Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | March 12, 2016

1940: l’inconduite française

1940 : l’inconduite française

Grüß Gott !

L’armée française, en l’an 1940, enfoncée et défoncée, fuit devant l’armée allemande, en grand désordre.

Journal de guerre / 2 septembre 1939 – 20 juillet 1940 / Georges Sadoul / Les éditeurs français réunis / 1977:

« Dimanche 26 mai »

« La nuit de cette longue journée va commencer quand le convoi stoppe à l’entrée de la petite ville de Poix (…) Des pillards remontent des bouteilles de la cave d’un restaurant qui encombrait les routes de sa publicité. (Nous sommes sur la route d’Abbeville.) »

« Mercredi 29 mai »

« Les cohortes de réfugiés qui ont traversé le pays il y a quinze jours ont tout saccagé, partout. (…) Les soldats continuent le pillage des caves. Les bouteilles arrivent et s’enfouissent par dizaines dans la paille de notre grange. On nous amène un side-car dont le panier est plein de flacons bouchés. »

« Jeudi 30 mai »

« Ce matin, le pillage continue. Nous allons, avec Houillon, dans la boutique du principal épicier, richement montée et qui doit bien contenir pour deux ou trois cent mille francs de marchandises. C’est un saccage. »

« Samedi 1er juin 1940 »

« Vers midi, quelqu’un vient m’apprendre qu’ils ont envahi le dépôt de vins, pénétrant de tous les côtés à la fois. L’ivrogne-gardien n’a pas résister à l’assaut. Je vois bientôt dans la rue passer des hommes avec des bouteilles et des gourdes pleines. Puis des porteurs de bonbonnes et de caisses entières d’apéritif. Enfin, des soldats qui roulent des tonneaux. (…) Certains d’entre nous arrivent, traînant des caisses, portant de bouteilles de Pernod et de liqueurs. » (…)

« Dans la rue, c’est une procession d’ivrognes. (…) Le rouge de la honte nous monte au front, nos poings se serrent quand nous voyons partir cette armée d’ivrognes conduite par des saoulards. En tête de son bataillon, le capitaine zigzague d’un trottoir à l’autre. Le commandant va plus droit, mais il n’est pas moins saoul. Les hommes sont tous en vareuse, sans casque, sans masque, sans sac, sans munitions, sans armes même, n’ayant pour tout bagage que des musettes gonflées de bouteilles d’apéritif ou qu’une bonbonne d’alcool juchée sur une épaule. »

« Dans la cour de la cuisine, il y a cinquante hommes couchés ivres morts, et l’on cherche de l’ammoniaque pour les dessouler. (…) On a dû emporter à l’hôpital quatre ivrognes blessés au cours des rixes. Un autre est mort d’avoir trop bu. »

« On a défoncé à coups de crosse un petit secrétaire Louis XVI, sans prendre la peine de tourner la clef restée sur la serrure, les caisses sont éventrées, les tiroirs renversés sur le sol. On a dégueulé dans les coins, il y a partout du vin ou de l’alcool répandu. (…) On marche dans la vaisselle cassée. »

« Dans une resserre où étaient rangées les caisses qui contenaient les affaires de Jacqueline A… récemment mariée, mais non encore installée, tout a été défoncée à coups de hache. Les plats d’argenterie se mêlent aux ustensiles de ménage brisés. »

« De la cave au grenier la maison a été mise à sac. Les tiroirs sont renversés, les armoires laissent traîner leurs tripes sur le plancher. Des coups sourds arrivent d’une chambre à coucher, où des gars du G.R.D.I. sont en train de forcer un des derniers placards intacts. » (…)

« Une des maisons voisines était occupée par notre magasin technique. Dans la matinée, les coloniaux y avaient découverts un petit poste émetteur de radio, bricolage d’un amateur, abandonné là par les habitants évacués. Sous ce prétexte, un adjudant ivre, suivi de quatres hommes non moins saouls, font irruption dans la villa au début de l’après-midi. Il a un révolver au poing, et ses hommes, à coups de crosse, se mettent à briser les glaces, les vitres, les tiroirs de meubles qu’il suffisait d’ouvrir. »

« Je suis certain en tout cas que durant toute la guerre de 1914, les Français dans leur pays n’ont pas commis des actions aussi ignominieuses. Les officiers qui préfèrent piller l’argenterie et les bijoux plûtot que de faire placer une garde devant le dépôt d’alcool (quitte à réquisitionner et à distribuer quelques bonnes bouteilles), plutôt que de s’inquiéter de savoir si leurs hommes ont abandonné leurs armes et munitions, méritent d’être fusiller. »

« La rue que je descends est jonchée de bonbonnes d’alcool brisées. Il flotte une odeur de vinasse. (…) La famille que j’ai fait entrer dans la maison en ressort indignée:

– Mon Dieu, quel malheur ! Et dire que c’est nos soldats qui ont fait ça. C’est pas possible ! (…)

« Dimanche 2 juin »

« Je parle aux réfugiés. La plupart viennent d’Ailly-sur-Somme, près d’Amiens. (…) Ces gens ont été quinze jours durant en pays occupé. Ils ne se plaignent pas des envahisseurs. Ils ont été corrects. Pas de pillage. Les épiceries, réquisitionnées, ont eu leur contenu spectaculairement distribué entre la population. Ce qui est un des classiques procédés de l’hitlérisme. » (…)

« Lundi 3 juin »

« Dans la soirée, des hommes entrés avec de grands sacs vides sont repartis avec l’argenterie du jeune ménage. Et dans la soirée, je vois sortir de la maison des cuisiniers qui portent par brassées maladroites un service à porto en cristal doré, cadeau de mariage fait à la fille de la maison. Des verres, des carafes s’échappent de leur mains, sont broyés sous leurs gros souliers. »

« A chaque instant des porteurs de sacs vides entrent, des porteurs de sacs pleins sortent. Je sais maintenant l’éthymologie du verbe saccager, de l’expression « mettre à sac ». Pas un officier, pas une ronde qui cherche à empêcher cette honte. »

« Mardi 4 juin »

« Profitant de l’accalmie, quelques refugiés sont revenus chercher des affaires. Une vieille femme, que je trouve sur la route, s’indigne des pillages. »

« – Penser que ce sont des soldats français qui ont fait cela ! »

« Je lui dis le sort qui a été fait à la maison du notable. »

« Un vieil homme appelle la femme :

« – Il n’y a plus rien chez nous, ils ont tout pris, même les oignons ! »

« Il y a deux ou trois jours, un soldat d’une division voisine est venu ici pour retrouver sa femme et sa maison. Il a eu la chance de retrouver sa femme sur une route. Mais sa maison avait été mise à sac. (…) Le soldat est reparti en pleurant, m’a-t-on dit. »

« Vendredi 7 juin »

« Notre état-major installé dans le château que nous dominons vient de battre en retraite. (…) Vers sept heures, l’état-major quitte le château de Courcelles. Lucas et Thouvenin qui sont à Thoix, le village suivant, voient arriver à toute vitesse les voitures chargées d’officiers dont certains lèvent les bras au ciel et crient :

– « Sauvez-vous ! Sauvez-vous ! Nous avons les Boches derrière nous. »

« A la sortie de Thoix il y a, en travers de la route, trois fantassins étendus. Ce sont des hommes qui étaient tombés assommés de fatigue en travers de la route, la nuit dernière. Ce matin, les voitures de l’état-major affolé ont écrasé ces hommes endormis. Il ne pouvait s’agir de blessés ou de tués. » « Thoix, à cette heure, n’a pas encore reçu un seul obus. »

« – Il n’y avait pas de place pour passer ailleurs, racontait Lucas. Ma voiture leur a passé sur le corps, après vingt autres. Tu sais ce que c’est qu’un embouteillage, on ne peut pas choisir où on passe. Tout de même, ça faisait un drôle d’effet. »

– On nous a déjà fait tout quitter il y a trois semaines, Monsieur, et quand on est revenus, des Belges, des réfugiés, qui n’étaient même pas de chez nous, avaient tout pillé. »

« Samedi 8 juin »

« La nouvelle se répand que notre état-major vient de passer à toute vitesse sur la route, dans des autos ; certaines roulaient à plat. Par les portières, des officiers criaient :

« – Nous avons les Boches au cul, filez ver le sud. »

« Ils arrivent dans la ville [Beauvais] qui flambe. Ils atteignent une grande caserne de gendarmerie. Elle est vide. Il n’ y a plus là qu’un sergent-chef, complètement ivre, bégayant, pâteux, titubant, qui ne sait rien. (…) Hors cette vielle femme, il ne verra, dans les rues, qu’un vieux couple:

« – Mon mari est ivre, il ne sait pas ce qu’il dit, avertit par avance la femme. Mais elle est aussi saoule que lui. »

« Mercredi 12 juin »

« Un chien noir et roux traverse la chaussée. Sagan accélère et écrase la bête en poussant des cris de joie. Le sang éclabousse les vitres et un camarade assis sur l’une des ailes de la voiture. » (…)

« Jeudi 13 juin »

« Le pillage du quartier commerçant reprend et s’amplifie. Nos cuisiniers sont allés forcer une grande épicerie et reviennent avec des saucissons, des jambons en boîte, des caisses de vin et d’apéritifs. » (…)

« Les façades des maisons à six étages dans le centre de Bezons ou de Houilles, sont entièrement closes. (…) Et personne dans les rues, pas un agent, pas une formation militaire… De temps à autre seulement, des déserteurs en chandail kaki qui titubent à la sortie d’un bistrot pillé. »

« Vendredi 14 juin »

« Nous savons maintenant que les Allemands sont à Longjumeau, où nous passions hier soir, avec Thouvenin et Lucas. A proximité de la ville, la roue d’une des pièces heurte un motocycliste qui porte sa femme en croupe. La femme roule sous le canon, dont la lourde roue lui tranche la tête. Le convoi continue d’avancer, sans s’arrêter. »

« Lundi 17 juin »

« Nous n’avons rien à boire. Je descends vers Cerdon, chercher deux bidons d’eau. Le bourg est plein de réfugiés et de débris d’armées. Le chemin est bordé de bouteilles vides, de flaques blanches de duvet laissés par les volailles plumées, d’objets hétéroclites. Tous les accessoires du pillage avec lesquels nous nous sommes familiarisés depuis ces trois semaines où la France passait sous les roues de nos camions comme sous un laminoir destructeur. Mais ici, tout de même, en plein centre de la France, c’est incroyable. »

« Vendredi 28 juin »

« Nous avions trente cartouches. Presque tous, nous rendons les paquets intacts (les balles tirées l’ont été sur des lapins). Quinze d’entre nous doivent avoir la Croix de guerre. Curieuse manie de décorer après une telle défaite. »

« Samedi 29 juin »

« Histoires de pillage:

« Au début de la guerre, à St Avold, en Lorraine, les officiers donnaient l’exemple du pillage et tout a été saccagé. » (…)

**********************************************

« Penser que ce sont des soldats français qui ont fait cela ! »

Claire GRUBE

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Categories

%d bloggers like this: