Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | September 19, 2016

Jules Verne: bombardement de Rostock

Jules Verne : bombardement de Rostock

Grüß Gott !

Un aéroplane français, primitif et poussif, en juin 1940, bombarde Rostock. Puis revient paisiblement à la base.

Le Jules Verne / Henri Yonnet / Yves Laty / Editions France-Empire / Paris / 1983:

(…)

“ Ce n’est pas aussi loin : pour relever le défi de Ferdonnet, nous allons de nouveau bombarder l’Allemagne dans ce qu’elle a de plus précieux : ses usines d’aviation. ” (…)

“ Une fois le tour de piste effectué au-dessus du terrain, Daillière ouvre son enveloppe, comme d’habitude, et m’annonce :

– Nous allons bombarder les usines Heinkel à Rostock.”

“ Ça fait une belle tirée.”

“ Je sais que Rostock se trouve sur la Baltique, au nord de Berlin, mais sans avoir une idée très précise de sa situation. Je pense que des usines de cette importance doivent être salement protégées et je me dis : “ On va se faire un drôle de plaisir ! Le Pacha les trie sur le volet, ses missions !” (…)

“ Il fait une nuit admirable. Pas de vent, ou presque, et une lune si claire que le poste de pilotage en est doucement illuminé.”

“ Comme pour aller à Berlin, nous remontons jusque par le travers du Danemark et nous faisons ensuite route plein est, au-dessus de la Baltique.”

“ La nuit s’avance. La lune s’est couchée pendant notre venue et nous voici maintenant sans un repère dans les ténèbres.”

“ Les Allemands sont disciplinés et pas une lumière ne peut nous servir pour trouver notre but. Comet ne s’est certainement pas trompé, pas plus qu’il ne l’a jamais fait, mais le Pacha veut, à son habitude, être absolument certain de ne pas gaspiller ses bombes.”

“ Rostock est là, couché au bord de la Baltique, et c’est à peine si nous apercevons une légère différence entre la terre et la mer. ”

“ Nous tournons en rond, à quatre cent mètres d’altitude, pendant que chacun de nous, les yeux écarquillés dans le noir, essaie de distinguer les usines Heinkel. Depuis vingt-cinq minutes, j’attends que la Flak se déchaîne. C’est monotone et énervant.”

“ Soudain, au moment où l’on ne s’y attend plus, le ciel s’embrase.”

“ Lancées comme des poignées de grêle, les gerbes de la D.C.A. nous arrivent dessus de tous les côtés, pendant que d’innombrables projecteurs illuminent le dessous de l’avion et nous crèvent les yeux.”

“ Au milieu des éventails des balles traçantes qui semblent onduler de gauche et de droite en avant de nous, je vois monter lentement d’étranges chenilles lumineuses.”

“ Se suivant l’une derrière l’autre, à quelques mètres de distance, d’énormes boules de feu escaladent le ciel dans un mouvement de lente rotation, puis hésitent en décrivant une courbe et redescendent mollement, comme si elles étaient retenues par un parachute.

“ Elles sont à la fois belles et effrayantes.” (…)

“ C’est ma première rencontre avec ce que l’on appelle les oignons et, en effet, cela y ressemble. Avec cette différence toutefois que ces boules incendiaires, reliées de chaînettes de cinq à six mètres de long, s’enrouleront autour de mes plans, si j ai le malheur d’en accrocher une, en incendiant le Jules et son équipage par la même occasion.”

“ Ça claque de tous les côtés, monte, s’entrecroise, redescend, un peu comme ces taches lumineuses que crée la fatigue quand on ferme les yeux.” (…)

“ Il n’est pas question avec le commandant Daillière de s’écarter, ne fut-ce qu’une seconde, de la route indiquée. Le bombardement exige, pour faire une visée correcte, que l’appareil garde à chaque passage la même altitude, le même cap et la même vitesse. Cela permet des calculs précis… que les canoniers de la D.C.A. ennemie peuvent ainsi faire, eux aussi, avec une parfaite précision.” (…)

“ Première passe : Daillière lâche deux bombes.”

“ Je vire cap sur cap et j’aperçois déjà les incendies qui éclairent les bâtiments. Nous sommes bien au-dessus des usines et le commandant a mis dans le mille un fois de plus. (…)

“ Malgré moi, lorsque les gerbes de balles ou les oignons surgissent trop près sur ma route, j’ai tendance à vouloir les éviter… (…) Cela dure depuis trente-cinq minutes (…)”

“ Enfin, le commandant a fait ses quatre passes réglementaires et nos huit bombes sont au sol. Corneille et Deschamps ont balancé leurs quatre-vingt crottes. J’imagine qu’ils doivent maintenant épuiser tous les chargeurs de la mitrailleuse, suivant leur habitude.” (…)

“ Parfois le Jules tombe dans un trou d’air aussi brusquement que si nous heurtions un fossé et je ne vois à cela qu’une explication : nous devons croiser le sillage d’autres zincs que nous ne voyons pas dans la nuit. Comme nous sommes seuls, cela signifie que nous avons des chasseurs allemands au derrière et ça n’est pas fait pour me rassurer. J’attends à chaque instant le claquement de leurs rafales sur la coque. Ce sera la première et certainement la dernière aussi.” (…)

“ Le Jules vole comme un ange. Les quatre moteurs chuintent calmement comme des bêtes contentes de retrouver bientôt leur écurie chaude et tranquille. (…) Sur son siège à ma droite, le commandant a fermé les yeux. Il dort. La nuit s’achève et le jour se lève sur la France, mince ligne plus pâle qui souligne longuement l’horizon.”

“ Nous retrouvons Orly au petit jour. On y fait de l’essence et c’est le retour au Poulmic où, à peine atterris, le Pacha nous prévient :

– Préparez l’avion, nous repartons peut-être ce soir. Je vous préviendrai s’il y a contre-ordre.”

“ En attendant que celui-ci arrive, nous avons la satisfaction d’apprendre que, le bombardement étant réussi, nous pouvons accrocher une palme de plus à notre Croix de guerre ” (…)

*****************************

“ le commandant a mis dans le mille une fois de plus. ”

Claire GRUBE

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