Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | May 31, 2014

1914-1918: l’impôt du sang

1914-1918 : l’impôt du sang

 

Grüß Gott !

La grande nation, paternaliste et impérialiste, tutorise les peuples infantiles. Qui défendent la Mère-Patrie.

La mise en valeur des colonies françaises / Albert Sarraut / Payot / Paris / 1923:

« L’effort de guerre de la France coloniale »

« Lorsque, après l’agression de 1914, débarquèrent les premiers bataillons des troupes noires, bientôt suivis de bataillons asiatiques, antillais, malgaches, lorsque nos usines se peuplèrent d’ouvriers indo-chinois actifs et silencieux (…) chacun aperçut soudain que le labeur jusqu’alors ignoré de nos soldats, de nos administrateurs et de nos colons n’avait pas été vain. »

« En résumé, l’effort militaire de nos colonies, pendant la guerre, s’est traduit pas un apport de 800.000 hommes, dont 600.000 combattants et 200.000 travailleurs. »

« D’autre part, à l’exception des centres où notre action civilisatrice s’est déjà fait heureusement sentir, beaucoup de recrues ont été trouvés dans des conditions physiques déplorables et reconnus impropres à tout service. (…) La grande oeuvre d’hygiène et d’assistance médicale avait, dans certaines de nos colonies, de trop nombreuses lacunes. »

« La participation militaire des indigènes n’en a pas moins, il est vrai, dépassé les espérances les plus optimistes : environ 600.000 combattants indigènes ont été incorporés (dont 260.000 dans l’Afrique du Nord, 51.000 dans les « vieilles » colonies, 275.000 dans l’ensemble des autres colonies) et 200.000 travailleurs indigènes ont été recrutés. »

« Des hommes d’abord »

« Les obligations de notre sécurité nationale (…) nous amène à organiser l’instrument de force militaire sur la conception élargie d’une France groupant près de cent million de nationaux, dans le même idéal, autour du même drapeau. »

« La France en appelant ses auxiliaires indigènes à l’honneur de défendre son drapeau n’a fait que demeurer dans la logique même de sa doctrine coloniale. Elle n’a pas, selon le mode carthaginois, enrôlé des mercenaires. Elle a mobilisé « ses enfants » des colonies. C’est qu’elle n’admet pas, comme un dogme, l’infériorité éternelle de certaines races. Elle constate le retard de leur évolution, s’emploie à en corriger les effets et s’efforce d’en accélérer les étapes. »

« La militarisation, et l’instruction publique mise au service de la militarisation, sont les moyens employés pour procéder à une une vaste et méthodique francisation de la masse des naturels, qui est destiné en fait par un rapprochement continu et insensible, à souder à la Mère-Patrie française les membres de son empire colonial. »

« Mieux inspirée, et surtout plus humaine, la France a de bonne heure pressenti l’erreur fondamentale du pacte colonial et pris bravement le contre-pied de ses propositions. La conquête coloniale n’est pas le droit, mais le fait d’un plus fort ; le vrai droit du plus fort, ici, est le droit généreux qu’il s’attribue de secourir, d’aider, de protéger le plus faible, la responsabilité difficile et délicate qu’il assume, au prix de hauts sacrifices, d’être son guide et son tuteur. (…) Ainsi, le sens du droit humain aura créer une « force coloniale », une puissance nouvelle d’humanité et de richesse économique, que la métropole, le moment venu, saura trouver à côté d’elle pour la secourir et aider à son tour, dans les heures tragiques où son destin sera menacé. C’est l’histoire d’hier, l’histoire de la Grande Guerre. »

« Enfin, les servitudes physiques et morales qui pouvaient encore s’attacher au destin des « races inférieures », comme des tronçons de la chaine autrefois rompue, ne peuvent plus survivre à cet évènement capital dans notre histoire coloniale : l’appel fait par la France à ses protégés noirs ou jaunes pour la défense de son indépendance et de son honneur. Accourus par centaines de milliers des continents lointains, les guerriers de la terre exotique sont venus répandre leur sang à côté de leurs frères blancs, tandis que là-bas, leurs pères et leurs femmes se serraient plus étroitement autour du drapeau de la nation protectrice. Jamais leur loyalisme ne fut plus résolu. Jamais, depuis le début de la guerre, la France n’a eu à détourner les yeux vers son immense domaine d’outre-mer, où ses couleurs vénérées n’ont pas cessé de flotter dans la paix et la sécurité. »

Le procès de la colonisation française / Moeurs coloniales / Nguyen-Aï-Quôc / Librairie du travail / 1926:

« L’Impôt du sang »

« Avant 1914, ils n’étaient que de sales nègres et de sales Annamites, bons tout au plus à tirer le pousse-pousse et à recevoir de coups de cadouille de nos administrateurs. La joyeuse et fraîche guerre déclarée, les voilà devenus « chers enfants » et « braves amis » de nos paternels et tendres administrateurs et même de nos gouverneurs plus ou moins généraux. Ils (les indigènes) ont été tout d’un coup promus au grade suprême de « défenseurs du droit et de la liberté ». »

« Cet honneur subit leur a coûté cependant assez cher, car pour défendre ce droit et cette liberté dont eux-mêmes sont dépourvus, ils ont dû quitter brusquement leurs rizières ou leurs moutons, leurs enfants et leur femmes pour venir, par delà les océans, pourrir sur les champs de bataille de l’Europe. Pendant la traversée, beaucoup d’indigènes, après avoir été conviés au spectacle merveilleux de la démonstration scientifique du torpillage, sont allés au fond des ondes pour défendre la patrie des monstres marins. D’autres ont laissé leur peau au désert poétique des Balkans en se demandant si la Mère-Patrie avait l’intention d’entrer comme première dans le Harem du Turc ; sinon pourquoi les aurait-on fait zigouiller dans ce pays ? D’autres encore, sur le bord de la Marne ou dans la boue de la Champagne se faisaient massacrer héroïquement pour arroser de leur sang les lauriers des chefs et sculpter avec leurs os les bâtons des maréchaux. »

« Ceux, enfin, qui trimaient à l’arrière, dans les poudreries monstreuses, pour n’avoir pas respiré le gaz asphyxiant des « Boches », ont subi les vapeurs rutilantes des Français ; ce qui revient au même puisque les pauvres diables crachaient leurs poumons comme s’ils étaient « gazés ».

« 700.000 indigènes en tout sont venus en France et, sur ce nombre, 80.000 ne reverront plus jamais le soleil de leur pays ! »

«« Vous vous êtes engagés en foule, vous avez quitté sans hésitation votre terre natale à laquelle vous êtes pourtant si attachés ; vous, tirailleurs, pour donner votre sang ; vous, ouvriers, pour offrir vos bras. »»

« Si les Annamites étaient tellement enchantés d’être soldats, pourquoi les uns étaient-ils emmenés au chef-lieu enchaînés, tandis que d’autres étaient, en attendant l’embarquement, enfermés dans un collège de Saïgon, sous l’oeil des sentinelles françaises, baïonnette au canon, fusil chargé ? Les manifestations sanglantes du Cambodge, les émeutes de Saïgon, de Bien-Hoa et d’ailleurs, étaient-elles donc les manifestations de cet empressement à s’engager « en foule » et « sans hésitation » ? »

« Dès que les canons se sont rassasiés de la chair noire ou jaune, les déclarations amoureuses de nos gouvernants se turent par enchantement, et Négros et Annamites devinrent automatiquement gens de « sale race ». »

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« Elle a mobilisé « ses enfants » des colonies »

Claire GRUBE

 

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