Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | December 5, 2016

Villa Susini: torture des hommes

Villa Susini : torture des hommes

Grüß Gott !

Les militaires français, pendant la guerre d’Algérie, interrogent les prisonniers. Sélectivement.

La villa Susini / Tortures en Algérie / juin 1961-mars 1962 / Henri Pouillot / Editions Tiresias / 2001:

„ La première phase, à partir de là, était logiquement de permettre de glaner des informations, et par tous les moyens. “

„ Toute personne passant dans la Villa était fichée : identité, profession, domicile, liens familiaux et circonstances de la visite. Les interrogatoires dans un bureau, c’était le début. Ils étaient généralement musclés. En dix mois, je pense que les doigts des deux mains suffisent, ceux d’une seule peut-être, pour compter le nombre de personnes qui n’ont pas été gratifiées de coups divers : poing, pied, ceinturon, bâton, crosse de pistolet. Les ecchymoses, voire les mâchoires, nez, côtes ou membres cassés, n’étaient pas de rares exceptions, ce n’était qu’un simple incident.“

„ Les interrogatoires (c’est le terme employé à cette époque, le mot torture n’existait pas à la Villa) qui se passaient dans cette grande salle du sous-sol de la Villa étaient généralement horribles. “

„ Généralement le détenu devait se mettre nu ou très souvent était dévêtu brutalement, les habits étant déchirés. (…) la plupart des interrogatoires qui se passaient se sous-sol étaient faits sur la table souvent trop courte… Il pouvait y avoir la position semi-pendue : la personne debout, nue, attachée à hauteur par une ou deux paires de menottes ou par des cordes avec des noeuds coulants serrant de plus en plus fort le poignet jusqu’à ce que la main devienne bleue. J’ai vu aussi des personnes pendues pendant plusieurs heures par les pieds.“

„ Et là l’horreur pouvait durer des heures, être suspendue quelque temps, reprendre quelques heures plus tard, et ce, chaque jour que durerait la détention. Les épreuves étaient généralement graduelles. Elles commençaient par les coups en tout genre (poing, pied, bâton, pistolet, ceinturon, et même couteau) sur toutes les parties du corps. Il y avait aussi les doigts, les orteils écrasés. La tête, le thorax, les jambes, les parties génitales, l’abdomen… portaient rapidement des traces. La prise par les cheveux pour frapper contre le mur ou la table jusqu’au saignement, ou la perte de connaissance, ce n’était pas rare. Les coups n’étaient généralement que les hors-d’oeuvre, venaient ensuite les brûlures de cigarettes, le viol, l’électricité, l’eau.“

„ Les brûlures de cigarettes pouvaient être utilisées, de temps en temps, mais le commandement militaire avait tendance à déconseiller : cela laissait beaucoup de traces. Mais les douleurs étaient telles, surtout sur des points sensibles, tout particulièrement les paumes des mains, les plantes des pieds, les seins, les sexes… que cette procédure était cependant volontiers utilisée. ”

„ Les viols c’était surtout l’introduction dans l’anus de bâtons (manche à balais par exemple), de canons de pistolet, avec souvent la menace de tirer une balle…. J’ai aussi assisté à de vrais viols, plus classiques. Dans ce cas, ils n’étaient généralement pas pratiqués par des militaires ayant habituellement des pratiques homosexuelles, mais seulement pour humilier très profondément le supplicié.“

„ Les séances d’électricité étaient parmi les plus prisées, les plus utilisées, les pratiques les plus courantes. Il y avait deux techniques principales : – Une gégène bricolée, c’est-à-dire pour l’alimentation des téléphones de campagne. (…) – Le courant alternatif, bien plus pratique. (…) Classiquement un fil était relié à la table métallique, généralement mouillée, comme le corps, pour que le contact soit meilleur, et l’autre fil se baladant partout, mais prioritairement sur le sexe.“

„ La souffrance était terrible. Les cris arrachés faisaient très mal. La convulsion du corps sous les décharges électriques était impressionnante. Il y avait de temps en temps des raffinements qui étaient testés, comme introduction du second fil dans l’anus, dans la bouche, dans le pénis. (…) Cependant, de temps en temps en posant les deux extrémités des fils très proches l’un de l’autre, cela provoquait comme un arc et faisait une brûlure pouvant être sérieuse. Il y a eu de cette façon des „ tatouages “ : Raton, FLN…“

„ Les séances de l’eau, en apparence moins dures, étaient quand même redoutables. (…) Il fallait faire ingurgiter la plus grande quantité d’eau, des litres, quatre, cinq ? Peut-être plus. Le plus courant était de tenir le tuyau dans la bouche et de forcer à avaler cette eau jusqu’à ce que le ventre soit très gonflé. Et alors le plaisir de certains était de donner coups de poings et de pieds dans l’abdomen pour faire vomir. Et la séance pouvait se renouveler deux, trois fois, souvent même plus. (…) Il n’était pas très rare que le liquide que ces détenus devaient avaler soit du vinaigre ou même de l’urine.“

« Il n’était pas exceptionnel que ces divers traitements soient mixés, réalisés à la suite l’un de l’autre, pratiquement en même temps. ( …) Il y a des maîtres qui sont parfois poursuivis en justice pour maltraitance envers leurs animaux. Leur délit est sans commune mesure avec ces traitements infligés à des hommes. »

Historiquement correct / Pour en finir avec le passé unique / Jean Sévillia / Perrin / 2003:

« Cependant, en décembre 2001, 490 généraux ayant servi en Algérie ont publié un manifeste pour rétablir la vérité à propos de la torture : „ S’il y eut des dérives, elles furent marginales et en contradiction même avec les méthodes voulues et les objectifs poursuivis par la France et son armée ; alors que c’est au nom de leurs principes de guerre que les terroristes et même les combattants du FLN mutilaient et massacraient, par l’attentat et l’assasinat, femmes, enfants et population civile, tant algérienne qu’européenne. Déodat Puy-Montbrun, qui a lui aussi fait la guerre d’Algérie et refuse le principe de torture, remarque à propos des interrogatoires „serrés, sélectifs : “Mais le but n’était pas de faire souffrir gratuitement. Le FLN, lui, torturait par plaisir sadique.“

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« S’il y eut des dérives, elles furent marginales »

Claire GRUBE

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