Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | December 20, 2015

Sonia sous les bombes

Sonia sous les bombes

Grüß Gott !

Sonia sous les explosions, vacque à ses occupations, à travers les destructions, et s’en tire sans contusions.

Les demoiselles de Gaulle / 1943-1945 / Sonia Vagliano-Eloy / Plon / 1982:

« En février 1944 le blitz reprend. Presque chaque nuit les bombardiers allemands attaquent Londres par vagues successives. Les bombes tombent au hasard en de nombreux points de la ville et de son immense banlieue mais principalement sur le centre. Comparé à celui de la bataille d’Angleterre de 1940, c’est un « mini-blitz ». D’autre part, la chasse et la D.C.A. britanniques interdisent tout bombardement de jour. Sur le trajet maintenant familier que j’emprunte chaque jour pour me rendre au bureau de Carlton Gardens, en passant par Piccadilly et Saint-James Square, je constate de nouvelles destructions. »

« Un soir, pendant que nous arrosons chez Prunier nos galons d’officier, dans un vacarme assourdissant les plâtres du plafond s’abattent sur notre table. Une bombe a éclaté au milieu de la rue devant St. James Palace et elle a ébranlé tout le quartier. Les carreaux de Carlton Gardens ont volé en éclats et nous passons la matinée du lendemain à balayer et à secouer des dossiers poussiéreux. Un de nos camarades du cours de liaison a été tué et deux autres blessés. » (…)

« Certains soirs, nous regardons les bombardements d’un toit ou d’un balcon jusqu’à ce que les coups de sifflet rageurs d’un gardien de la défense passive nous obligent à descendre. Nous trouvons qu’il n’est pas plus périlleux d’être sur un toit qu’ailleurs : c’est une question de chance et là-haut nous avons l’avantage d’être aux premières loges et d’assister à un spectacle extraordinaire et hallucinant : les silhouettes des toits et des clochers se détachent sur un ciel embrasé et zébré par les faisceaux lumineux des projecteurs de la D.C.A. Parfois un avion ennemi est pris dans le feu croisé des projecteurs et abattu. Nous applaudissons cet exploi comme s’il s’agissait d’un match sportif. Au bruit, par moments assourdissant, succèdent d’étranges pauses pendant lesquels nous n’entendons que le ronronnement sourd des bombardiers et les sirènes des ambulances et des voitures de pompiers. A la suite d’une de ces soirées de feux d’artifice qui n’en sont pas, nous apprenons que quatre-vingt-dix bombardiers allemands ont survolé la ville. Huit appareils ennemis ont été abattu et nous trouvons le tableau pauvre ; il ne doit pas l’être tellement car, petit à petit, les bombardements s’espacent, diminuent d’intensité avant de se faire de plus en plus rares. »

« Pendant les bombardements, nous sortons beaucoup en ville et je découvre la vie nocturne des restaurants et des boîtes où la musique nous isole totalement du monde extérieur. Les Londoniens ont retouvé le chemin des stations de métro aménagées en abri et, lorsque nous rentrons le soir, nous devons enjamber les corps de gens endormis. L’atmosphère est amicale et chaleureuse, nous nous déplaçons en groupe de boîte en boîte et dans les clubs militaires alliés où nous rencontrons des officiers de tous les pays de l’Europe occupée. Londres by night chante, danse et s’amuse. Mais cette vie un peu folle et exténuante (car il faut travailler toute la journée) sera de courte durée. »

« Les V 1 »

« Le 13 juin, il fait beau et particulièrement chaud dans la baraque au toit de tôle où nous suivons un cours. Le professeur propose de poursuivre en plein air et, au moment où tous sortons, un vombrissement étrange nous fait lever la tête. Nous ne voyons rien, puis apercevons un petit avion qui semble avancer lentement. Un des officiers nous dit qu’il s’agit d’un avion téléguidé. Peu après le moteur s’arrête et nous entondons une forte explosion. C’est le premier V1, l’arme allemande secrète de représailles (V1 pour Vergeltung : vengence). Les jours suivants, Londres vit sous le signe des V1 qui explosent n’importe où et n’importe quand. On apprend à compter jusqu’à dix dès que le moteur s’arrête. Ce chiffre fatidique dépassé, on est, en principe, sain et sauf ! Ces engins font, en somme, peu de dégats en comparaison des bombardements, bien que la charge explosive soit très puissante : une seule peut éventrer un immeuble de cinq étages. Mais il se crée une psychose de peur dans la population londonienne qui redoute qu’aux premiers V1 succèdent d’autres engins de mort plus nombreux et plus puissants. La riposte britannique ne tarde pas: les avions de chasse abattent les V1 au-dessus de la Manche tandis que d’immenses filets métalliques suspendus à des dirigeables protègent la ville. De retour à Londres, avant de regagner Camberley, j’échappe de justesse à un V1 lorsque, courant pour sauter dans un autobus à la gare de Victoria, j’ai la bonne fortune de le manquer avant de le voir atteint et pulvérisé sous mes yeux à une cinquantaine de mètres. »

« A Liège, nous sommes immobilisées pendant plus d’une heure pas une attaque de V1. Des MPs nous détournent de la rue principale et nous perdons la tête du convoi. » (…)

(…) « je reprends la route qui traverse la forêt des Ardennes. (…) ma voiture est arrêtée par une dizaine de maquisards hirsutes, barbus et armés. Ce sont des partisans belges à la poursuite de soldats allemands cachés dans la forêt qui font des cartons sur les véhicules militaires américains. Le matin même, un conducteur a été tué et un autre blessé. Sans que je puisse discuter, ils s’entassent dans ma voiture, s’installent sur les ailes et le capot. Au bout de cinq kilomètres, ils descendent et s’éparpillent dans la forêt aussi joyeusement que s’ils partaient à la chasse au gibier. Peu de temps après, j’entends le tir à répétition d’une mitraillette, tandis qu’une poignée de gravillons s’abat sur la vitre arrière. C’est arrivé si vite que je n’ai pas eu le temps d’avoir peur, mais je suis très soulagée lorsque je sors de la forêt et me trouve dans un encombrement rassurant. »

« Belgique, Verviers, Sainte-Claire »

(…) « Je me retrouve dans la cour de l’Institut où je bavarde avec mes camarades car, fait exceptionnel, il fait un temps magnifique. Tout à coup, nous entendons le bruit d’un moteur d’avion ; il enfle, devient assourdissant : un avion de chasse pique droit sur nous. Je crie :

« – Il est fou, ce type-là, c’est un kamikaze ! »

« France hurle:

« – C’est un anglais, regarde, je vois les cocardes. »

« Plantées au milieu de la cour, nous ne bougeons pas et regardons, nous demandant si ce n’est pas un de nos copains aviateurs ! L’avion vire en frôlant les toits, j’aperçois le visage du pilote : il a la bouche ouverte et tordue comme s’il hurlait quelque chose ; au même moment, ses mitrailleuses crachent des flammes et les balles claquent de toutes parts. Nous nous applatissons contre le mur le plus proche. Un deuxième avion, puis un troisième rééditent le même scénario, avant de disparaître dans le ciel bleu. » (…)

« Le lendemain de Noël, je me trouve dans la cour avec le captain Ball, lorsqu’un souffle énorme, accompagné d’une explosion d’une violence inouie, nous précipite à terre. Je me dis que cette fois mom compte est bon, j’ai l’impression d’avoir reçu une maison sur le dos. En fait, le captain Ball s’est jeté sur moi, fort galamment, tel un rugbyman, pour me protéger ! J’en suis quitte pour des égratignures à la figure et quelques contusions, mais les dégâts sont importants. » (…)

« Ma voiture se trouve bloquée par un gros camion ; nous sommes exaspérées. En fait, nous ne nous sentons en sécurité qu’a Sainte-Claire. Pendant que nous attendons impatiemment le chauffeur du camion, nous regardons charger une ambulance. Un des blessés, un jeune soldat souriant, me demande une cigarette ; nous bavardons et, en guise d’adieu, il me crie : « Je suis sûr que vous regretterez de ne pas venir avec nous plutôt que de rester dans ce trou de la mort (death trap).» Louise et moi rions et lui faisons des signes d’adieu. Je m’indigne à nouveau contre le conducteur du camion qui n’a toujours pas réapparu. Au même moment, nous entondons arriver un V1 au-dessus de nous ; il vole très bas, le moteur s’arrête, nous nous aplatissons contre le mur de l’hôpital et commençons à compter. Je regarde l’ambulance s’éloigner, elle se trouve à une centaine de mètres. Nous entendons l’explosion, voyons la boule de feu puis l’ambulance se désagréger sous nos yeux. Des morceaux de tôle et des fragments de toutes sortes jaillissent et retombent, comme dans un film au ralenti. Enfin, tout disparaît dans un grand nuage de poussière. Des ambulanciers partent en courant avec des brancards, mais nous savons qu’il ne reste plus rien du pauvre garçon qui était si heureux d’aller vers l’arrière. Pour la première fois, les joues roses et rebondies de Louise sont devenus blêmes. Le chauffeur est arrivé et s’excuse de nous avoir fait attendre. J’entends ma voix lui dire : « Vous avez bien fait, sans cela nous aurions peut-être écopé du buzz-bomb (V1). »

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« La simple vérité crie d’un bout à l’autre de son récit. » (M. Schumann)

Claire GRUBE

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