Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | May 28, 2014

1914-1918: les anges blancs

1914-1918 : les anges blancs

 

Grüß Gott !

Des femmes françaises, pendant la Première Guerre mondiale, tout de blanc vêtues, jouent aux infirmières.

1914-1918 / Combats de femmes / E. Morin-Rotureau / Autrement / 2004:

« Dès la déclaration de la guerre, la mobilisation des femmes est spontanée et enthousiaste. Une véritable « passion hospitalière » soulève toutes celles qui disposent de temps. En quelques jours, les grandes villes sont envahies par une profusion d’uniformes – cet uniforme qui deviendra si populaire en ville, voile bleu bordé de blanc et longue cape de drap bleu foncé, marqué à gauche d’une croix rouge ; dans les lieux de soins, blouse blanche avec insigne, tablier en pointe boutonné sur la blouse, voile blanc. Ce costume, les mondaines le convoitent comme l’expression d’une nouvelle mode, et l’hôpital est pour quelques semaines l’endroit le plus chic où il faut se montrer. »

« Combien de soldats rêvent de la bonne blessure, pas trop grave, assez cependant pour assurer quelques semaines de repos, loin de la boue des tranchées et du bruit des obus, dans une salle paisible, entre des draps blancs, soigné et bercé par des femmes attentives ! Tous les blessés préfèrent les soins féminins et n’hésitent pas à réclamer l’infirmière. Le désir sexuel s’exprime parfois brutalement. Mais il y a autre chose, aux soins du corps, l’infirmière ajoute son sourire, quelques mots affectueux ; mieux encore, sa seule image évoque la douceur du foyer, l’amour de la maman, de l’épouse, de la fiancée, l’illusion que la guerre est finie ou va finir. »

Une voix de femme dans la mêlée / Marcelle Capy / Ollendorff / Paris / 1916:

« A grand fracas de trompe, à grand éclat de cuivre, la limousine roule au pas de parade dans la rue grouillante. A l’intérieur, le buste raide, toute blanche, des perles aux oreilles : un infirmière de la Croix-Rouge. Les passants regardent avec des yeux amusés cette apparition virginale. Consciente de l’effet produit, la voyageuse redresse avec complaisance sa gorge ronde sur laquelle la petite croix de drap rouge met sa tache sanglante. De graves messieurs saluent galamment la grande dame qui joue à l’ange. »

« A cette heure, dans chaque ville où sont soignés des blessés, – chacun sait combien elles sont nombreuses, – les habitants ont le plaisir de voir des élégantes aux liliales toilettes. Le coup d’oeil ne manque pas de charme, mais une petite angoisse vous étreint lorsque l’on pense que ces femmes délicates et coquettes ont pour mission de panser des plaies affreuses et d’apporter secours aux mille infirmités de la bête humaine malade. »

« Le costume est joli et plus d’une partit infirmière, séduite seulement par le voile qui met une auréole immaculée autour du visage. Plus d’une comprit sa tâche comme un nouveau et piquant moyen de plaire. Il en résulta de tels abus que le ministre de la guerre dut réglementer, par une circulaire, le port du costume, trop seyant. »

« Disons, avant d’entamer toute critique, qu’il est, parmi les dames de la Croix-Rouge, des femmes sérieuses dont le dévouement inspire le respect unanime. Elles accomplissent leur devoir sans bruit, fuyant les parades et les flirts faciles. »

« Mais à côté, il en est d’autres qui offrent vraiment un spectacle qui touche au scandale. »

« Au début, ce ne furent qu’observations discrètes, mais à mesure que l’action sanglante grandit, le mécontentement s’accentua. Aujourd’hui que les hôpitaux regorgent, l’indignation est générale. Que voulez-vous que pensent les femmes de soldats lorsqu’elles voient ces poupées étaler leur toilette ? Quelle rage les saisit en songeant que c’est à de pareilles écervelées qu’est confiée la vie des leurs. De tous côtés on entend des protestations, et il faudrait veiller à ce que les sottises de quelques mijaurées ne jetassent pas le discrédit sur le corps entier des infirmières. »

« – Ah ! parlons-en de ces anges, me disait quelqu’un ces jours-ci. Dites-moi si, pour soigner des hommes tombés en nous défendant, il est besoin de se percher sur des talons hauts comme des échasses et d’arborer des chignons en pain de sucre ? Dites-moi s’il est honnête de coqueter tandis que les malheureux soldats souffrent faute de soins ? »

« Les anges qui papillonnent dans les asiles de douleur ne veulent ou ne peuvent pas s’abaisser au devoir matériel qui leur incombe. Le sang les dégoûte, la promiscuité des malades leur répugne. Les plaintes les importunent. La fièvre qui brûle les pauvres chairs déchirées les effraye. Elles ne veulent ni salir leurs mains ni souiller leur blouse. Elles sont toute blancheur. »

« Est-ce qu’il suffit de promener le froufrou de ses jupes entre les civières ? Est-ce qu’il suffit de verser un pleur d’attendrissement quand un malheureux gémit et qu’il serait urgent de lui porter secours ? Est-ce qu’il suffit de placer un scapulaire sur la poitrine d’un moribond alors qu’il faudrait calmer sa fièvre et lui rendre moins douloureux l’instant tragique ? »

« Il est pitié de voir cet étalage de coquetterie et de mièverie auprès de ces gars aux visages hâves, aux capotes déteintes par les pluies. Il est à cette heure plus d’une femme dont l’âme se soulève d’indignation. »

« Ces malheureux soldats donnent leur vie et ces dames font la grimace. Cela salit… Cela sent mauvais… Pimbêches ! Des femmes, ça ? »

« La vie du soldat blessé au champ de bataille est sacrée. C’est à lui, à lui seul qu’il faut penser. Qu’a-t-on besoin de ces poupées qui jouent l’ange ? »

« Il y a dans le pays assez de femmes de bonne volonté qui ne reculeraient devant aucun devoir, des femmes de dévouement qui n’auraient pas peur de souiller leurs doigts et accompliraient leur besogne salvatrice sans ostentation malséante. »

« Ce ne sont pas des anges qu’il faut dans les hôpitaux, mais des femmes aux âmes fortes. »

« Aux premiers jours de la guerre bien des femmes, par snobisme, s’enrôlèrent à la Croix-Rouge. Cette mode souleva maintes justes critiques. La guerre s’éternisant, le zèle de la première heure s’est éteint, et une heureuse sélection s’est opérée. »

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« par snobisme »

Claire GRUBE

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