Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | November 17, 2013

La conquête du Tonkin

La conquête du Tonkin

Grüß Gott !

La France, en l’an 1885, au Tonkin, pacifie et civilise. Avec des soldats barbares et sauvages.

Mes campagnes au Tonkin / Nestor Villot / 1885-1886 / Internet: 

« Le 9, on reprend la route de Phu Lang Thuong. A 8 heures on attaque un village rebelle. Après une vraie fusillade, ma compagnie se lance à l’assaut et entre à la baïonnette. »

« On saccage tout et tous ceux qui sont pris les armes à la main sont fusillés. On brûle le village. »

« Le 15 nous faisons une nouvelle reconnaissance où on capture encore plusieurs bandes qui sont fusillées séance tenante. Ils étaient vite jugés. On plaçait les condamnés contre un mur dans un tas. On faisait un feu de section dessus et justice était rendue ».

« On arrive sur eux ; un combat au corps à corps a lieu pendant deux minutes à peine ; dix pavillons noirs restent sur le carreau ; les autres se sauvent. Mais ces brigands ont le temps de couper la tête du lieutenant qu’ils avaient blessé. Ils emportent cette tête au bout d’une lance, et nous la montrent en se sauvant, d’un air de défi. »

« Ma compagie formée en colonne d’assaut, s’élance sur le village ; les clairons sonnent la charge. « Il y a la goutte à boire ! Il y a la goutte à boire ! » Cette sonnerie endiablée redonne du courage et des jambes. On enfonce les portes du village, et la baïonnette en avant on entre dans les cours, les cagnas, fouillant, cassant, brisant tout. Une chasse aux pirates a lieu ; seulement ils ne nous attendent pas ; on en éventre quand même quelques-uns qui ne peuvent se sauver à temps. Le village est pillé et brûlé. »

« On fait juste une expédition pendant la nuit du 24, dans un village pirate à 15 kilomètres, sur la rive gauche du Song Cau. Les pirates sont délogés du village ; on en capture plusieurs qui sont fusillés. »

« Nous faisons travailler 500 Annamites à la construction de la route ; nous construisons un pont au gué de Tron Song un autre au bas du camp. C’est très curieux de faire travailler ces Annamites,  ils sont paresseux et rossarts. On est forcé de temps en temps de se servir de la trique pour les faire marcher ou les mettre d’accord car ils sont souvent en dispute pour le travail. »

Lettres du Tonkin / 1884-1886 / Gaston Dreyfus / L’Harmattan / 2001:

« Parlons un peu de l’expédition envisagée sous un autre point de vue. Je commence par vous assurer que, venus au Tonkin sous le fallacieux prétexte de débarrasser les Annamites de l’oppression des Chinois et de la tyrannie de mandarins, – animés surtout d’un beau prétendu zèle pour apporter à ces populations déshéritées les bienfaits de notre civilisation, nous nous sommes montrés jusqu’à présent plus inhumains et plus barbares que des sauvages. C’est triste à dire, mais c’est l’exacte vérité. Nous avons affaire à une population misérable, mais douce et relativement honnête. Ces malheureux, persécutés par les Chinois et par leurs mandarins, sont d’une timidité très grande, et maniables à plaisir. On les traîte absolument comme des bêtes de somme, sans égard pour leur âge ou pour leur vie. On les réquisitionne pour les assaisonner à toutes les corvées, surtout les plus pénibles. Si on laissait faire nos soldats, ils les tueraient pour le plaisir de tuer. Ils l’ont du reste prouvé dans des circonstances trop nombreuses, malheureusement : un soupçon, souvent moins que cela suffit : pan, pan, un coup de fusil… »

« J’ai vu taper sur ces infortunés comme on tape sur des bestiaux ; nos collies… sont chargés comme des chameaux, ils marchent en trottinant et pliant sous le faix. C’est un véritable bonheur pour les soldats de casser leurs cannes sur leurs dos. A côté de cela ces mêmes abrutis qui un instant avant rossaient sans motif à tour de bras partagent leur biscuit et leur nourriture avec ces même coolies : expliquez cela comme vous pourrez. »

« A maintes reprises on a fait partir d’ici des compagnies pour surprendre au petit jour les pirates qu’on signalait en un endroit donné ; on arrivait, on tirait des feux de salves des feux de peloton sur des gens qui à notre vue, filaient dare dare ; on en a tué beaucoup, mais on se demande chaque fois combien de vrais pirates gisent parmi les cadavres ; je crois fermement que le plateau innocent est beaucoup plus chargé que l’autre. »

« … nos braves turcos supportent vaillamment le feu des Chinois postés le long de l’arroyo et derrière leurs murs. Arrivés à 250 mètres des positions, on sonne la charge ; ils débouchent baïonnette au canon sous un feu terrible, franchissent par immenses enjambées l’espace devant eux, arrivent sur les bords de l’arroyo se jettent bravement dedans et remontent sur la rive opposée en embrochant les Chinois qu’ils rencontrent ; je les vois pénétrer en masse dans l’intérieur du camp chinois, ils rentrent dans leurs tentes et font avec leurs fusils un nettoyage parfait ; quelques fuyards parviennent à s’échapper mais sont en grande partie reçus par les feux du 143ème et poursuvis par nos obus. »

« Nos pertes s’élèvent à 60 blessés pour les deux journées ; je ne connais pas encore le nombre des tués… Les pertes des Chinois sont immenses ; leurs cadavres jonchent la plaine et les alentours des camps ; dans le petit trajet que j’ai parcouru, j’en ai compté 120 et plus ; à chaque instant on entend des coups de fusil, ce sont des Chinois qu’on déniche et qu’on fusille. »

« C’est hideux, ce spectacle, mais chose étonnante on y assiste froidement et on trouve cela tout naturel. »

« A peine livré à lui-même, il a fait faire sur tout son parcours des feux de salves sur tout individu qui se hasardait à 1 ou 2 km à la ronde. Les malheureux paysans qui travaillaient paisiblement dans les rizières, piquant leur riz, se demandaient ce que voulait dire cette grêle de plomb tombant subitement sur eux. »

« Voilà comment nous pratiquons le Protectorat ici, protectorat et civilisation. Les malheureux Annamites n’osaient même plus venir au devant de nous pour faire selon l’habitude du pays leurs offrandes. »

« Une deuxième bande de pirates… non-annamites était conduite par le commandant Césari, à la tête d’un bataillon éminemment bien choisi pour propager la civilisation : c’est le 3ème bataillon d’infanterie légère d’Afrique, – vulgairement « les Zéphirs », la graine des honnêtes gens de France et de Navarre. C’est dans ce corps qu’on fait entrer tous les hommes qui ont des condamnations, voleurs, faussaires, ivrognes et récidivistes pour la plupart. »

Annam-Tonkin / 1885-1896 / Lettrés et paysans vietnamiens face à la conquête coloniale / Charles Fourniau / L’Harmattan / 1989:

« Pour peser le moins sur les plans de mobilisation générale, et pour ne pas avoir à trop affronter la population, la ponction par volontariat sur les forces stationnées en France fut la plus légère possible. Furent envoyées prioritairement au Tonkin la Légion Etrangère et les compagnies disciplinaires des bataillons d’Afrique, les zéphyrs. Les zéphyrs constituaient « la lie de l’armée » disait Courcy. Ils donnaient des soldats mal entraînés, indisciplinés, proies des épidémies par incapacité d’une hygiène de vie élémentaire. La Légion constituait une force beaucoup plus efficace, sanglés dans une discipline féroce. »

« Mais humainement les individus qui composaient ces deux corps, soit plus de la moitié du Corps Expéditionnaire, étaient, pour la plupart, d’un très bas niveau. « La « pacification » française avait en eux de singuliers et terribles agents. »

« Pendant un quart de siècle les dépradations des bandes chinoises ou les conséquences des insurrections avaient accumulé les ruines. Puis vint la conquête française qui fut terrible. Dès 1884 Mgr Puginier notait que « peut-être la moitié des villages avaient été incendiés, pillés ou rançonnés. »

« Car l’incendie des villages marquait de façon banale le passage des colonnes. Un lieutenant-colonel avant une opération formulait ainsi ses ordres : « Les villages non habités seront brûlés et les habitants qui se sauveront à l’approche des troupes françaises serviront de but à nos fusils… La reconnaissance sera complétée par le principe de brûler tous les villages inhabités, de casser, de détuire tous les arbres… et de tirer sur tous les habitants qui se sauvent à notre approche. »

« Sous Négrier la « baïonnétade » était pratique courante. Un soldat raconte : « En passant dans les villages nous avions le droit de tout tuer et piller lorsque les habitants ne venaient pas se soumettre. Aussi nous n’avons pas manqué de poulets et de cochons pendant la colonne… nous partons le soir vers dix ou onze heures, nous allons dans des villages et nous surprenons les habitants au lit. Nous tuons tout, hommes, femmes, enfants à coups de crosse de fusil ou à la baïonnette, c’est un vrai massacre. »

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« Puis vint la conquête française qui fut terrible. »

Claire GRUBE

 

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