Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | November 9, 2014

Aménorrhée de guerre

Aménorrhée de guerre

Grüß Gott !

Les soldats français, pendant la Première Guerre mondiale, versent leur sang. Les femmes gardent le leur.

Persee.fr / L’aménorrhée de famine / Emmanuel le Roy Ladurie / Internet:

« A Lille, en territoire envahi par l’Allemagne, mais aussi en pays classique des études de démographie historique, la situation, en 1914-1918, semble avoir été beaucoup plus grave : sur 200 Lilloises, d’une clientèle d’hôpital, interrogées par le médecin Boucher, 79, normales avant-guerre, furent affectées par une aménohrrée, qui, pour 57 d’entre elles, dura plus de six mois. La moitié des cas se produisit pendant la dernière année du conflit, « année de plus grandes restrictions » ; sans nier l’influence des facteurs psychologiques, Boucher incrimine surtout la « dénutrition profonde ».

Les cicatrices rouges 14-18 / France et Belgique occupées / Annette Becker / Fayard / 2010:

„ Les médecins insistent au même moment sur un mal propre aux femmes, sur leur champ de bataille à elles, celui des enfants, qu’elles ne peuvent plus concevoir en cas d’aménorrhée. Il s’agit en effet d’une affection „de guerre“ que n’ont connue alors que les pays occupés où les femmes affamées sont en première ligne. Cette interruption de la menstruation a atteint, d’après les enquêtes dans les régions septentrionales de la France, „ 45% des femmes qui étaient régulièrement menstruées auparavant. Elle est due à la dénutrion et aux émotions répétées ; elle fut plus fréquente en 1918, époque des plus grandes restrictions…Tout cela crée une tension nerveuse, un état de surexcitation dans laquelle la moindre émotion supplémentaire suffira à déclencher de vives réactions…“ (…)

„ Les travaux sur l’aménorrhée lient famine et conditions psychologiques d’angoisse face à la guerre, à commencer par les exactions constatées lors des évacuations forcées. Une observation clinique montre les deux aspects de la réflexion : „ M. Marie, 41 ans. Réglée sans modification pendant les premiers temps de la guerre ; en mai 16 a été condamnée à 5 mois de cellule pour avoir logé un soldat français ; est emmenée en Allemagne au moment de ses règles. Le mois suivant elles n’apparaissent pas et restent absentes jusque deux mois après son retour, décembre 16. Il est certain qu’à l’émotion causée par sa brusque déportation, se joint ici l’influence du régime cellulaire.“ (…)

„ Que son origine soit psychique ou physiologique, l’arrêt des règles peut être interprété comme la totalisation de la guerre dans le corps des femmes. L’arrêt de l’écoulement du sang porteur de vie répond au sang de mort qui coule sur les champs de bataille. Que cette aménorrhée soit due aux conditions de l’occupation ne fait aucun doute.“ (…)

Les oubliés de la grande guerre / Annette Becker / Noesis / 1998:

« Les chiffres de l’aménorrhée complètent ceux de la tuberculose. Il s’agit ici des femmes, et c’est bien sûr une affectation « de guerre » que ne connaissent que les pays occupés, où les femmes sont en première ligne. Elle a été extrêmement fréquente dans les régions septentrionales de la France, atteignant 45% des femmes qui étaient régulièrement menstruées auparavant. Elle est due à la dénutrition et aux émotions répétées ; elle fut plus fréquente en 1918, époque des plus grandes restrictions. L’auteur fait un long réquisitoire sur les conditions de vie des femmes en pays occupé et conclut : « Tout cela crée une tension nerveuse, un état de surexcitation dans laquelle la moindre émotion supplémentaire suffira à déclencher de vives réactions. » » (…)

« En revanche la tuberculose et l’aménohrrée de guerre sont directement reliées aux drames de l’occupation. »

« Au contraire, les médecins sont fascinés par le devenir des populations qu’ils étudient : avoir décider de s’intéresser à l’aménorrhée de guerre est en soi tout un programme ; les femmes pourront-elles continuer à avoir des enfants, seront-elles capables de remplacer les 80.000 morts au combat du département du Nord, sans compter les prisonniers, les déportés, les travailleurs forcés ? »

Le poids de la guerre / Dominique Fouchard / Rennes / 2013:

« Ce sont d’abord les émotions violentes, brutales, comme les bombardements qui, en provoquant une grande frayeur, entraînent les suspensions des règles : « Tout d’abord à Nancy et dans la région, nous avons été frappées de la suppression fréquente des règles à la suite des bombardements. »

« Depuis trois ans les émotions de toutes sortes, les soucis et les chagrins n’ont pas manqué aux femmes de mobilisés. L’attente anxieuse des lettres, la lecture du communiqué où il est fait allusion au secteur qu’occupe le mari, les préoccupations patriotiques, les difficultés matérielles ou leur manque d’adaptation, leur créent des tracas démesurés. »

« Le cas de M.N.:

« Son mari mobilisé en 1914. Il est d’abord maintenu à l’arrière et ne gagne le front qu’en février 1917. M.N., qui jusqu’alors avait été bien portante et régulièrement réglée, devient irritable, perd le sommeil, maigrit en même temps que ses menstrues s’espacent, se décolorent. »

« Les médecins s’interrogent aussi sur la place à accorder, dans ces dysfonctionnements, à l’absence de l’aimé, à l’interruption forcée de la vie sexuelle et donc à la frustration que l’éloignement génère, thème qui est d’ordinaire fort peu évoqué dans l’approche de la sexualité féminine de la période de guerre, l’aménorrhée cesse au retour du mari ou du fiancé (…) Le rythme mensuel reprend au retour du mari. »

« Qui peut nier l’influence continuée des chagrins, des souvenirs obsédants, de l’insécurité et de tous les soucis nés du terrible bouleversement dont nous ne sommes pas encore sortis, sur l’aménorrhée plus ou moins durable (si fréquemment observé du fait des bombardements), sur la stérilité, les anomalies de l’ovulation et du développement foetal… »

********************************

« tracas démesurés »

Claire GRUBE

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