Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | January 1, 2013

Ali Boumendjel: mort par la France

Ali Boumendjel : mort par la France

Grüß Gott !

Des parachutistes français, en Algérie, assignent un militant politique à résidence. Et l’assassinent.

Wikipedia.org / Ali Boumendjel / Internet:

« Ali Boumendjel né le 24 mai 1919 à Relizane et mort le 23 mars 1957 à El Biar, Alger, est un juriste et militant politique algérien. Torturé et exécuté par les paras de Paul Aussaresses, son assassinat avait été maquillé en suicide. »

« Arrêté le 9 février 1957, il est torturé pendant plus de quarante trois jours. Il est ensuite exécuté par défenestration, afin de maquiller son assassinat en suicide. Paul Aussaresses a confirmé, dans son livre confession, que l’exécution avait bien été planifiée : le certificat de décès avait été signé la veille de celle-ci. »

Youtube.com  / Ali Boumendjel / Malika Rahal / Une affaire française, Une histoire algérienne / Des Rives / Vidéo / Internet:

« Est-ce qu’on sait dans quelles conditions il est mort ? »

« On sait qu’il a été, après avoir été détenu dans la ferme Perrin, qui est un des lieux, un des haut-lieux de la torture de la région d’Alger. On sait qu’il a été ramené dans ce local des parachutistes sur les hauteurs d’El Biar, au-dessus d’Alger. On sait par les mémoires d’Aussaresses que il y a de la discussion, entre militaires français, entre officiers français, pour savoir ce qu’on va faire de lui, et que, dit Aussaresses, l’ordre vient de Massu. Aussaresses n’évoque jamais l’intervention, il n’évoque jamais une intervention d’ordre politique. Encore une fois, on est dans une histoire où beaucoup de choses restent souterraines. Le fait que cet ordre politique ne soit pas attesté par une preuve matérielle ne signifie pas que il n’existe pas. »

« Mais est-ce qu’on sait comment il meurt ? »

« Alors, on sait comment il meurt, dans la mesure où on a quand même un certain nombre de traces. Le témoignage dans les mémoires d’Aussaresses, confirment les différents témoignages qui ont pu être recueillis par les militaires eux-mêmes. Les militaires expliquent qu’on le transporte par la terrasse du bâtiment pour le mener dans une autre partie de l’immeuble, et que sur l’ordre non dit de Massu, dit Aussaresses, il est poussé du haut du bâtiment après avoir vraisemblablement été assommé d’un coup de manche de pioche. »

« … les six médecins qui sont censés, qui sont réunis, afin de pouvoir fournir la preuve que cet homme n’a pas été torturé : c’est assez manifeste qu’on essaie de rédiger un rapport d’autopsie, pour être rendu public, pour rassurer l’opinion, sur le fait que cet homme n’a pas été torturé. »

Ali Boumendjel / / Une affaire française / Une histoire algérienne / Malika Rahal / Les belles lettres / 2010:

« Tous ces médecins, dont quatre sur les six sont des médecins militaires, concluent donc que Boumendjel s’est suicidé, et que son corps ne présente aucune trace de torture : en effet, la précision des observations n’a pas pour seul but de déterminer la cause de la mort, mais de dédouaner les parachutistes d’une éventuelle accusation de torture. Pour autant, un point demeure troublant : la description des blessures à la tête indique que Boumendjel a frappé le sol de face, la tête en avant. Le rapport ne note cependant aucune des fractures de protection aux bras et avant-bras, généralement causées par un réflexe de défense en cas de chute, y compris dans les cas de suicide. En d’autres termes, Boumendjel était probablement inconscient au moment de sa chute. A-t-il effectivement été frappé derrière la nuque par le lieutenant D., comme le prétendait Aussaresses ? »

Services spéciaux / Algérie 1955-1957 / Général Aussaresses / Perrin / 2001:

« Massu s’est tourné vers moi et m’a regardé dans les yeux avec insistance :

« Aussaresses, j’interdis qu’il s’évade ! Compris ? »

« A ces mots, je me suis directement rendu à El-Biar, boulevard Clemenceau, où Boumendjel était détenu. »

« Il y avait plusieurs bâtiments. Certains de ces bâtiments étaient reliés entre eux par des passerelles au niveau des terrasses du sixième étage. La cellule de Boumendjel était au rez-de-chausée. »

« Je suis passé au bureau du lieutenant D. , qui sembla étonné de me voir. »

« Qu’est-ce que je peux faire pour vous, mon commandant ? »

« Et bien voilà, D. : je viens d’assister à une longue réunion, en présence du général Massu. Mon sentiment, à la sortie de cette réunion, c’est qu’il ne faut absolument pas laisser Boumendjel dans le bâtiment où il se trouve actuellement. »

« Et pourquoi donc ? »

« Pour différentes raisons. Par exemple, parce qu’il pourrait s’évader. Imaginez un peu ! Massu serait furieux si cela arrivait. »

« Où faut-il le mettre alors ? »

« J’ai bien réfléchi à la question. Le mieux serait de le transférer dans le bâtiment voisin. Mais attention ! Pour effectuer ce transfert, il ne faut surtout pas que vous passiez par le rez-de-chaussé, ce qui attirerait trop l’attention. »

« D. écarquillait les yeux et ne comprenait pas où je voulais en venir, même s’il commençait, sans doute, à le deviner. »

« Mon commandant, expliquez-moi exactement ce que je dois faire. »

« Très simple : vous allez chercher votre prisonnier et, pour le transférer dans le bâtiment voisin, vous empruntez la passerelle du 6e étage. J’attends en bas que vous ayez fini. Vous me suivez mieux maintenant ? »

« D. hocha la tête pour me montrer qu’il avait compris. Puis il disparut. »

« J’ai attendu quelques minutes. »

« D. est revenu, essoufflé, pour m’annoncer que Boumendjel était tombé. Avant de le précipiter du haut de la passerelle, il l’avait assommé d’un coup de manche de pioche derrière la nuque. »

« J’ai sauté dans ma Jeep. Je suis retourné voir Massu et les autres qui discutaient encore. »

« Mon général, vous m’avez dit qu’il ne fallait pas que maître Boumendjel s’évade. Et bien, il ne s’évadera pas parce qu’il vient de se suicider. Massu, comme à l’accoutumée, poussa un grognement et je quittai les lieux. »

« La mort de Boumendjel eut un incroyable retentissement et fit couler beaucoup d’encre. On atteignit les sommets de l’hypocrisie, puisque le gouvernement, comme il est d’usage en des circonstances analogues, exigea à grand bruit toutes sortes d’enquêtes et de rapports. On en débattit jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée. »

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« On atteignit les sommets de l’hypocrisie »

Claire GRUBE

 

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