Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | January 25, 2015

Glières: Joseph Kessel

Glières : Joseph Kessel

Grüß Gott !

Un grand partisan, de l’armée de Londres, loue les résistants, de l’armée des ombres.

Le maquis des Glières / Alain Dalotel / Plon / 1992:

” Texte de Joseph Kessel ”

« Jusqu’à présent, pour chaque Français tombé chez nous, cinq à six soldats boches sont morts … »

« L’homme qui parlait avait sur le visage un hâle épais et doré, le hâle du grand soleil blanc des montagnes. Il arrivait des maquis voisin de la frontière suisse. Il devait y retourner bientôt. » (…)

« Nous étions dans un très luxeux hôtel de Londres. » (…)

« Il était comme halluciné. Il était hallucinant. Et l’on pénétrait avec lui au coeur d’un pays secret, où les meilleurs jeunes hommes vivent en hors-la-loi et meurent en soldats magnifiques, forment les détachements traqués des montagnes, des ravins et des bois, avant-garde déclarée et chemin de la grande invasion. »

« Les petits gars sont venus au maquis sans armes, sans nourriture et presque sans vêtements, disait notre ami. On les a groupés peu à peu, encadrés, instruits. Dans ma région ce sont surtout d’anciens officiers de cavalerie. Et aussi des réservistes. Pour commencer on a eu un fusil pour plusieurs hommes. Une mitraillette était un objet de culte. On s’est ravitaillé dans quelques vieux stocks de l’armée qui avaient pu être dissimulés. Ou encore sur l’ennemi, par occasion. Enfin, c’est devenu sérieux. On a reçu du matériel d’Angleterre en quantité honnête. On a pu mettre les gars sur pied de guerre. »

« Merveilleux petits gars… Ouvriers, paysans, bergers, employés, intellectuels… Enthousiastes, dévoués, disciplinés, supportant tout dans l’espoir du combat. Il en est qui ont passé l’hiver en shorts, avec trois mètres de neige, sans murmurer. Personne ne les force, personne ne les encourage même. Nous leur disons au contraire : « Disséminez-vous dans les campagnes, les fermes. Vous serez au chaud, mieux nourris. Vous attendrez en sécurité le jour de l’invasion. » Ils ne veulent pas attendre. Ils ne veulent rien entendre. Ils veulent déjà, toute de suite, frapper. »

« Et quel Moral ! A Glières, il y avait sur le PC un fanion brodé par des dames d’Annecy avec cette devise : « Vivre libre ou mourir. » C’étaient nos garçons qui avaient « commandé » la devise. »

« Glières ? … Vous voulez que je vous raconte Glières ? Et bien, c’est un plateau savoyard à 1300 mètres d’altitude, à sept heures de marche du village le plus proche, naturellement défendu et assez large pour que les parachutages y soient impeccables. Jusqu’à février nos gars étaient dispersés par petits camps de 20 à 30 combattants soit dans les fermes abandonnées, soit dans des chalet perdus, soit encore dans des abris naturels. De là ils partaient intercepter les communications de l’ennemi, attaquer les convois, exécuter des traîtres ; bref, faire le travail ordinaire. Mais peu à peu les refuges ont été repérés. L’ennemi a mis en jeu des forces considérables. Nous avions ramené tous nos postes à Glières. Cela a formé une garnison de 550 hommes. Le capitaine Morel les commandait. Un officier admirable. Les sections s’appelaient Savoie, Lorraine, Hoche, Leclerc. »

« Jusqu’à fin mars le plateau fut inaccessible à cause de la neige. Nos gars montaient la garde, faisaient le ravitaillement à dos d’homme, recevaient les parachutages. Puis les Allemands cernèrent le plateau et passèrent à l’attaque. Et avec grands moyens ! Contre nos adolescents ils ont mis en ligne 7 bataillons d’infanterie alpine, 2 bataillons de SS venus de Yougoslavie et spécialisés dans la guerre contre les partisans, 2 groupes d’artillerie lourde, un groupe d’artillerie légère. En tout 12.000 hommes. »

« De plus ils ont envoyé des stukas. Toutes les fermes ont été incendiées par les bombes. Les dépôts de munitions ont sauté. Malgré cela les nôtres ont tenu plus d’une semaine. Vous entend bien : ils ont fixé 12.000 soldats allemands puissamment armés pendant plus d’une semaine. Et, en laissant sur le terrain 155 morts et 175 prisonniers, ils ont tué 447 hommes à l’ennemi et en ont blessé 303. Et nos survivants ont percé et se sont reformés ailleurs… Voilà Glières… »

« Dans le maquis de l’Ain, la guerre a été encore plus avantageuse pour nous. Le pays est différent. Et ces vallées parallèles, boisées, merveilleusement connues par les nôtres ont coûté plus de 400 morts aux Allemands. Nous avons eu 35 tués. »

« Dans le Jura même tableau… »

« Les chiffres des pertes ennemies ? Ils sont exacts, je vous l’assure. Nous savons tout ce qui peut nous intéresser. On compte pour nous les tombes allemandes. Il y a les renseignements des hôpitaux. » (…)

« Je peux vous parler des morts… Eux ne risquent plus rien… » (…)

« Il y a le commandant Ramon, un aviateur de l’autre guerre. Lui, vit encore, mais je ne risque pas de renseigner l’ennemi en parlant de Ramon. Il est à ce point connu dans la région qu’il commande, il est tellement légendaire que les Allemands demandent aux enfants des villes et des hameaux s’ils n’ont pas vu le commandant Ramon. »

« Il y encore Simon. (…) Un jour il apprend que trois dénonciateurs de la Milice sont réunis dans un café. Il y a va, saute sur une table, un revolver dans chaque main et leur ordonne de lever les bras. A ce moment, la table trop légère bascule et Simon tombe. Les miliciens tirent, le manquent. Lui, les abat tous les trois. Les Allemands ont fini par le prendre. »

(…)

« Et tant d’autres et tant d’autres… Et les extraordinaires femmes… Et les enfants eux-mêmes… On a dans cette France souterraine mille partisans qu’on ignore. »

« Voilà ce qu’on pouvait entendre, un soir, dans la chambre d’un très luxueux hôtel de Londres. »

(…)

« On parlait du carnage de Signes, des maisons brûlées avec leurs habitants dans l’Ain… « Rien ne m’étonne plus à cet égard », dit une femme qui avait délivré en pleine rue de Lyon, et à coups de mitraillette, son mari et une dizaine de ses compagnons, condamnés à mort par la Gestapo. « Rien ne m’étonne plus, depuis que j’ai vu de mes yeux, une femme enceinte pendue, pour l’exemple, aux portes d’Annecy. »

« Et un autre soir dans une maison de campagne de Surrey j’ai entendu trois Français raconter timidement des sabotages extraordinaires et comment – en plus, en passant – ils avaient exécuté 55 agents de la Gestapo et des traîtres de la Milice. Mais ces aventures, je ne veux pas les raconter. D’abord il est trop tôt pour les dire, et ensuite on ne les croirait pas. »

*********************************

« on ne les croirait pas »

Claire GRUBE

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