Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | February 1, 2014

Paris: insurrection héroïque

Paris : insurrection héroïque

Grüß Gott !

Les libérateurs parisiens, en l’an 1944, intrépides et téméraires, chassent les retardataires allemands.

Mon journal pendant l’occupation / Journal 1940-1945 / Jean Galtier-Boissière / Edima / Quai Voltaire / 1992:

« 15 août. »

« Les berges ensoleillées de la Seine sont noires de monde. Des milliers de Parisiens se baignent en pleine eau tandis que la bataille fait rage à soixante kilomètres. Le fameux pêcheur à la ligne de 1814 est toujours au coin de son pont. »

« Jeudi 17 août. »

« La grande fuite des fritz. »

« J’ai observé leur exode de la Sorbonne à la gare de l’Est, et à la gare du Nord, puis suis revenu à l’Opéra par le boulevard de Magenta et la rue La Fayette. Sur toutes les voies, des dizaines, des centaines de camions, de cars bondés, de canons portés, d’ambulances chargées de blessés couchés, se suivent, se dépassent, se croisent. Au carrefour Strasbourg-Saint-Denis et devant les gares, des feldgendarmes à chaînes d’huissier règlent la circulation avec leurs disques, la police parisienne étant en grève. Rue La Fayette, venant des sompteux hôtels du quartier de l’Etoile, passent dans d’étincelantes torpédos, des généraux amarantes, monoclés, accompagnés de femmes blondes, élégammant habillées, qui semblent partir pour quelque plage à la mode. »

« Aux terrasses des boulevards et de l’avenue de l’Opéra des militaires de toute arme continuent à boire de la bière. »

« A 9h 30 du soir, démarrent les camions qui emportent vers le Rhin les services du Trianon-Hôtel de la rue Vaugirard. Place de la Sorbonne, de nombreux badauds les regardent s’en aller, le sourire aux lèvres. Et soudain, le dernier camion parti, les sentinelles S.S. du service d’ordre, la mitraillette sous le bras, s’avancent vers les badauds qui, pris de panique, fuient dans toutes les directions. »

« Dimanche 20 août. »

« Je sors Azor à 8h 30 et descends le boulevard Saint-Michel. (…)

« Sur les trottoirs de droite et de gauche du boulevard une dizaine de jeunes hommes en bras de chemise, brassard au biceps, le mousqueton à la main ou brandissant de petits révolvers. Quelques-uns portent le casque de poilu. Ces combattants sont entourés d’une cinquantaine de badauds qui attendent les évènements. Dès qu’une voiture apparaît sur le pont, tous les badauds se retirent précipitamment sous les porches des maisons voisines. »

« La guerre des rues comporte moins de risques et plus de pittoresque que la guerre en rase campagne ; on rentre déjeuner chez soi avec son fusil ; tout le quartier est aux fenêtres qui vous observe et vous applaudit ; le crémier, la fruitière et le bistrot qui offre la tournée de blanc. S’il y avait le cinéma, ce serait la gloire complète. »

« Dans le public qui note les performances et bat des mains aux exploits, il y a un mélange de curiosité passionnée et d’invraisemblable inconscience, entrecoupées de subites venettes. Les badauds ont d’abord la naïveté de croire qu’étant spectateurs et non acteurs, ils ne courent aucun danger ; une balle qui siffle, un homme qui tombe, leur fait mesurer le risque couru ; les groupes se disloquent, tout le monde s’engouffre sous les porches ou s’égaille. Le boulevard est vide en un clin d’oeil ; et cinq minutes plus tard poussé par le démon de la curiosité, chaque badaud vient reprendre à ses risques et périls sa place de premier rang. »

« Il y a des degrés dans la badauderie héroïque : le théâtre des bagarres étant la place Saint-Michel, les risque-tout se tiennent exactement derrière les combattants, d’autres suivent les évènements du coin du boulevard Saint-Germain ; les moins braves observent du coin de la rue des écoles ; enfin les pères de familles pusillanimes ne dépassent pas la place de la Sorbonne. »

« 3 heures de l’après-midi. Je retourne au poste de la place Saint-Michel. Deux petits blockhaus de sacs de sable de 80 centimètres de haut, ont été amenagés sur chaque trottoir et sont occupés part une douzaine de tirailleurs accroupis. Des badauds sont groupés devant la porte de chaque immeuble, prêts à disparaître en cas d’alerte. Des jeunes filles blondes coquettent avec d’élégants adolescents à brassard. »

« Un camion allemand qui descend le boulevard Saint-Michel est signalé par un coup de sifflet. Les badauds disparaissent prestement dans les maisons puis ressortent sitôt le camion passé, suivant le jeu de scène à répétitions de Charlot policeman. »

« Le bruit se répand d’un armistice. Les couples recommencent à se promener, bras dessus, bras dessous, sur le boulevard. »

« Une demi-heure plus tard, scène bouffonne. Deux fantassins allemands descendent le boulevard, fusil à la bretelle, fort paisiblement. La foule subitement prend peur et fuit. Les deux soldats ne pouvant réaliser que leur apparition a provoqué cette panique, et redoutant quelque guet-apens, se sauvent derrière la foule. Ils ne s’arrêtent, essoufflés et apeurés, que devant le tabac de la place de la Sorbonne et se mettent sous la protection d’un garde municipal qui les confie à un F.F.I. »

« Lucienne remarque que les films d’actualité ont habitué depuis cinq ans les civils au tac-tac des mitrailleuses et aux explosions des obus. Mais si le badaud a eu son baptême du feu au cinéma, il a mis du temps à comprendre que dans la réalité – comme disait Valéry dans son discours de réception de Pétain à l’Académie – « le feu tue ».

« Quand nous arrivons par les petites rues sur la place de la Sorbonne, un tank français s’est installé au coin de la rue de Vaugirard – à la même place où nous voyions hier un Tigre allemand aplatir un lourd lampadaire comme un fétu de paille – et ouvre le feu sur le Sénat. Derrière le tank quelques badauds téméraires marquent les coups. »

« On nous stoppe avant la rue de Seine qui est balayée par les mitrailleuses du Sénat ; des centaines de curieux stationnent de chaque côté de la rue, suivent les péripéties de l’attaque derrière les chars d’assaut. »

« Samedi 27 août. »

« Chez les « fifis » en auto – l’état major, je suppose – il y a un peu de cabotinage – des adolescents au physique avantageux sont étendus en figure de proue sur les ailes de voitures à la manière des révolutionnaires espagnols ; d’autres couchés sur le toit des voitures, le doigt sur la gachette de la mitrailleuse, sembent attendre l’opérateur de cinéma. »

« Les héros se sont multipliés. Le nombre de résistants de la dernière heure, armés de pied en cap et le ventre ceint de cartouchières à la façon mexicaine, est considérable. Quelques héroïnes aussi, le révolver à la ceinture. »

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« badauderie héroïque »

Claire GRUBE

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