Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | May 31, 2015

La France en l’an 1800

La France en l’an 1800

Grüß Gott !

Un vieux protestant, en l’an dix-huit cent, trace sans complaisance, l’état de la France

Voyage d’un Allemand à Paris / Johann Georg Heinzmann / Lausanne / 1800:

Paris, le 21 juin 1798

« De Bâle, pour arriver ici, j’ai mis cinq jours et demi, ou du Samedi soir au Jeudi matin. ( …) On trouve sur cette route de très-mauvais gîtes, de misérables villages, et des maisons qui ressemblent à des prisons, ou à des écuries. »

Paris, le 3 Juillet 1798

« Je n’ai vu nulle part la propreté régner dans les ménages et les François peuvent à cet egard apprendre beaucoup des autres nations. Ils donnent plus à l’extérieur qu’à l’intérieur de leurs maisons. Leurs lits, leurs chambres à coucher, n’ont pas la netteté qu’on trouve chez nous, surtout dans les pays protestans. On remarque, en général, encore beaucoup de vestiges de ci-devant ornemens catholiques, qui décèlent cette négligence intérieure. Les demeures des bourgeois du commun sont rarement propres et rangées. (…) La manière de vivre des Catholiques, me rappelle souvent les Juifs, et leur malpropreté. »

« Les planchers, les corridors, les escaliers, les lieux d’aisance, sont si malpropres, presque dans toutes les maisons, qu’on ne pourrait en trouver chez nous aucun exemple, et qu’on peut dire que c’est une chose particulière à la France. Il paroît qu’on ne nettoie jamais les fenêtres ; il y en a qui sont si troubles, qu’on ne peut distinguer à travers les vitres, ce qui se passe en rue. La plûpart des logemens au cinquième, ne sont que de vilains taudis, où il y a des fenètres raccommodées avec du papier ; des escaliers obscurs, étroits et sales y conduisent. La quantité de locataires qui demeurent dans une même maison, est encore une cause qu’aucun d’eux n’en soigne la propreté, ou, au moins, le font-ils si superficiellement, qu’en moins d’une heure on ne croiroit pas qu’un balai y eût passé. Comme l’eau se paye à Paris, on l’épargne, à ce qu’il paroît en n’écurant que rarement les maisons. »

Paris, le 7 juillet 1798

« Paris ne me plairoit point pour mon séjour ordinaire. Non-seulement il y règne un bruit perpétuel ; mais les cris de toute espèce de colportage étourdissent tellement, qu’il est souvent impossibe de travailler. Il y a des quartiers bruyants, que jour et nuit on ne peut y avoir ni repos, ni tranquillité ; on n’y entend jamais les horloges. Je demeure à peu près au centre de la ville, rue four Honoré, le roulement des carrosses, des charrettes, des voitures, qui conduisent les denrées au marché, dure sans relache, et ce quartier est souvent aussi vivant à une ou deux heures de la nuit, qu’à sept heures du soir. Les voisins se querellent, causent, chantent, rient, jouent de divers instrumens dans la rue, sans s’embarasser s’il y a dans les maisons des gens malades ou fatigués, qui ont besoin de repos. »

Paris, le 25 Juillet 1798

« En considérant la grande quantité d’exhalaisons qui s’élèvent des corps puants et putrides, Paris devroit être une ville très-malsaine. Le grand nombre des boucheries, la mal-propreté des rues, les excrémens de tout genre, la grande quantité de latrines ouvertes, les exhalaisons de tout espèce pourroient le faire présumer ; mais on trouve d’abord le remède à côté du mal. Une grande quantité d’atteliers à feu, de cheminées, de fabriques et de manufactures purifient entièrement l’air infecté par la fumée qui s’en exhale. Cependant les brouillards sont un phénomène ordinaire dans Paris, ils deviennent même si épais et si puants, que souvent on ne voit pas devant soi que la lumière des réverbères est entierement obscurcie à une petite distance. Les trois mois d’été, Juin, Juillet et Août, sont ici les plus sereins et les plus agréables. »

« Pourquoi les François ne prennent-ils absolument aucun soin pour la propreté des lieux d’aisance ou privés ? Dans beaucoup de maisons il n’y en a point du tout ; dans d’autres que j’ai habité, c’étoient des endroits abominables, où aucun homme délicat ne sauroit aller. Même dans les allés on épanche son eau. ( La saleté doit être si grande à Marseille, qu’on jette dans toute la rue, ce qui y occasionna plus d’une fois la peste). Je vois aussi à Paris verser pendant la nuit des pots de chambre des étages supérieurs dans la rue, en criant : gare ! gare ! »

« En général, c’est une faute capitale dans la vie domestique des François, que leur manque de propreté. Leurs allées, leurs latrines, leurs escaliers, leurs chassis de fenêtre, ont un air pauvre ; leurs appartements même ne sont que médiocrement bien arrangés ; on voit rarement un plancher propre, une chambre bien nette ; dans les capitales, en passant par les rues, on voit des fenêtres cassées ou sombres, qu’on croiroit que quelques maisons seroient restées inhabitées depuis de siècles ; beaucoup de toiles d’araignées et de carreaux négligés s’offrent partout aux yeux. Même les édifices publics, le Louvre, le palais national, les galeries qui conduisent à des bibliothéques et à des cabinets de curiosités, sont sans le moindre soin de propreté et de netteté. J’ai remarqué à cet égard beaucoup plus d’ordre en Allemagne et en Suisse ; et rien ne fait autant de plaisir à voir qu’un édifice entretenu avec soin et propreté. »

« Je passe sous silence les villages en France, car ils sont épouvantables. Des habitations délabrées, la plus grande saleté même dans l’habillement des gens, qui vont la plûpart à pieds nuds, se présentent partout au regard d’un étranger ; ce qui me fait aussi croire, qu’aucune nation n’eût été capable, comme la françoise, d’endurer d’aussi terribles fatigues dans la guerre, car dès l’enfance ils sont élevés de manière à leur faire supporter tout ce que la dureté et la privation de toutes les aisances de la vie exige. »

« Quand on vient de la Hollande ou de la Suisse protestante, on trouve tout cela encore plus étrange. »

« Il y a lieu d’espérer, que la Nation françoise qui par ses guerres actuelles dans d’autres pays apprendra à connoître plusieurs choses utiles relatives à la vie domestique, saura profiter de ces nouvelles connoissances pour introduire chez elle plus d’ordre, et plus de propreté. »

Lyon, le 30 septembre 1798

„ Une chose m’a étonné dans cette ville. La bibliothèque publique (l’ancien collège des Jésuites) exite à la vérité encore, mais les avenues et passages en sont si délabrés et les escaliers si mal-propres, qu’on ne sauroit s’en faire une idée. On passe à côté des mares d’urine et des monceaux d’excrémens humains, pour entrer dans la belle et grande salle qui renferme la Bibliothèque.“

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« c’est une chose particulière à la France »

Claire GRUBE

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