Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | December 7, 2014

Camerone: 30 avril 1863

Camerone : 30 avril 1863

Grüß Gott !

Le combat de Camerone, au Mexique, est un fait d’armes légionnaire et légendaire. Enjolivé et amplifié.

Souvenirs d’un soldat / Lucien-Louis Lande / Emile Faguet / Paris / 1887:

„ Après avoir déposé son fusil, Lande prit la plume, et il écrivit dans la Revue des Deux-Mondes des articles qui sentaient la poudre. Son récit d’un épisode terrible de la guerre de Mexique est un chef-d’oeuvre de précision et de force. Il fallait le tempérament d’un soldat pour s’approprier avec tant de sincérité les émotions d’un drame qu’il ne connaissait que de seconde main, par la narration d’un témoin oculaire.“

La Hacienda de Camaron / Episode de la guerre du Mexique / Revue les Deux Mondes / 15 juillet 1878:

„ En vain les Mexicains reviennent-ils deux fois à la charge et font pleuvoir sur les assaillants un feu terrible ; délogés de toutes les crêtes, attaqués corps à corps, ils lâchent pied et se débandent.

Saisi de panique à son tour, le gros de leurs troupes, qui campait dans la plaine, s’empresse de lever le siège ; 140 soldats français avaient mis en fuite une armée. Cette surprise coûta aux vaincus 300 tués ou blessés, dont un grand nombre d’officiers supérieurs, 200 prisonniers, trois obusiers de montagne, trois fanions et un drapeau ; nos pertes ne dépassaient pas 6 morts et 28 blessés.“

(…)

„ A Camaron, le dénoûment ne fut pas aussi heureux pour nos armes, mais il est des échecs qu’on ne donnerait pas pour des victoires. J’ai eu l’honneur de connaitre un des rares survivants de cette affaire (…) le Capitaine Maine, aujourd’hui en retraite:

„ (…) Une bel compagnie que la nôtre, la 3e du 1er, comme on dit à l’armée, et qui passait à bon droit pour une des plus solides de la région ! Il y avait là de tout un peu comme nationalité, – c’est assez l’habitude du corps, – des Polonais, des Allemands, des Belges, des Italiens, des Espagnols, gens du nord et gens du midi ; mais les Français étaient encore en majorité. (…) Avec cela, tous braves, tous anciens soldats, disciplinés, sincèrement dévoués à leurs chefs et à leur drapeau.“

„ Nous comptions dans le rang au départ 62 hommes de troupe, les sous-officiers compris, plus trois officiers : le capitaine Danjou, adjudant-major, le sous-lieutenant Vilain et le sous-lieutenant Maudet, porte-drapeau…“ (…)

„ Au point du jour, nous approchions du village de Camaron, en espagnol écrevisse ; il tire ce nom bizarre d’un petit ruisseau qui coule à quelques centaines de mètres et qui, parait-il, abonde en crustacés d’une grosseur et d’une saveur sans pareilles. (…)

(…)

„ Cependant notre situation devenait critique. Rejoindre les bois ? Il n’y fallait plus songer : la hacienda au contraire était peu éloignée. (…) Le parti du capitaine fut bientôt pris : sur son ordre, nous mettons baïonnette au canon, puis à notre tour, tête basse, nous fonçons sur les cavaliers groupés devant nous ; mais ils ne nous attendent pas et détalent comme des lièvres. (…)

„ Du même élan, nous franchissons la distance qui nous sépare de la ferme et nous pénétrons dans le corral ; puis chacun s’occupe d’organiser la défense. L’ennemi ne se voyait plus ; terrifié de notre impétuosité toute française, il s’était réfugié de l’autre côté du bâtiment.“ (…)

(…)

„ Un officier mexicain, son mouchoir blanc à la main, s’approcha lui-même jusqu’au pied du mur extérieur et, parlant en bon français, au nom du colonel Milan nous somma de nous rendre :

„Nous étions trop peu nombreux, disait-il, nous allions nous faire inutilement massacrer, mieux valait nous résigner à notre sort et déposer les armes ; on nous promettait la vie sauve.“ (…)

„ Morzicki était descendu pour nous apporter les propositions de l’ennemi ; le capitaine le charge de répondre simplement que nous avions des cartouches, que nous ne nous rendrions pas. (…) Alors le feu éclata partout à la fois ; nous étions à peine un contre dix, et, si l’attaque eût été dès lors vigoureusement conduite, je ne sais trop comment nous eussions pu y résister. (…)

„ Calme, intrépide, au milieu du tumulte le capitaine Danjou semblait se multiplier. Je le reverrai toujours avec sa belle tête intelligente où l’énergie se tempérait si bien par la douceur. (…) Avec de pareils chefs, je ne sais rien d’impossible “ (…) Quelque temps avant de tomber, il nous avait fait promettre que nous nous défendrions tous jusqu’à la dernière extrémité : nous l’avions juré.“ (…)

„ La chaleur était accablante, (…) quand nous ouvrions la bouche pour respirer, il nous semblait avaler du feu, (…) surchauffé tout à la fois par les rayons du soleil et la rapidité de notre tir, le canon de nos fusils faisait sur nos mains l’impression du fer rouge. Si intense était l’ardeur de l’atmosphère dans ce réduit transformé en fournaise que les corps des hommes tués s’y décomposaient à vue d’oeil. (…)

„ Pèle-mèle avec les morts, car il n’y avait aucun moyens de les secourir, les blessés gisaient à la place même où ils étaient tombés ; mais tandis qu’on entendait au dehors ceux des Mexicains gémir et hurler de douleur, tour à tour invoquant la Vierge ou maudissant Dieu et les saints, les nôtres, par un suprême effort, en dépit de leurs souffrances, restaient silencieux. Ils eussent craint, les pauvres garçons, d’accuser ainsi nos pertes et de donner confiance à l’ennemi. “ (…)

„ J’ai vu des blessés se traîner à plat-ventre, et, pour apaiser la fièvre qui les dévorait, la tête en avant, lécher les mares de sang déjà caillé qui couvraient le sol. J’en ai vu d’autres, fous de douleur, se pencher sur leurs blessures et aspirer avidement le sang qui sortait à flots de leur corps déchiré. Plus forte que toutes les répugnances, que tous les dégoûts, la soif était là qui nous pressait… et puis on avait juré… le devoir !…“ (…)

„ Nous n’étions plus que cinq : le sous-lieutenant Maudet, un Prussien nommé Wensel, Cattau, Constantin, tous les trois fusiliers, et moi. Pourtant nous tenions toujours l’ennemi en respect ; mais notre résistance tirait à sa fin, les cartouches allaient s’épuisant. Quelques coups encore, il ne nous en resta qu’une à chacun. “ (…)

„ Joue ! Feu !- dit le lieutenant ; nous lâchâmes nos cinq coups de fusil, et, lui en tête, nous bondîmes en avant, baïonnette au canon. Une formidable décharge nous accueillit, l’air trembla sous cet ouragan de fer, et je crus que la terre allait s’entr’ouvrir. A ce moment, le fusilier Cattau s’était jeté en avant de son officier et l’avait pris dans ses bras pour lui faire un rempart de son corps ; il tomba frappé de dix-neuf balles.“

„ Nous étions trois encore debout : Wensel, Constentin et moi. Un moment interdits à la vue du lieutenant renversé, nous nous apprêtions cependant à sauter par-dessus son corps et à charger de nouveau ; mais déjà les Mexicains nous entouraient de toutes parts et la pointe de leurs baïonnettes effleurait nos poitrines.“ (…)

„ Nous étions arrivés ainsi dans un petit pli de terrain, à quelque distance de la hacienda, où se tenaient le colonel Milan et son état-major.“

“- C’est là tout ce qu’il en reste ? “demanda-t-il en nous apercevant. – On lui répondit que oui, et, ne pouvant contenir sa surprise : „ Pero non son hombres, s’écria-t-il, son demonios.“ Ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons ! Puis s’adressant à nous en français : „Vous avez soif, messieurs, sans doute. J’ai déjà envoyé chercher de l’eau. Du reste, ne craignez rien ; nous avons déjà plusieurs de vos camarades que vous allez bientôt revoir ; nous sommes des gens civilisés, quoi qu’on dise, et nous savons les égards qui se doivent à des prisonniers tels que vous.“ (…)

„ Nos vêtements, nos chapeaux étaient criblés, percés à jour ; les miens pour leur part avaient reçu plus de quarante balles, mais par un bonheur inoui, durant cette longue lutte, je n’avais pas même été touché.“ (…) Tel est ce glorieux fait d’armes où 65 hommes de l’armée française, sans eau, sans vivres, sans abri, dans une cour ouverte, sous les ardeurs d’un soleil meutrier, tinrent en échec pendant plus de dix heures près de 2,000 ennemis.“ (…)

„ Une cinquantaine de Mexicains étaient déjà enterrés ; mais il en restait encore plus de deux cents.“ Les Français avaient perdu vingt-deux hommes tués dans l’action ; huit autres, il est vrai, moururent presque aussitôt des suites de leurs blesures, (…)

„ Pourtant le bruit de leur héroïque défense s’était répandu dans le pays et avait excité chez tous, amis ou ennemis, une admiration unanime. (…) Ce retour des prisonniers fut un perpétuel triomphe ; dans les villes et les villages où ils passaient, la foule se portait à leur rencontre et les acclamait ; les Indiens surtout, dont l’esprit se frappe plus aisément, restaient saisis à leur vue d’une sorte d’étonnement superstitieux et s’écriaient en joignant les mains : „ Jesu-Maria, les voilà ! ““

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„ un drame qu’il ne connaissait que de seconde main “

Claire Grube

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