Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | March 22, 2014

Indochine: tortures

Indochine : tortures

L’administration coloniale française, en l’an 1940, en Indochine, réprime et méprise la population.

Indochine S.O.S / Andrée Viollis / Editeurs français réunis / Paris / 1949:

„ Le peuple de Cochinchine et des provinces se souleva en novembre 1940, insurrection qui fut noyée dans le sang par la plus brutale des répressions. La Sûreté en profita pour effectuer 6.000 arrestations de Vietnamiens qui n’avaient nullement participé au soulèvement. Les prisons et les bagnes débordaient ; les tortures sévissaient ; une cour martiale qui siégeait nuit et jour, condamnait au petit bonheur. Il y eut des centaines d’exécutions. Et c’est ainsi que disparurent de nombreux patriotes, parmi les meilleurs.“

„ Les prévenus sont soumis à un interrogatoire serré dans divers locaux de la Sûreté, siège de la police judiciaire. Pour s’en tenir à la Cochinchine, les commissariats centraux qui ont la réputation la mieux établie de cruauté sont ceux de Thuduc, de Saigon, mais surtout de Cholon, à quelques kilomètres de la capitale. Si les prévenus ne reconnaissent pas les faits dont ils sont accusés, refusant de révéler ce qu’ils savent – ou ne savent pas – sur l’organisation des societés secrètes, s’obstinent à ne dénoncer aucun camarade, s’ils ne font pas en somme ce qu’en termes de police on appelle des „aveux spontanés“, les tortures interviennent aussitôt. Elles sont de genres variés et témoignent d’une stupéfiante richesse d’imagination sadique.“

„ Il y a des tortures qu’on peut appeler classiques : privation de nourriture avec ration à trente grammes de riz par jour, coups de rotin sur les chevilles, sur la plante des pieds, tenailles appliquées aux tempes pour faire jaillir les yeux des orbitres, poteau auquel le patient est attaché par les bras et suspendu à quelques centimètres du sol, entonnoir à pétrole, presse de bois, épingles sous les ongles, privation d’eau, particulièrement douloureuse pour les torturés qui brûlent de fièvre.“

„ Mais après ces supplices d’une genre assez archaique, il y en a de plus raffinés, de plus modernes : tous inventés et pratiqués, notamment par la Sûreté de Cholon :

„ Avec une lame de rasoir, couper la peau des jambes en longs sillons, combler la plaie avec du coton, et brûler ce coton.“

„ Introduire un fil de fer en tire-bouchon dans le canal urinaire et le retirer brusquement. „

« Voici d’autres spécialités que je trouve dans deux dépositions :

« Au mois de mai 1931, dénoncé comme communiste, je fus arrêté et conduit au commissariat central de Cholon, rue des Marins. Il n y avait aucune preuve contre moi mais il fallait me faire «avouer». On me fit coucher sur le ventre, les mains attachées derrière le dos. Mes pieds furent également liés, puis, m’ayant forcé de plier les jambes, on réunit mes pieds et mes mains par une autre corde. La plante de mes pieds se montrait entièrement. Un agent se mit alors à y appliquer de toutes ses forces des coups de nerf de boeuf. Tout mon système nerveux fut ébranlé jusqu’au cerveau. A chaque coup, j’avais la sensation que ma tête allait éclater. La douleur était si vive que j’avouai tout ce qu’on voulut. Par la suite, on put vérifier que j’étais innocent, que je n’avais fait partie d’aucune cellule communiste, et on me relâcha. »

« Autre torture analogue :

„ Les bras étant solidement menottés derrière le dos, étendre le supplicié sur un lit de camp, ramener violemment, dans le sens de la flèche, les bras au-dessus de tête jusqu’à la position horizontale, (un dessin est joint à la déposition), pincer les côtes afin qu’il se produise une réaction musculaire inconsciente (inconsciente puisque 99 fois sur 100 la victime perd connaissance réaction qui fait sortir le sang par le nez, la bouche, les oreilles, l’anus. Cette torture est connue des prisonniers sous le nom de „ Lan Mega “ „ retourner le gosier “ .

„ Enfin toute la gamme de tortures par l’électricité :

„ 1. Attacher un bout de fil au bras ou à la jambe, introduire l’autre bout dans le sexe; faire passer le courant.“

„ 2. Relier un fouet en fil de fer entrelacés au courant électrique ; chaque coup de cet instrument cause au patient de si vives douleurs qu’il est réduit à demander grâce et à avouer.“

„ 3. Attacher une des mains du prévenu par un fil métallique que l’on branche ensuite sur le circuit. Chaque fois qu’on tourne le commutateur, la secousse est si violente qu’il est impossible d’en supporter plus de deux ou trois.“

„ Ces tortures étaient particulièrement en honneur et pratiquées journellement pendant l’année 1931 au commissariat de police de Binh-Donj (ville de Cholon). “

„ Certain délégué administratif indigène de Sadec (Cochinchine) était particulièrement ingénieux dans le choix des supplices, quand il s’agissait de jeunes filles. Je cite : “ De jeunes Congaies de seize à dix huit ans sont amenées de nuit à la délégation : viols, pendaison par les orteils, introduction de nids de fourmis dans les parties intimes, leurs bras et leurs jambes attachées jusqu’à ce qu’elles avouent faire partie d’un groupement communiste.“

„ Tels sont les faits qui m’ont été révélés et qui se passent en Indochine, colonie française.“

„ Je ne veux pas discuter ici le principe de la colonisation. Il est ce qu’il est. Mais parce que des députés noirs siègent dans notre Chambre, parce que la Révolution accorda aux indigènes de nos vieilles colonies un droit de vote qu’ils ont toujours gardé, je vivais sur cette idée que la France use de méthodes colonisatrices plus humaines et plus intelligentes que l’Angleterre. J’ajoute, comme je l’ai dit plus haut, que la façon dont, dans nos établissements de l’Inde, sont traités les indigènes, leur air d’aisance relative, leur naïve fierté d’être considérés comme des citoyens français, m’avaient heureusement surprise. Quelques jours d’Indochine auront suffi pour balayer brutalement cette illusion.“

„ Phan-Boi-Chau hoche douloureusement la tête :

„ Je ne connais pas le peuple français, murmure-t-il, mais seulement les livres français, les idées françaises ; et je n’ai point retrouvé ces principes dans le coeur des Français d’Indochine. Ils ne nous traitent pas en frères, en égaux, comme il est inscrit dans votre Déclaration des Droits de l’homme que vous nous avez appris à admirer, …

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„ Ils ne nous traitent pas en frères, en égaux … “

Claire GRUBE

 

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