Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | December 26, 2013

Défense de la Loire

Défense de la Loire

Grüß Gott !

Les soldats français, en l’an 1940, après une grande débandade, reculent vers la Loire. Puis, continuent vers le Sud.

C’était ma guerre, ma France et ma douleur / Maurice Druon / Plon / 2010:

„ On eût dit que la France glissait sur elle-même, le Nord vers le Sud, dans une énorme coulée humaine. Combien les fuyards étaient-ils ? Huit millions, dix milions. “

„ Il ne faisait aucun doute que notre centre, d’un moment à l’autre, allait devoir lui aussi se replier. “

„ La journée du lendemain fut employée à organiser le convoi, qui s’allongeait sur près d’un kilomètre. Deux cents véhicules de toute sortes, camions, remorques, autocars, motocyclettes, conduites intérieures réquisitionnées et, naturellement, mes chenillettes. Quatre cents hommes à bord de cette caravane hétéroclite, et presque pas de moyens de feu. D’ailleurs, il ne s’agissait pas de combat mais, hélas, de fuite. “

„ La Loire sans Bataille “

„ L’étonnant, dans cette grande débandade, fut que les liaisons fonctionnaient à peu près bien. Les agents, officiers subalternes ou sous-officiers, se débrouillaient pour retrouver sur le terrain des troupes éparpillées, et leur porter les ordres d’un commandement lui-même mouvant. “

„ Dans toutes ces troupes circulaient un espoir, un rêve, un mot : la bataille de la Loire. On allait s’établir sur le fleuve, en interdire tous les points de passage, surveiller ses rives, avoir une ligne de feu continue. La Loire serait notre Marne. Jusqu’au bout, nous nous fabriquerions des illusions. ”

„ Si la situation générale n’inspirait guère d’optimisme, j’avais pour ma part un motif d’immédiate inquiétude : le ravitaillement en essence de mes machines. Les dépôts militaires étaient à court de carburant. Les postes de distribution civils avaient leurs caves à sec. Allais-je tomber bêtement en panne, attendant au bord d’une route d’être cueilli par l’avance ennemie ? ”

„ Il apparut que je n’avais aucune chance de trouver du combustible avant Angers. Nous en étions distants de cent cinquante kilomètres.“ (…)  Nous avions franchi sans encombre les Ponts-de-Cé. Sans encombre non plus, nous nous servîmes au magasin de carburant qui n’était pas gardé. “

„ Sur mon chemin de retour, j’eus à me soucier d’un autre ravitaillement, celui de mes hommes. “

„ Nul ne nous distribuait plus de subsistances, et nous ne rencontrions aucune cantine roulante. Nos rations étaient épuisées. Je dus alors me résoudre à vivre sur l’habitant, raflant, dans les  boutiques encore ouvertes, légumes, volailles, sucre, sardines. “

„ Je veillais à ce que mes hommes eussent toujours à boire et à fumer. Pour ce faire, je dévalisai de temps à autre un débit de tabac. Et j’eus toujours, sur le véhicle qui me suivait, un tonneau de vin en perce, où l’on pouvait aux haltes venir se réconforter. Peut-être est-ce pour cela que, durant cette campagne, j’arrivai toujours avec plus d’hommes que je n’en comptais au départ. Des soldats perdus, cherchant leur unité, ou résignés à ne pas la retrouver, s’agrégeaient à ce convoi qui restait à peu près ordonné, et sautant dans mes chenillettes, où ils partageaient notre pitance. “

„ Je  fus ainsi deux ou trois jours encore à circuler le long de la Loire. Je traversai mon cher Saumur, où les élèves-officiers de la promotion qui suivait la mienne se préparaient au combat. C’était le seul point qui donnait une impression rassurante. “

„ Je ne me rappelle plus où j’entendis la demande de cessez-le-feu. En tout cas, j’étais encore sur la Loire… Ce que je sais, c’est que le 19 juin, je reçus l’ordre de „ tenir “ le port d’Ingrandes, et huit kilomètres du fleuve en amont. “

„ Ma plus grande difficulté fut d’établir mes plans de feu de telle manière que mes quarante machines, masquées par les îles ou les courbes de la rivière, ne se tirassent pas les unes sur les autres. “

„ Je „ tins “ toute la journée, d’autant plus fermement que rien ne se présenta en face. Au soir, je reçus du colonel de Saint-Laumer l’ordre de décrocher. “

„ Cholet, Parthenay, Saint-Maixent… Nous allions vers le sud, sans plus d’espoir. “

„ Il n’était plus question de front continu. Tout était disloqué. On faisait constituer des „ points d’appui “ illusoires. “

„ On reculait dans le vide. Le coeur se serrait lorsqu’on pensait que cette France vraie, profonde, charnelle, allait être laissée, dans un moment, aux armées étrangères qui nous suivaient. “

„ Ma carte Tarride n’était pas assez détaillée pour que je puisse faire mon chemin moi-même, par des voies secondaires. En changeant de département, il me fallait décrocher, dans la première maison trouvée, le calendrier des Postes, portant au dos la carte locale. Cela disait à quel désarroi nous étions réduits ! “

„ Je passai devant l’un des „points d’appui“ . Il consistait en un fusil mitrailleur posé au sol qui pointait la route, avec un tireur couché derrière, quelques hommes en retrait, et un capitaine qui faisait les cent pas. “

„ Comme je m’arrêtai devant lui, cet officier, réserviste visiblement, me dit, d’une voix tout ensemble angoissée et impérieuse :

„ Si vous rencontrez les Allemands, surtout, ne tirez pas ! “

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„ Si vous rencontrez les Allemands, surtout, ne tirez pas ! “

Claire GRUBE

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