Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | June 16, 2016

Philosophie: noumène & phénomène

Philosophie : noumène & phénomène

Grüß Gott !

Un phénomène français, beau parleur et grand gesticulateur, cite un livre sérieux qui ne l’est pas.

De la guerre en philosophie / Bernard Henri Levy / Grasset / 2010:

« Ou bien encore Kant, le prétendu sage de Königsberg, le philosophe sans vie et sans corps par excellence, dont Jean-Baptiste Botul a montré, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néo-kantiens du Paraguay que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence – et cela à deux titres au moins : le concept de monde nouménal où s’étend l’écho d’une jeunesse spirite, vécue parmi les ombres et les limbes, dans un royaume d’êtres énigmatiques et accessibles par la seule télépathie ; ensuite, de catégorie de l’entendement, la manie du transcendental, l’obsession de catégories rigides fonctionnant comme un corset et qui semblent parfois là pour contenir une folie souterraine, donner forme au flux chaotique des sensations, faire barrage à la confusion mentale dont les biographes savent, aujourd’hui, qu’elle le menaçait plus qu’aucun autre – Kant, ce fou furieux de la pensée, cet enragé du concept, dont toute la Critique de la raison pure pourrait se lire, dans ce cas, comme le récit d’un drame intime, une autobiographie secrète et crytée… »

« Pourquoi est-ce que je dis tout cela ? Parce que cette réflexion sur le sujet et son inévitable capture dans ce mixte de « condition » (son corps) et de « situation » (l’époque) dans cet agencement de circonstances, rencontres, choix existentiels et passions que j’appelerai, pour faire vite, et en hommage à Merleau-Ponty, son champ historico-charnel, implique une toute dernière conséquence et, évidemment, pas la moindre puisqu’elle touche aux fins mêmes de la philosophie, à la question qu’il est impossibe de ne pas au moins poser avant de finir – c’est-à-dire à l’état, selon moi, de la question de la vérité… »

« Je suis de ceux, soyons clair, qui ne doutent pas que la recherche de la vérité demeure, aujourd’hui comme hier, la tâche la plus haute de la philosophie. Je suis de ceux qui, pour être plus clair encore, continuent d’estimer qu’un philosophe faisant, pour une raison ou pour une autre, son deuil de la vérité, perd honneur et dignité. »

Youtube.com / Jean-Baptiste Botul / Sa vie, son oeuvre / Affaire BHL / Video / Internet:

« Il cite Botul, et quelques pages avant, il a cité Spinosa et Althusser, et une page plus tard, il cite Merleau-Ponty. C’est quand même curieux qu’un agrégé de philosophie, qui connaît son histoire de la philosophie, mette Botul dans l’histoire de la philosophie. Parce qu’il n’y a pas des millions de philosophes, on les connaît les grands. C’est des fautes de débutants, finalement. C’est des fautes de jeunes, on pourrait dire, qui démarrent dans la carrière. De la part de BHL, qui est un vieux routier de l’édition, de la philo et de la littérature, c’est inouï, quoi. »

Youtube.com / TV5 Monde / L’invité / Bernard Henri Levy / Patrick Simonin / Ce n’est pas moi qui déclenche des réactions, ce sont mes combats / 22/02/10 / Video / Internet:

« Il faut bien dire que je me suis trompé dans une ligne de De La guerre en philosophie », où j’ai cité comme un livre sérieux un livre qui ne l’était pas. Voilà, c’est comme ça. Je me suis, je vous le dis sans immodestie, je me suis si peu trompé en trente deux ans de combats philosophiques et politiques, qu’en effet, il a bien fallu qu’on trouve cette sympatique, d’ailleurs, histoire Botul, dont je suis le premier à avoir ri de très bon coeur. » (…)

« Ce qui est étrange, c’est que ce n’est même pas une erreur, c’est une histoire de pseudo, voilà. C’est quelqu’un qui s’appelle X et qui signe Y, et avec toute une petite mise en scène, romanesque et borgésienne, autour, voilà. Que j’ai prise au sérieux, soit. » (…)

Dailymotion.com / France Inter / Bernard Henri Levy / Nicholas Demorand / Video / 19. 02. 2010 / Internet:

« Ecoutez, c’était marrant cinq minutes, maintenant je trouve que ça va comme ça ! Ça me fait moins marrer maintenant. (…) C’est ridicule, parce que je crois que c’est ridicule, surtout pour ceux qui s’en servent, pour éviter de lire, parce que c’est de ça qu’il s’agit, (…) et il y a là un certain nombre de gens qui ne trouvent qu’un seul nom à relever, c’est le nom de Botul. (…) et ben, moi aussi j’étais mort de rire, mais je trouve que ce qui a commencé comme un canular sympathique, comme un canular de potache, est en train de tourner bizarrement, et c’est en train de tourner un peu pestilentiel, monde entier ou pas. C’était marrant, ça tourne glauque. »

Dailymotion.com / ONPC / Bernard Henri Levy / Vidéo / 13.02.10 / Internet:

« Alors, ce petit livre, on en a encore plus parlé qu’il n’aurait fallu cette semaine, à cause (…) d’un philosophe qui n’existe pas, et que vous citez page 122, le fameux Botul. Alors, comment vous vous êtes fait piégé, comme ça, Bernard Henri Lévy ? »

« Mais,… c’est une histoire hilarante ! (…) Oui, bien sûr que ça me fait rire. Oui, mais non de m’être fait piégé (…) attendez,… c’est extrêmement simple, et franchement, qu’on en ait fait une affaire, c’est ça qui est très amusant, parce que ça illustre l’hystérie et le panurgisme d’un certain système. Il y a un livre qui sort en 2004, qu’est signé d’un monsieur Botul, je trouve ce livre formidable, j’y consacre trois lignes, et on m’apprend cinq ans plus tard que monsieur Botul ne s’appelle pas monsieur Botul, mais s’appelle monsieur Pagès (…) où est l’affaire ? le livre reste très bon. Alors on me dit, un simple clic sur Wikipedia vous aurait convaincu du fait que Botul s’appelait Pages. Sauf que moi, quand je lis un livre, je clique pas sur Wikipedia. » (…)

« Parce que je m’intéresse à la philosophie, et que j’ai vu en 2004 paraître un livre sur Emmanuel Kant, que j’ai trouvé passionnant. Et, encore une fois, que l’auteur s’appelle Botul, Pagès ou Tartempion, ça reste un très bon livre. » (…)

« – Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si Michel Foucault s’était appuyé sur les travaux de Fernand Raynaud pour sa Leçon inaugurale au Collège de France. » (…)

« Mais même la personne qui écrit (- C’est Aude Lancelin qui écrit tout cela -), oui, elle a été la première à m’interwiever sur ce livre. Elle a organisé un débat entre Slavoj Zizek et moi. Elle ne savait pas non plus que Botul s’appelait Pagès. Et elle a lu le livre, elle l’a annoté, et elle nous fait parler de tout ça. Elle ne le savait pas non plus. » (…)

« – Votre explication est habile, mais elle ne tient pas tout-à-fait la route. » (…)

« Je ne m’intéresse pas à ce monsieur Botul, je m’intéresse à Emmanuel Kant ! » (…)

« – Même sur le livre, sur Emmanuel Kant, vous savez, dès la note sur l’édition et la traduction, c’est tout de suite hilarant, quand il explique que le texte a été écrit d’abord dans la langue des habitants de Nueva-Königsberg, c’est-à-dire en allemand, le texte a été traduit ensuite en espagnol, puis en anglais, puis on a choisit la version argentine. Dès le début, (…) on voit l’ironie. »

« Et alors (…) il n’est pas interdit d’être un philosophe comme l’est ce monsieur Botul ou Pagès, et d’être aussi capable d’ironie. Ça reste un bon livre. »

Dailymotion.com / BHL / Le mea culpa / La vie sexuelle d’Emmanuel Kant / Vidéo / Internet:

« Y a un livre formidable, qu’est paru en 2004, qui s’appelle La vie sexuelle d’Emmanuel Kant, et qui raconte en gros, enfin, pas qui raconte, qui développe le fait que sous ses dehors de philosophe rigoriste, abstrait, totalement désincarné, Kant, en vérité, était habité par des démons, balayé par des bourrasques intérieures, et cetera, et il était signé Jean-Baptiste Botul. »

« … ce livre, depuis sa parution, je le trouvais épatant. Il allait dans le sens, aussi, de ce que je dis sur Althusser, à qui je rends hommage dans ce livre (…) et j’apprends aujourd’hui par le Net, d’où l’intérêt du Net, que Jean-Baptiste Botul n’existait pas, que c’était un canular qui avait été inventé par un journaliste du Canard enchaîné, très bon philosophe au demeurant, qui s’appelle Frédéric Pagès. Donc : Vive Frédéric Botul et vive Frédéric Pagès, Jean-Baptiste Botul et Frédéric Pagès, ou l’inverse. »

« Sur son livre, alors, franchement, sur le fond des choses, c’est-à-dire sur le fait que les philosophes ne sont pas des purs esprits, mais que leur philosophie est le fruit de leurs affects et passions, et cetera, c’est un livre vraiment étonnant. »

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« Votre explication est habile, mais elle ne tient pas tout-à-fait la route. »

Claire GRUBE

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