Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | April 27, 2015

1914-1918: amnésie & hypermnésie

1914-1918 : amnésie & hypermnésie

Grüß Gott !

Les femmes françaises, dans les territoires occupés, connaissent quelques désagréments. Et se dolentent et se lamentent.

Youtube.com / Conférence citoyenne / Les femmes pendant la guerre / Françoise Thébaud / Vidéo / Internet:

« (…) Je veux d’ailleurs remercier madame Thébaud pour ses propos dans Paris-Normandie, ce matin. Ils nous confortent, nous, au département, dans les actions que nous menons en lien avec les services de l’Etat ou sur nos politiques propres pour déconstruire les stéréotypes sexués, pour lutter contre les violences dont les femmes sont les premières victimes, et avancer vers l’égalité réelle. » (…)

« Il me semble effectivement important que les commémorations du centenaire de 1914-1918, ou du 70e anniversaire de la Libération, n’oublient pas le versant féminin. La guerre n’est pas qu’une affaire d’hommes, qui laisserait les femmes hors-jeu et indemmes. »

« Du côté maternel, c’est la Grande Guerre qui a été la plus marquante (…) comme deux millions de personnes, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, ma grand-mère habite en zone occupée par les Allemands. (…) elle a moins faim que les citadins de l’agglomération lilloise, mais connaît les rigueurs administratives, les réquisitions de l’occupant, le travail forcé, et même la déportation de travail. (…) Lorsque je l’interrogeais sur sa guerre, elle me disait : « Pour nous, ce nous signifiant habitants des territoires occupés, ce fut plus dur que la Seconde. »

« On a insisté ensuite sur la mise en relation et la comparaison de l’expérience des femmes avec celle des hommes… »

Genre, femmes, histoire en Europe / La spécifité du sort des femmes lors de l’occupation allemande du Nord de la France, 1914-1918 / Annette Becker / Internet:

« Jusqu’à relativement récemment, l’histoire universelle s’est écrite dans l’invisibilité des femmes. Une des raisons de cette invisibilité était qu’elles ne prenaient pas part, traditionnellement, à l’activité humaine virile par excellence, la guerre : l’histoire ne connaissait, ne reconnaissait, que ce qui constituait l’activité des hommes. » (…)

« (…) Évoquer une différence sexuelle face à la situation de guerre n’explique pas comment elle s’est formée et maintenue. Les différences de genre quant aux émotions, aux traumas, et à leur mémoire sont particulièrement difficiles à saisir pour les historiens tant les stéréotypes dans ce domaine sont codés selon le genre, ainsi que la façon de les expérimenter et de les exprimer. L’exemple de la situation extraordinaire de l’occupation et de sa mémoire fractée, entre hypermnésie et amnésie, permet de poser quelques questions sur le genre. » (…)

« L’hypermnésie a concerné les héros des tranchées, et aucun autre acteur de la guerre, surtout pas leurs femmes, leurs mères, rendues à leur posture traditionnelle, celle des pleurs. » (…)

« Les combattants du Nord, comme tous les autres, ont vécu dans une certaine peur d’une dévirilisation dans les tranchées (blessures, peur, traumas, etc.) ; mais de plus, eux étaient totalement séparés de leur front domestique par l’occupation des ennemis. Pendant la guerre, ils ont ainsi été forcés de laisser leurs femmes en première ligne. Comment l’assumer au retour sinon par une sur virilisation et une hypermnésie combattantes encore plus importantes que celle des hommes rentrés dans des régions où la guerre avait connu une certaine forme de banalisation ? » (…)

« Lamnésie concernant le traitement des victimes civiles du Premier Conflit mondial, à commencer par les femmes et les enfants a offert, par la suite, dans une véritable défaite de la mémoire, une forme d’impunité pour les assassins. Seuls ou presque un certain nombre de juristes, dont Raphaël Lemkin, ont lié ces horreurs spécifiques contre les occupés du Premier Conflit mondial à leurs raisonnements sur les atteintes aux civils en guerre totale. On connaît la suite. »

Les cicatrices Rouges / 14-18 / Annette Becker / Internet:

« Invasions, occupations, exactions, ont accompagné la radicalisation du combat sur les champs de bataille, et la situation centrale de la France et de la Belgique dans la carte de guerre dès l’invasion explique pourquoi leurs populations occupées ont particulièrement souffert. Et pourtant, en France, la mémoire du conflit a pratiquement oblitéré ces réalités. Cette « défaite de la mémoire » est la conséquence d’une hypermnésie à l’endroit des « héros » ou des « victimes » des tranchées, et d’une amnésie à l’égard de tous les autres. Seuls les combattants avaient capté l’attention du monde pendant la guerre, et cela se prolongea dans le souvenir : tout ce qui ne concernait pas le combattant a été oblitéré. » (…)

1914-1918 / Combats de femmes / Evelyne Morin-Rotureau / Annette Becker / Autrement / 2004:

« Le sort des femmes pendant l’Occupation allemande du nord de la France. »

« Comment, en particulier ce qu’on appelle de façon un peu vague la mémoire collective, représente avant tout, en fait, celle des hommes, qui dépasse et recouvre celle des femmes ? »

« Les habitants des territoires placés en situation exceptionnelle, celle de l’occupation militaire, ont connu alors une expérience particulièrement violente, car ils ont vécu deux guerres à la fois. »

« Présentée par les occupés, la situation est claire : ils se perçoivent comme placés à l’avant sur le front. Français occupés de la France – bien plus, de la France en guerre, celle qui, agressée, se défend -, ils découvrent jour après jour un sort où les duretés inhérentes à la guerre se mêlent aux brutalités morales et physiques imposés par l’occupant. »

« Ce qu’ils nomment atrocités, c’est tout ce que l’occupation a créé de misère, de malheur, de mort ; une guerre la plupart du temps dépourvue de sang et de boue, mais empreinte d’ô combien de souffrance… Or, les hommes ayant été mobilisés en août 1914 et se trouvant sur les différents champs de bataille, ce sont les femmes qui vont subir l’essentiel du fardeau de l’occupation. »

« Comment retrouver les plus intactes possibles souffrances et effarements, acceptations, accommodements ou refus de ces populations directement soumises au plus terribles aspects de la totalisation du conflit ? Si les occupés, par patriotisme ,sont persuadés qu’ils sont au front, ils sont aussi traités en conséquence. Au drame moral de la défaite, de l’impression insupportable qu’on ne fait plus vraiment partie des combattants de sa propre patrie, s’ajoute la dureté financière et économique de l’occupation. »

« Ainsi vit-on à l’heure allemande, avec, selon les moments, une à deux heures d’écart avec l’heure de la France. Les jours sont rythmés par les réquisitions et les exigences diverses des occupants. Il faut un laissez-passer pour le moindre déplacement, tout rassemblement est interdit. Même les enterrements dans les cimetières sont encadrés par des soldats allemands en armes. Entre l’augmentation du prix du pain, de la nourriture en général, et la baisse de sa qualité, on survit, toujours aux limites de la disette. »

« Les déportations de femmes des territoires occupés à Pâques 1916 suscitent des réflexions similaires. En pleine offensive de Verdun, les difficultés de ravitaillement des Allemands victimes du blocus sont de plus en plus graves ; ils ne peuvent continuer à nourrir ni leur propre population ni celles des territoires occupés, et ces déportations s’apparentent en fait à des évacuations forcées, qui avaient déjà eu lieu depuis deux ans à destination de la France (via la Suisse) ou des campagnes, où il est plus facile de se nourrir. Il est à comprendre pourquoi ce choix nouveau des femmes et des jeunes filles : parce qu’elles étaient vues principalement comme bouches à nourrir inutiles ? Parce que c’était une façon d’humilier l’ennemi en attentant à l’ « honneur » des ses femmes ? »

« Les témoins insistent sur le renversement de l’ordre sexué apporté par ces déportations : des femmes travaillent comme des hommes, des bourgeoises sont traitées comme des prostituées, des jeunes filles comme des femmes mûres. Le traumatisme est total. L’occupation a été doublement niveleuse de conditions : les femmes sont traitées comme les hommes, les riches comme les pauvres. Ce nouveau seuil de terrorisme a sans doute fait prendre conscience que l’occupation était là pour longtemps, que les Allemands avaient tous les pouvoirs et que l’arbitraire constituait leur droit de vainqueur. Les femmes devenaient des armes de choix dans la guerre totale. » (…)

(…)

********************************************

« Or, l’hypermnésie a concerné les héros des tranchées. »

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Claire GRUBE

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