Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | September 4, 2013

Les derniers jours de Pékin

Les derniers jours de Pékin

Grüß Gott !

Les soldats français, en Chine, en l’an 1900, sont braves et bons. Ils se distinguent des autres soldats étrangers, mauvais et méchants.

Les derniers jours de Pékin / Pierre Loti / Calmann-Levy / 1901:

„ Quand nous sommes arrivés dans la mer Jaune, Pékin était pris et les batailles finissaient ; je n’ai donc pu observer nos soldats que pendant la période de l’occupation pacifique ; là, partout, je les ai vus bons et presque fraternels envers les plus humbles Chinois. Puisse mon livre contribuer pour sa petite part à détruire d’indignes légendes éditées contre eux ! “

„ Pendant deux mois, les rages de destruction, les frénésies de meurtre se sont acharnées sur cette malheureuse « Ville de la Pureté céleste », envahie par les troupes de huit ou dix nations diverses. Elle a subi les premiers chocs de toutes les haines héréditaires. Les Boxers d’abord y ont passé ; les Japonais y sont venus, héroïques petits soldats dont je ne voudrais pas médire, mais qui détruisent et tuent comme autrefois les armées barbares. Encore moins voudrais-je médire de nos amis les Russes ; mais ils ont envoyé ici des cosaques voisins de la Tartarie, des Sibériens à demi Mongols ; tous gens admirables au feu mais entendant encore les batailles à la façon asiatique. Il y est venus de cruels cavaliers de l’Inde, délégués par la Grande-Bretagne. L’Amérique y a lâché ses mercenaires. Et il n’y restait déjà plus rien d’intact quand sont arrivés, dans la première excitation de vengeance contre les atrocités chinoises, les Italiens, les Allemands, les Autrichiens, les Français.“

„ Au dessert, à l’heure des cigarettes dans le sarcophage, Renaud, à qui j’ai donné la parole, me conte que son escadron est campé au bord d’un cimetière chinois de Tien-Tsin et que les soldats d’une autre nation européenne (je préfère ne pas dire laquelle), campés dans le voisinage, passent leur temps à fouiller les tombes pour prendre l’argent qu’on a coutume d’enterrer avec les cadavres.“

„ Mais ce lieu, tant habitué au respect et au silence, est profané aujourd’hui par la cavalerie des « barbares ». Quelques milliers d’indiens, levés et expédiés contre la Chine par l’Angleterre, sont là campés, leurs chevaux piétinant toutes choses ; les pelouses, les mousses s’emplissent de fumier et de fientes. Et, d’une terrasse de marbre où l’on brûlait autrefois de l’encens pour les dieux, montent les tourbillons d’une fumée infecte, les Anglais ayant élu cette place pour y incinérer leur bétail mort de la peste bovine et y fabriquer du noir animal.“

„ Les Japonais les premiers ont fourragé là-dedans ; ensuite sont venus les Cosaques, et en dernier lieu les Allemands, qui nous ont cédé la place. A présent, c’est par toute l’église un indescriptible désarroi ; les caisses ouvertes ou éventrées ; leur contenu précieux déversé dehors, en monceaux de débris, en ruissellements de cassons, en cascades d’émail, d’ivoire et de porcelaine.“

„ Dans la nef, dans les bas-côtés, les monceaux de caisses et de boîtes s’élèvent jusqu’à mi-hauteur des colonnes. Malgré les bouleversements, malgré les pillages faits à la hâte par ceux qui nous ont précédés ici, Chinois, Japonais, soldats allemands ou russes, il reste encore des merveilles. Les plus énormes coffres, ceux d’en dessous, préservés par leur lourdeur même et par les amas de choses qui les recouvraient, n’ont même pas été ouverts. On s’est attaqué plutôt aux innombrables bibelots posés pardessus, et enfermés pour la plupart dans des guérites de verre ou des écrins de soie jaune : bouquets artificiels en agate, en jade, en corail, en lapis ; pagodes et paysages tout bleus, en plumes de martin-pêcheur prodigieusement travaillées ; pagodes et paysages en ivoire, avec des milliers de petits bonshommes ; oeuvres de patience chinoise, ayant coûté des années de travail, et aujourd’hui brisées, crevées à coups de baïonnette, les débris de leurs grandes boîtes de verre jonchant le sol et craquant sous les pas. “

„ Par les portes ouvertes, sur les marches si blanches qui y montent, de gentils débris de toutes sortes dévalent en cascade : cassons de porcelaines impériales, cassons de laques d’or, petits dragons de bronze tombés les pattes en l’air, lambeaux de soies roses et grappes de fleurs artificielles. Les barbares ont passé par là, mais lesquels ? Pas les Français assurément, pas nos soldats, car jamais cette partie de la « Ville Jaune » ne leur a été confiée, jamais ils n’y sont venus.“

„ Vu aujourd’hui, chez des marchands chinois, un dépôt de ces ingénieuses statuettes en terre cuite qui sont une spécialité de Tien-Tsin. Elles ne figuraient jusqu’à cette année que des gens du Céleste Empire, de toutes les conditions sociales, et dans toutes les circonstances de la vie ; mais celles-ci, inspirées par l’invasion, représentent les divers « guerriers d’Occident », types et costumes reproduits avec la plus étonnante exactitude. Or, les minutieux modeleurs ont donné aux soldats de certaines nations européennes, que je préfère ne pas désigner, des expressions de colère féroce, leur ont mis en main des sabres au clair ou des triques, des cravaches levées pour cingler.“

„ Quant aux nôtres, coiffés de leur béret de campagne et très Français de visage avec leurs moustaches faites en soie jaune ou brune, ils portent tous tendrement dans leurs bras des bébés chinois. Il y a plusieurs poses, mais toujours procédant de la même idée ; le petit Chinois quelquefois tient le soldat par le cou et l’embrasse ; ailleurs le soldat s’amuse à faire sauter le bébé qui éclate de rire ; ou bien il l’enveloppe soigneusement dans sa capote d’hiver… Ainsi donc, aux yeux de ces patients observateurs, tandis que les autres troupiers continuent de brutaliser et de frapper, le troupier de chez nous est celui qui, après la bataille, se fait le grand frère des pauvres bébés ennemis ; au bout de quelques mois de presque cohabitation, voilà ce qu’ils ont trouvé, les Chinois, et ce qu’ils ont trouvé tout seuls, pour caractériser les Français.“

„ Dans l’après-midi, le maréchal de Waldersee vient au quartier général français. Il se complaît à redire, ce qui est du reste la vérité, que l’incendie a été éteint presque uniquement par nos soldats, – sous la conduite de mon nouvel ami, le colonel Marchand. “

„ La partie de Pékin dévolue à la France, et qui a plusieurs kilomètres de tour, est celle que les Boxers pendant le siège avaient le plus détruite, celle qui renfermait le plus de ruines et de solitudes, mais celle aussi où la vie et la confiance ont le plus tôt reparu. Nos soldats sont ceux qui fusionnent le plus gentiment avec les Chinois, les Chinoises, même les bébés chinois. Dans tout ce monde-là, ils se sont fait des amis, et cela se voit de suite à la façon dont on vient à eux familièrement, au lieu de les fuir.“

„ Dans ce Pékin français, la moindre maisonnette à présent a planté sur ses murs un petit pavillon tricolore comme sauvegarde. Beaucoup de gens ont même collé sur leur porte un placard de papier blanc, dû à l’obligeance de quelqu’un de nos troupiers, et sur lequel on lit en grosses lettres d’écriture enfantine : « Nous sommes des Chinois protégés français », ou bien : « Ici, c’est tout Chinois chrétiens. » Et le moindre bébé en robe, ou tout nu coiffé d’un ruban et d’une queue, a appris à nous faire en souriant le salut militaire quand nous passons.“

„ A un détour du chemin creux, une troupe de laboureurs qui nous voient tout à coup surgir s’effarent et jettent leurs bêches pour se sauver. Mais l’un d’eux les arrête en criant : « Fanko pink ! (Français soldats!) Ce sont des Français, n’ayez pas peur ! » Alors ils se courbent à nouveau sur la terre brûlante, continuent paisiblement leur travail, en nous regardant passer du coin de l’oeil. – Et leur confiance en dit déjà très long sur l’espèce un peu exceptionnelle de «barbares» que nos braves soldats ont su être, au cours de l’invasion européenne.“

„ On voit que l’hiver a été salubre pour nos soldats, car ils ont la santé aux joues. Et ils se sont organisés d’ailleurs avec une ingéniosité comique et un peu merveilleuse, créant des lavoirs, des salles de douches, une salle d’école pour apprendre le français aux petits Chinois, et même un théâtre. Vivant en intime camaraderie avec les gens de la ville, qui bientôt ne voudront plus les laisser partir, ils cultivent des jardins potagers, élèvent des poules, des moutons, des petits corbeaux à la becquée, – voire des bébés orphelins.“

„ Jusqu’à ce jour, il est vrai, l’invasion ne les a guère troublés, ceux-ci ; dans cette contrée que nous Français occupons seuls, nos troupes n’ont jamais eu d’autre rôle que de défendre les villageois contre les bandes de Boxers pillards ; le labour, les semailles, tous les travaux de la terre ont été faits tranquillement en leur saison, – et il est impossible ne n’être pas frappé de la différence avec certaines autres contrées, que je ne puis trop désigner, où c’est le régime de la terreur et où les champs sont restés en friche, redevenus des steppes déserts. “

„ Après le douzième kilomètre environ, halte dans un village, pour déjeuner chez un grand prince, d’un rang beaucoup plus élevé que celui qui chevauche avec nous : oncle direct de l’Empereur, celui-là, en disgrâce auprès de la Régente dont il fut le favori, et préposé aujourd’hui à la haute surveillance des sépultures. Étant en deuil austère, il s’habille de coton comme un pauvre, et cependant ne ressemble pas à tout le monde. Il s’excuse de nous recevoir dans le délabrement d’une vieille maison quelconque, les Allemands ayant mis le feu à son yamen…“

„ Dès qu’on aborde les terrasses blanches du temple, on commence d’apercevoir les dégâts de la guerre. Les soldats allemands, venus ici avant les nôtres, ont arraché par places, avec la pointe de leurs sabres, les belles garnitures en bronze doré des portes rouges, les prenant pour de l’or.“

„ Sur des terrasses de plus en plus hautes, après deux ou trois cours dallées de marbre, après deux ou trois enceintes aux triples portes de cèdre, le temple central s’ouvre à nous, vide et dévasté. Il reste magnifique de proportions, dans sa demi-obscurité, avec ses hautes colonnes de laque rouge et d’or; mais on l’a dépouillé de ses richesses sacrées. Lourdes tentures de soie, idoles, vases de libation en argent, vaisselle plate pour les festins des Ombres, avaient presque entièrement disparu quand les Français sont arrivés, et ce qui restait du trésor a été réuni en lieu sûr par nos officiers. Deux d’entre eux viennent même d’être décorés pour ce sauvetage par l’Empereur de Chine, – et c’est là un des épisodes les plus singuliers de cette guerre anormale : le souverain du pays envahi décorant spontanément, par reconnaissance, des officiers de l’armée d’invasion … “

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„ Puisse mon livre contribuer pour sa petite part à détruire d’indignes légendes éditées contre eux ! “

Claire GRUBE

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