Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | February 21, 2016

Jules Verne: bombardement de Berlin

Jules Verne : bombardement de Berlin

Grüß Gott !

Un avion français, lourd et lent, en juin 1940, bombarde Berlin et ses habitants. Puis retourne tranquillement à la maison.

Le Jules Verne / Henri Yonnet / Yves Laty / Editions France-Empire / Paris / 1983:

„ – Ça y est, Yonnet ! On va bombarder Berlin ! ” (…)

“ La Manche, grise et plombée, défile dans le soleil mourant, la mer du Nord est déjà noire et voici le Danemark dans la vague lumière du crépuscule qui finit. Va-t-on remonter ainsi jusqu’au pôle ? ” (…)

“ Nous sommes venus en grand sur la droite. Nous redescendons maintenant cap au sud-est. ” (…)

“ Brusquement, vers minuit, au moment où j’aperçois très loin devant une vague lueur dans la nuit, je sens Daillière qui commence à remuer à côté de moi. Il se penche au hublot, se tourne vers moi, le doigt baissé, et me hurle:

“ – Yonnet… regardez, Tempelhof ! ”

“ Nous sommes à 2.000 mètres et je vois distinctement la grande piste balisée de lumières de l’aérodrome berlinois.” (…)

“ Daillière plonge en arrière vers la porte du couloir et hurle:

– Aux postes de combat ! ”

“ Puis il se tourne vers moi et il m’ordonne:

„ – Descendez faire une présentation d’atterrissage sur la piste.” (…)

“ La piste est là, les feux commencent à défiler sous les plans et je dois être à dix ou quinze mètres du sol.” (…)

“ Le commandant me fait signe de continuer tout droit et me crie:

“ – Effacez la piste ! ”

“ Je remets la gomme aux moteurs comme si, ayant manqué mon atterrissage, je reprenais de la hauteur. Le Jules fonce et j’aperçois devant moi les innombrables lumières de Berlin répandues comme une poussière d’étoiles sur la terre noire terriblement près au-dessous de nous. Cette fois, nous y sommes. ”

“ Je voudrais ne pas songer aux ballons de protection dont on m’a dit que Berlin s’est fait une ceinture. C’est la hantise des bombardiers, car, à l’altitude où nous sommes forcés de descendre, il y a une chance sur mille pour que nous passions à travers les cables qui les retiennent. Le moindre heurt d’une aile contre l’un d’eux, et c’est la vrille mortelle avec l’incendie au bout. “

“ Je peux parfaitement voir les rues éclairées par la base que donnent aux maisons l’aspect de cubes translucides, les fenêtres éclairées, les pinceaux des phares d’autos circulant dans toutes les sens et, au-dessus de la ville, l’immense emblondie de cette énorme cité paisible et confiante qui ronronne comme un chat tranquille dans son orgueuilleuse sécurité.”

“ Devant moi défile une grande avenue toute droite, l’Unter der Linden peut-être, large, superbe, et j’oublie presque pourquoi nous sommes là : tout cela semble si parfaitement anormal ” (…)

“ Nous étions, il y a un instant, des guerriers à l’affût de la riposte possible, des chasseurs, le coeur serré d’attendre la proie, prêts à la bataille, au coups de canons, à la mort brutale, affrontée dans le fracas et l’éblouissement des artilleries, et nous voici, touristes tranquilles, survolant sans histoire une ville du temps de la paix.”

“ Nous sommes tout juste à cent mètres d’altitude et je vibre moi-même encore plus que l’avion. Soudain un souffle, comme une main lente et puissante, soulève le Jules. Ce sont nos bombes qui éclatent et toute la ville s’éteint, d’un coup, comme une chandelle. (…) En même temps, tous les projecteurs s’allument. (…) ”

“ Maintenant, c’est la Flak qui se déchaîne. Comme les gouttes d’eau d’un arrosoir tourné vers le haut, les balles traçantes défilent en traits de feu. J’ai repris de la hauteur, mais je suis à bonne portée de tous les calibres. (…) ”

“ Il nous reste encore trois bombes accrochées sous le ventre. Pas question de rentrer. (…) Je fais un demi-tour en virant au milieu des éclatements d’obus. Les Allemands tirent comme des cochons, car ils ne nous ont pas encore pris dans leurs projecteurs. Pourtant, ça se rapproche. Le tir de barrage doit être fantastique pour atteindre une pareille densité. ”

“ A l’arrière, Deschamps a l’ordre de balancer les bombes incendiaires de dix kilos par-dessus bord, une fois le bombardement commencé, au mieux des circonstances. Il a ouvert la porte d’embarquement et titube dans les embardés que je fais faire à l’avion pour dérouter les projecteurs et la Flak, il jette le plus vite possible, comme à la corvée de charbon les lourds projectiles par l’ouverture béant sur la nuit. ”

“ Corneillet a, depuis un bon bout de temps, oublié sa magnéto défaillante. Le voyage, puis l’arrivée sur Berlin, enfin et surtout le terrifiant jaillissement de l’artillerie antiaérien l’ont mis dans un état de surexcitation bien compréhensif.” (…)

“ Dans le feu de l’action, voyant Deschamps qui s’écrime à balancer ses bombes, il vient lui donner main-forte. (…) Corneillet, calé contre la porte de largage, les jette à toute volée dans les airs, le plus vite possible.”

“ Au dessous de nous, des choses brûlent. (…) Le même souffle que tout à l’heure nous soulève. Le Pacha a envoyé ses trois dernières bombes. (…) Par le hublot, je vois de lourdes volutes de fumée que les incendies éclairent en faisant rage dans les ruines. ” (…)

“ Corneillet arrive au galop pour prendre les ordres “ (…)

“ – Armez la mitrailleuse !”

“ Il repart en courant vers la queue de l’appareil et j’imagine avec quel empressement il doit être en train de sortir notre ridicule “pétoire” et ses “fromages” pour arroser le paysage à sa manière. ”

“ Nous sommes maintenant aveuglés par les projecteurs qui, venant de toutes parts, ont pris le Jules dans leurs faisceaux.”

“ – Tirez sur les projecteurs !”

“ Nous sommes toujours au-dessus de la ville ou de ses environs immédiats. J’ai un sacré boulot pour maintenir l’appareil tout en essayant de passer à travers les trajectoires et les éclatements d’obus qui jaillissent à foison sur le fond noir de la nuit. ”

“ Tirez sur les projecteurs ?… Tonnerre de Dieu !… Mais lequel ?… Il y en a plus de mille ! “ (…)

“ Il lâche deux ou trois chargeurs au hasard dans le trou qui baîlle au-dessous de lui, pendant que Deschamps balance inlassablement ses bombes incendiaires.” (…)

“ Corneillet se relève, lui arrache les dernières, les jette, puis, bégayant de rage, mâchant des imprécations, énorme stature dressée contre le vide et le feu d’artifice des canons ennemis, il se baisse, arrache ses souliers et, d’un geste large, l’un après l’autre, il les balance à toute volée sur Berlin qui flambe au milieu des fleurs démoniaques de ses batteries antiaériennes.”

“ Nous laissons Berlin derrière nous. Sans cesse, le commandant me fait changer de cap pour dérouter la chasse de nuit. A force de feintes, de piqués et de ressources brutales, nous sommes enfin sortis de l’enfer. ” (…)

“ Daillière a fait envoyer par Scour un message radio à Paris, signalant notre mission réussie et terminée. ”

“ Une fois finie la D.C.A., la route noire que ponctue seule la tâche lumineuse et mate du compas s’ouvre devant nous, si longue (…) Nous naviguons vers Chartres où, enfin, nous arrivons.” (…)

“ – Nous n’avons rien vu, mais nous devons avoir la chasse et surtout la reconnaissance à nos trousses. “ Ils ” ne vont pas laisser passer ça comme ça.” Le commandant semble terriblement pressé de repartir. “ (…)

“ Le terrain défile, nous virons pour prendre notre route, et à peine sommes nous un peu éloignés que voici les bombardiers allemands qui viennent labourer la piste de l’aérodrome. Nous l’avons échappé belle, mais il faut nous rendre à l’évidence : c’est bien le Jules que l’on recherche. ” (…)

“ Nous remontons sur Orly au lieu de filer sur Le Poulmic (…) je sais que le terrain doit être criblé d’entonnoirs (…) tant pis, comptons sur notre chance habituelle…” (…)

– Vous avez une demi-heure pour manger… Complétez les pleins pour rejoindre la base. Nous repartons pour Le Poulmic le plus tôt possible.”

“ Et nous rejoignons Brest à toute vitesse. Les Boches doivent nous chercher. Un avion de reconnaissance allemand passera d’ailleurs dans la journée à haute altitude, au-dessus de la rade, et se fera assaisonner par les pièces antiaériennes de notre Richelieu.”

“ Arrivés au Poulmic, nous discutons avec les copains et nous apprenons que nous sommes proposés pour une double citation : une à l’Armée de l’Air et une à l’Armée de Mer.” ( …)

“ A Radio-Stuttgart, le traître Ferdonnet a, paraît-il, parlé de nous dès aujourd’hui.” (…)

“ Le commandant Daillière et son équipage de pirates ont bombardé la capitale du Reich. Ce n’est pas là un acte de guerre mais un acte de piraterie. Ils ne reviendront plus jamais au-dessus de l’Allemagne. Le commandant Daillière et son Jules Verne sont déjà condamnés à mort. ”

**********************************

“ tout cela semble si parfaitement anormal ”

Claire GRUBE

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