Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | November 1, 2016

Sonia à Buchenwald

Sonia à Buchenwald

Grüß Gott !

Une jeune demoiselle, en visite guidée, dans un camp de concentration, découvre l’enfer Bosch.

Les demoiselles de Gaulle / 1943-1945 / Sonia Vagliano-Eloy / Plon / 1982:

« Arrivée à Buchenwald »

(…)

« Nous allons directement au bâtiment administratif : une grande bâtisse en ciment, partiellement cachée par des arbres. Nous y rencontrons le colonel américain responsable du camp qui nous déclare qu’il quitte Buchenwald le jour même et dès que possible. Avant toute chose, il attire notre attention sur plusieurs grands abat-jour ornés de dessins de couleur noire : en réalité, ce qui semble être du parchemin est de la peau humaine et les dessins sont des tatouages. L’un d’eux représente une frégate toutes voiles dehors. D’après le colonel, la femme du commandant allemand du camp, Ilse Koch, aimait se promener à cheval au milieu des détenus qu’elle faisait mettre torse nu (de préference sous la neige), afin de selectionner les plus beaux spécimens de tatouages. Le colonel nous précise que cette femme atroce couchait parfois avec l’une de ses victimes qui était ensuite torturée, écorchée et exécutée en sa présence. Elle fabriquait elle-même ses abat-jour : on l’appelait la chienne de Buchenwald. » (…)

« La lampe à l’abat-jour en peau est toujours là, mais elle fait partie des meubles et nous ne la remarquons plus. (…) Si vous continuez à faire circuler les abat-jour pour qu’ils les voient de plus près, lui dis-je, il n’en restera bientôt plus. Après la dernière visite, il en manquait deux au bâtiment administratif. »

« – Je suis certain que c’est le sénateur qui en a piqué un, répond Ball, j’ai remarqué que tout à coup il était rudement pressé de s’en aller. »

« Notre guide est si maigre que ses vêtements rayés pendent sur son corps comme sur les bâtons d’un épouvantail à oiseaux. Comme tous les autres, il a le crâne tondu, le visage pâle, les yeux rouges et très peu de dents. Il nous explique fièrement que les Américains l’ont choisi comme guide officiel parce qu’il a passé deux ans dans le camp et qu’il s’exprime couramment en cinq langues. Il arbore un large sourire et semble enchanté de son rôle il parle avec un accent chantant d’Europe centrale, probablement hongrois et manifeste une obséquiosité écoeurante devant les Américains qu’il appelle « nos grands libérateurs ». Au cours de notre tournée, il ne nous épargnera aucun détail monstreux et insistera avec un plaisir évident sur les pires tortures. Sa manière d’être me répugne et, par réaction instinctive, j’affecte apparemment le plus grand calme pour éviter toute autosatisfaction de sa part. »

« Près de l’entrée, notre guide nous montre une grande niche à chien de garde où, en permanence, un détenu était enchaîné. Celui-ci avait ordre d’aboyer chaque fois qu’un de leurs « maîtres » passait et, en échange, il recevait un coup de pied dans la figure. La niche est vide mais, à titre de démonstration, il fait signe à un pauvre être sans âge et sans force, l’oblige à y entrer à quatre pattes et fait mine de lui flanquer un coup de pied. Satisfait de nous avoir montré ce « hors-d’oeuvre », il nous fait entrer dans une des baraques. L’odeur est irrespirable ; dans la pénombre, on aperçoit des châlits superposés, ocupés par des corps humains encore vivants, mourant ou morts. » (…)

« Inlassablement notre guide parle et nous conte la vie quotidienne à Buchenwald… »

« Il nous décrit les appels journaliers qui commençaient, en toute saison, à trois heures du matin, où, pendant cinq heures, sans autre vêtement que leur tenue de bagnard, les prisonniers, tantôt au garde-à-vous, tantôt à genoux, devaient rester absolument immobiles. Malheur à celui qui se faisait remarquer par un geste ou se trouvait mal ; le plus souvent, il était battu à mort par un gardien ou pendu en public. »

« Nous apprenons jusqu’où l’imagination peut aller dans la recherche des moyens et instruments de torture les plus cruels et dans le sadisme démoniaque de ces hommes et de ces femmes prenant plaisir à assister aux pires scènes et à entrendre les hurlements de douleur des suppliciés. »

« En plus des tortures classiques, telles que les bains glacés ou bouillants, mort lente par courant électrique ou feu, etc… il y en avait de plus subtiles : les victimes, enduites de confiture et ligotées nues à des poteaux, étaient attaquées par des essains de guêpes jusqu’à ce que mort s’ensuive ou plongées dans des baquets d’eau boueuse dans lesquels, pour garder la tête hors de l’eau, il fallait se tenir sur la pointe des pieds. Après avoir inspecté le bloc des tortures où sont réunis toutes sortes d’instruments conçus pour rendre la mort aussi lente et atroce que possible, nous arrivons au bâtiment blanc à la grande cheminée : le four crématoire. »

« Notre guide s’anime encore plus et sa voix monte crescendo pour nous expliquer que les détenus encore en vie, condamnés pour quelques peccadille (vol d’un croûton de pain, sourire déplacé devant un officer SS, mouvement dans les rangs, etc) étaient alignés devant une porte ouverte et poussés l’un après l’autre dans la cave. Ils tombaient d’une hauteur de deux mètres cinquante sur le sol cimenté : les plus chanceux en mouraient, les autres se brisaient les os. Les survivants étaient pendus à de grands crochets de boucher scellés haut dans le mur. Si la strangulation tardait, un garde défonçait les crânes avec un maillet. (Le guide nous montre le maillet avec délectation.) Un train miniature, roulant sur des rails bien huilés, emportait les corps jusqu’aux six grands fours à la taille d’homme. Bien que la cheminée fumât sans arrêt, les corps à brûler s’accumulaient à l’extérieur du bâtiment. » (…)

« Ici, c’est le cauchemar, tous ces gens sont des grotesques, c’est l’enfer de Jérôme Bosch… Peut-être va-t-on me réveiller… et ils seront tous partis en fumée par la cheminée. » (…)

« Les enfants de Buchenwald »

« Un médecin DP nous conduit, Louise et moi, derrière le bâtiment administratif juqu’à un appentis en ciment au toit incliné. Nous parcourons un long corridor mal éclairé et nous nous arrêtons devant un porte verrouillée. En entrant, nous discernons un bruissement confus de pas d’animaux accompagnés de cris et de grognements. Nous nous trouvons dans une sorte d’étable au sol cimenté, des lucarnes grillagées au ras du plafond laissant filtrer l’air et la lumière. Une odeur âcre, épouvantable, nous prend à la gorge et un moment se passe avant de pouvoir distinguer dans la pénombre une masse de petits êtres nus et gémissants, ils sont blottis dans l’angle le plus sombre de la pièce. Leurs grands yeux noirs terrifiés qui nous regardent. Le docteur reste sur le seuil, tandis que nous nous avançons, en parlant doucement comme à des bébés et, dans nos mains ouvertes, nous leur tendons des bonbons. Terrés contre le mur, ils restent immobiles ; enfin l’un deux se dirige vers nous à quatre pattes, saisit un bonbon ; les autres suivent, arrachent les friandises, retournent dans leur coin et se battent entre eux. Leurs mains sont comme des griffes de bêtes. Nous restons sur place, tout en continuant à parler à mi-voix ; petit à petit, ils s’approchent à nouveau, touchent nos vêtements et nos jambes, tandis que nous les caressons comme de jeunes chiots. Ils se poussent pour être plus près de nous, les plus hardis tirent nos jupes, griffent nos jambes tout en poussant des grognements et des cris aigus. La bousculade augmente jusqu’à ce que nous prenions peur et sortions précipitamment. » (…)

*****************************

« jusqu’où l’imagination peut aller »

Claire GRUBE

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