Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | February 22, 2015

Glières: mise en boîte

Glières : mise en boîte

Grüß Gott !

Des montagnards en cavale, dans un froid glacial, et crevant la dalle, trimballent deux boîtes en métal.

Dimanche fatal aux Glières / 26 mars 1944 / Robert Amoudruz / Jean-Claude Carrier / Cabedita / 2011:

« (…) il est absolument certain que l’invasion du plateau au soir du 26 mars a été totalement fantasmée. Le bruit en a couru comme une traînée de poudre et un vent de panique s’est emparé des gars. Certaines sections ont même décroché bien avant que l’ordre ne soit donné et d’autres à qui l’ordre n’est pas parvenu ont fui également. »

« Cette vérité historique est encore difficile à faire reconnaître, car elle contredit brutalement la version tronquée et idéalisé des événements telle que la radio de Londres a commencé à la propager dès le lendemain et telle que beaucoup de rescapés l’ont avalisée dans les années d’après-guerre. »

« Ce n’est pourtant pas le cas de Gaillard, de Pionet et de quelques autres, mais ils n’ont jamais pu se faire entendre. » (…)

(…)

« Mais revenons à nos deux amis Gaillard et Pionet à la recherche du PC d’Anjot. Le groupe du chef Guillemenet et de Serge Aubert l’ont déjà visité un peu avant la nuit. Serge Aubert raconte ainsi ses souvenirs après ceux de son passage du PC de compagnie de Lalande:

« – Toujours pas un chat sur notre parcours. Arrivé au PC central : pagaille partout, personne, beaucoup de ravitaillement. Nous récupérons le fanion de Glières. Je glisse sous mon maillot de corps le portrait du général de Gaulle. Nous récupérons aussi des revolvers qui traînent sur les tables… »

« On aurait de la peine à le croire si André Gaillard et le Belge, un peu plus tard, n’allaient pas faire un constat assez semblable. »

« Les deux amis repèrent assez vite le PC central grâce au drapeau qui flotte à un mât devant le chalet resté intact. Ils entrent et à leur grande surprise, ils trouvent l’intérieur désert. Tout montre que les lieux ont été abandonnés précipitamment, car tout est resté en place. Il y a sur la table des lettres de maquisards écrites à leur famille (ces courriers étaient centralisés au PC et postés dans les villages de la vallée avec la complicité de postiers résistants). Les deux amis sont scandalisés et on les comprend. Comment des officiers ont-ils pu ainsi abandonner à la Gestapo les adresses des familles de leurs hommes ? Le fait témoigne en tout cas de l’indicible pagaille qui a régné au moment de la fuite générale, survenue une heure ou deux avant le passage d’André et de Jean. Ce qu’on sait de la personnalité d’Anjot incline à penser qu’il avait probablement donné l’ordre de détruire tous les documents susceptibles d’être exploités par l’ennemi mais que dans la confusion qui régnait, l’exécution n’a pas suivi. N’étant pas sur place, le capitaine n’a pas pu s’en rendre compte. »

« Au mur sont restées accrochées toutes les cartes avec l’emplacement des sections, des postes de défense, des cheminements, etc. Au fond, André et Jean voient entreposé un drapeau tricolore, celui, pensent-ils qui a recouvert le corps de Tom à l’infirmerie avant son ensevelissement. »

« – Tu brûles tout ça, dit André au Belge. »

« Pendant ce temps, il se saisit de deux boîtes métalliques posées sur un rayon. Elles proviennent manifestement d’un parachutage et n’ont pas été ouvertes. Il s’empare de l’une d’elles et confie l’autre à Pionet. Avec deux couvertures blanches qui se trouvent à portée de main, chacun confectionne une sorte de sac à dos et ils emportent les deux boîtes, pensant qu’elles contiennent peut-être des choses utiles. Puis, ils sortent rapidement. »

« Dehors, ils saluent le drapeau avant qu’André ne coupe la drisse et ne le recupère. Il mesure 120 cm sur 60 cm, il est en soie et une croix de Lorraine orange est cousue dessus. André le plie soigneusement et le glisse sous sa vareuse de marin qu’il porte toujours. »

« – C’était doux au physique comme au moral, dit-il. Ça m’a fait chaud, je me suis senti revivre. J’étais maintenant nanti d’une mission spéciale, celle de le sauver coûte que coûte. Mais j’étais aussi en colère contre ceux qui l’avaient lâchement abandonné et je ne comprenais pas. » (…)

(…)

« L’exfiltration de Gaillard et de Pionet suivit un tout autre cours. »

« Après une descente abrupte jusqu’au torrent de la Filière, ils tombèrent sur des miliciens auxquels ils échappèrent en remontant dans l’eau glacée de la rivière sur plusieurs centaines de mètres. Puis ils grimpèrent dans la pente de la montagne jusqu’à une sapinière où ils purent enfin se reposer, toujours accompagnés de leurs huit camarades. »

« C’est là qu’ils ouvrent enfin les deux boîtes métalliques transportées depuis le chalet du PC. L’une contient du chocolat, vite partagé entre les hommes affamés. Dans l’autre se trouve un récepteur radio à piles avec une notice en anglais. Grâce au schéma, André parvient à le mettre en marche et à capter une émission en français de la BBC (voir glossaire) et c’est ainsi qu’en ce 27 mars 1944, vers 16 h 30, un groupe de pauvres maquisards traqués, éreintés de fatigue et de faim, entend l’annonce de la fin du célèbre maquis des Glières sous les coups de toute une division allemande. De Londres, le speaker exalte le courage et le sacrifice de 467 braves donnés en exemple au monde entier ! Puis se fait entendre un chant étrange aux accents rauques et sauvages : « Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines… » André et ses copains n’en comprennent pas toutes les paroles, mais cet air lancinant et douloureux les touches profondément. Il semble avoir été composé pour eux à cet instant. Ils le garderont toujours gravé dans leur mémoire. »

************************************

« Ami entends-tu … ? »

Claire GRUBE

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