Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | May 14, 2013

Saumur: résistance héroïque

Saumur : résistance héroïque  

Grüß Gott !

Quelques soldats français, en l’an 1940, sur la Loire, sans armes et sans expérience, veulent arrêter les troupes allemandes.

 Je recommencerais bien / Jean Ferniot / Grasset / 1991:

« Est-ce sur la Loire que finalement notre armée arrêtera l’offensive ennemie ? Nous le souhaitons tous, sans nous bercer d’illusion. Vers le 15 juin, le colonel Michon, commandant l’école, expédie sur Montauban le personnel non combattant. Les combattants, c’est nous, qu’on appellera les Cadets, et nos officiers. On nous confie la défense de la Loire, de part et d’autre de Saumur. »

« Le front, de Gennes à Montsoreau, représente environ vingt-cinq kilomètres. Nous sommes bien peu nombreux, avec un armement déficient, et ne disposons d’aucun soutien d’artillerie. Nous ignorons encore à quel point nous sommes démunis. »

« J’ai lu des récits sur les Cadets de Saumur. On y glorifie l’école, digne de son passé, et l’héroïsme des élèves aspirants qui, pour le panache – car pour quoi d’autre les priait-on de le faire ? – sont morts dans ces brefs, mais sanglants, combats. On voit bien que ce sont les survivants qui écrivent l’histoire. »

« L’absurdité monstrueuse de cette opération aurait dû faire réfléchir les commentateurs épiques de ces journées. Autant le sacrifice de vies humaines peut se justifier s’il a quelque utilité stratégique, politique ou morale, autant celui-là fut vain. On se bat à Saumur les 19, 20 et 21 juin. Le 17, le maréchal Pétain a demandé l’armistice. »

« Ah, ce bref – mais très long – voyage en car, sous le regard effrayé ou haineux des quelques habitants restés dans leur petite cité ! Alors que Paris et la plupart des villes françaises ont ouvert leurs portes aux Allemands, voici que Saumur va résister ! A notre passage, quelques uns ont même jetés des pierres. »

« Ma brigade est placée un peu à l’est de Saumur, au lieu dit le Petit-Puy. Le lieutenant Noirtin établit son PC dans les locaux d’un négociant en vins, au pied de la falaise calcaire que longe la route de Montsoreau. »

« Dès notre arrivée sur cette rive sablonneuse, boisée, qui descend vers une Loire paresseuse encombrée de javeaux, il nous faut creuser dans le sable des trous individuels pour assurer notre camouflage et notre protection. Les pelles entrent en action. Nous n’avons emporté que notre uniforme, le mousqueton et quelques dizaines de cartouches. Pas de sabre, heureusement, ni de grenades, hélas. Nous avons laissé à l’école les cantines où sont serrés nos affaires personnels. Notre brigade dispose en outre de deux fusils-mitrailleurs, mais de modèle 1915, plus dangereux pour ceux qui les manipulent que pour ceux qu’ils menacent. »

« Nous sommes le 19, sur le qui-vive, mais nous ne pouvons guère aligner qu’un homme tous les vingt ou trente mètres. Les nerfs à vifs, nous entendons sans le voir l’ennemi sur la rive droite, qui n’a aucune raison de se gêner : quel mal pourrions-nous lui causer ? »

« Dans la nuit du 19 au 20, épuisé après mon tour de garde, je m’écroule au pied d’un arbre, sans même ôter ma capote. A l’aube, des miaulements m’éveillent. On tire sur nous. Je vois, juste au-dessus de moi, une branche tomber, brisée net. C’est ainsi seulement, avec le bruit, que l’on reconnaît les balles. Je rampe jusqu’à mon trou une petit levée de sable, plutôt . Et j’aperçois une barque plein de dix ou douze Allemands. Les uns rament, les autres tirent à la mitraillette. De notre côté nous sommes si peu nombreux que nous ne nous apercevons même pas. J’arme le fusil-mitrailleur qui m’a été confié et je commence à tirer ; il se bloque presqu’aussitôt. De la barque, on m’a repéré et je deviens cible. Il me reste le mousqueton. Couché derrière mon petit tas de sable, je garnis cet engin dérisoire. Une balle – bien ajustée ou guidée par le hasard ? – frappe l’un des assaillants, qui tombe à l’eau. Je devrais, je suppose, éprouver la griserie du chasseur. Ce n’est pas le cas. »

« Je continue à tirer, tout en me protégeant, mais je ne puis, à moi seul et si pauvrement armé, empêcher le bateau d’atteindre la rive, à quelques mètres de moi. Les balles passent, folles, tout autour. Les Allemands, l’arme à la main, sautent à terre. Que puis-je faire, seul ? Je décroche et je m’enfuis, courbé en deux, les cartouchières vides, espérant trouver, de l’autre côté de la route, au pied de la falaise, quelque soutien. Personne. »

« Soudain je me heurte au lieutenant Noirtin, qui sort de son PC, clignant des yeux comme une chouette surprise par la lumière. Quelques secondes me suffisent pour l’informer. Les élèves de notre brigade, disséminés sur une trop grande distance, ne peuvent opposer une défense efficace à l’assaut. »

« Les Allemands approchent, tirant toujours. Le lieutenant et moi grimpons le sentier en pente raide qui mène à d’autres grottes, puis au sommet de la falaise. »

« Nous avons alors la chance inouïe de retrouver intact et en état de marche le side-car de liaison et nous nous en emparons. »

« Le lieutenant Noirtin a pris sa décision : nous rejoignons Montauban, où se trouvent déjà les services de l’école. Il enfourche la moto, je prends place dans le panier, et en avant.

« Nous faisons une courte halte à Périgueux pour déjeuner dans un restaurant bondé de militaires que la débâcle n’a pas privés d’appétit. »

« A Montauban, tandis que le lieutenant va discuter dans un bâtiment rébarbatif, je m’étends sur un banc, harassé, et je sombre dans le sommeil. Le lendemain, nous reprenons la route, pour peu de temps : nos cantonnements se trouvent autour du village de Nohic, dans le Tarn-et- Garonne, à mi-distance de Montauban et de Toulouse. »

« Nous voyons ainsi rejoindre Nohic bon nombre de nos camarades, faits prisonniers, parqués dans l’école, puis libérés, soit que les Allemands aient ainsi voulu rendre hommage à de courageux combattants, soit que, l’armistice demandé, ils n’aient pas voulu encombrer leur camps, déjà surchargés, d’un contingent supplémentaire. »

« J’aide le lieutenant Noirtin à rédiger son rapport sur le rôle de notre brigade dans les combats de la Loire. Le pauvre n’a rien vu. Je lui apporte mon témoignage et ceux de mes camarades que je collecte discrètement. Nous sommes devenus intimes grâce à la fraternité du side-car et il me rend, ainsi qu’à deux autres élèves, un signalé service. »

 « L’été s’avance. Un matin, tandis que je m’emploie à ranimer le foyer de la cuisinière, le lieutenant Noirtin m’attire à l’écart :

– « L’école, me dit-il, va se voir attribuer un certain nombre de croix de guerre. Je vous ai proposé. »

 « Ai-je mérité cette distinction, accordée, précise ma citation, pour avoir « combattu un ennemi supérieur en nombre jusqu’à une distance très rapproché » ? Je me prends à douter, d’autant que le lieutenant a sollicité ma collaboration pour rédiger ce texte. J’accepte cependant avec reconnaissance : la vanité n’a pas été longue à balayer les hésitations. »

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 « Ai-je mérité cette distinction … » ?

Claire GRUBE

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