aisance qui n’est jamais enlevée que toutes les vingt-quatre heures. Que penser du reste de la prison, quand on sait qu’ici on a décrit les chambres de ceux qui paient pour être moins mal que les autres ? »

« On a trouvé les moyens de priver les prisonniers de l’air. »

« Il suffirait peut-être de rappeler que beaucoup de prisons sont remplis de détenus qui s’incommodent, se gênent dans leurs mouvemens, et empoisonnent mutuellement l’air qu’ils respirent. »

« A Paris, il faudrait que les bâtimens servant de prison fussent au moins un tiers plus grand qu’ils ne sont, et les cours ou préaux le double. » (…)

« Cependant la pièce tout-à-fait obscure, humide et privée d’air, servant de cachot à la Grande-Force, ou les cachots actuels de Bicêtre, doivent exciter encore, dans cette capitale ou à sa porte, l’indignation de tout ami de l’humanité. »

« Dans les prisons, comme dans les hospices et hôpitaux, les latrines sont presque toujours des foyers d’infection : on peut les appeler la peste de ces établissemens. »

« On appelle griaches, en terme de prison, les seaux ou baquets qui servent aux détenus pendant qu’ils sont enfermés dans leurs chambres pour y déposer tous leurs excréments. Très souvent découvertes, quelques fois à demeure, jamais vidées plus d’une fois dans la journée, ces griaches sont une des principales causes d’insalubrité, surtout pour ceux qui sont placés immédiatement à côté. On ne peut se faire une idée de la mauvaise odeur qu’elles répandent dans les dortoirs ou il y a beaucoup de personnes, et où, par conséquent, les matières qu’elles contiennent sont presque continuellement remuées ; elles transforment alors la chambre des prisonniers en latrines infectes. » (…)

« Il y a des prisons qui n’ont point de latrines, d’autres où les griaches ne sont vidées qu’à des intervalles très-éloignés ; d’autres enfin où c’est dans un coin de la cour, à l’air, que les prisonniers rendent leurs excrémens. »

« Prison de Reims, 1818 : « Oserai-je dépeindre ici le spectacle affreux qui s’offrit à mes regards à l’ouverture d’un dernier cachot ? Je crois me sentir encore suffoqué par l’horrible puanteur qui se précipita au dehors aussitôt que j’y entrai. Je jetai les yeux sur sa noire profondeur, et je n’y découvris qu’un amas de paille infecte, sur lequel je n’aperçus aucun être vivant. (…) Je vis sortir du fumier lui-même une tête de femme qui, n’étant qu’à peine soulevée, m’offrit l’image du tête coupée, jetée sur ce fumier ; tout le reste du corps de cette malheureuse était enfoncée dans l’ordure, et ne pouvait s’apercevoir. (…) et j’appris que cette malheureuse avait été condamnée pour vol, et que le manque de vêtemens l’avait contrainte à chercher dans son fumier un abri contre la rigueur de la saison. » (…)

« Il y a peu de temps que M. Cottu a vu, à Reims, des détenus coucher pêle-mêle sur de la paille dégénérée en fumier. » « C’était sur quelques brins de paille pourrie, répandue à terre, que couchaient, à Boulogne-sur-Mer, les malheureux dont j’ai tâché de dépeindre le logement. »

« En mettant ainsi les soldats deux à deux, on s’oppose à l’habitude de la mastupration; mais que l’on considère la différence des circonstances, et l’on verra que cet usage, loin d’avoir un résultat aussi avantageux, contribue même à faire naître chez le prisonnier un vice contre nature. »

« On était étonné, en août 1818, en visitant les prisons de Paris, de voir à Sainte-Pélagie et à la Petite-Force, des dortoirs et des escaliers, dont les murs, couverts de taches, de crachats desséchés, étaient presque aussi sales que ceux des latrines les plus dégoûtantes de cette capitale. » (…)

« Mais que dire du Dépôt de la préfecture ? C’est là qu’au sein de l’administration chargée de la police hygiénique, j’ai vu entassés (janvier 1819) dans un local mal aéré, empoisonné par des latrines d’une saleté affreuse, et sans autre distinction que celle du sexe, tous ceux qu’on avait arrêtés depuis quelques jours. » (…)

« En France, les cachots sont encore communs ; mais les fers sont rares. (…) C’est avec une profonde douleur que dans la maison centrale de Melun, prison digne de servir d’exemple sous plus d’un rapport, on voit pour cachots de petites cabanes de bois, qui ont une forte chaine et un énorme collier de fer qu’on met au cou de celui qu’on veut punir. Quand ces cabanes sont ouvertes, on les croirait destinées pour les plus redoutables des bêtes féroces. » (…)

« Dignes des temps où l’épreuve du feu, du sort des armes, etc., était appelé un jugement de Dieu, les horribles supplices de la torture ne sont plus en usage que dans les pays du fanatisme, de l’ignorance et de la barbarie. » (…)

**********************************

« Un tableau si affligeant pour l’humanité. »

Claire GRUBE

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Categories

%d bloggers like this: