Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | July 13, 2012

Algérie: pacification française

Algérie : pacification française

Grüß Gott !

Le peuple le plus civilisé de l’Europe, en Algérie, pacifie les nomades barbares et sauvages.

L’Afrique française / l’Empire de Maroc et les déserts de Sahara / Pierre Christian / Paris / A. Barbier / 1846:

« En 1844, on a vu avec peine un général français publier, au nom du peuple le plus civilisé de l’Europe, cette proclamation, adressée aux derniers descendants d’Abou-Bekr : « Je brûlerai vos villages et vos maisons, je couperai vos arbres fruitiers. »

« Quelques jours plus tard il annonçait ainsi son triomphe : plus de cinquante beaux villages bâtis en pierre et couverts en tuile ont été pillés et détruits, nos soldats y ont fait un butin très considérable. Nous ne pouvions songer, au milieu du combat, à couper les arbres. L’ouvrage d’ailleurs serait au dessus de nos forces. Vingt mille hommes, armés de bonnes haches, ne couperaient pas en six mois les oliviers et les figuiers qui couvrent le beau panarama que nous avons sous nos pieds. »

« Le système des razzias, qui a pris faveur, est, à mon avis, une chose ignoble et monstreuse, plus propre à déshonorer l’armée qu’à la couvrir de gloire. Qu’on se représente une colonne, débouchant au point du jour sur une tribu, sans rencontrer la moindre résistance. Elle surprend, dans ses buissons, quelques centaines de femmes et de vieillards, d’enfants nus, la plupart à la mamelle. Elle les rassemble comme des troupeaux, non sans joncher le terrain des cadavres de ces malheureux, que nos soldats, abusés par la ressemblance des vêtements des deux sexes, se sont hâtés de tuer. »

« Voilà ces sauvages dont quelques « civilisés » rêve l’extermination. »

« Mais quelle raison politique pourra justifier un gouverneur d’avoir osé publier avec éloge, dans son journal officiel, que soixante-huit têtes avaient été rapportées au camp au bout de nos baïonnettes ? »

« Depuis onze ans, publiait en 1841 M. le général Duvivier, on a renversé les constructions, incendié les récoltes, détruit les arbres, massacré les hommes, les femmes, les enfants, avec une furie toujours croissante. Les bulletins, les rapports officiels qui en ont tiré vanité existeront à tout jamais, comme pièces accusatrices. »

« Les trois divisions françaises n’eurent plus guère à lutter que contre les obstacles naturels du sol ; le plateau de Bou-Zariah fut occupé ; mais, dans la poursuite des fuyards, on eut à regretter des actes d’inutile cruauté : quelques habitants de la campagne, désarmés, furent égorgés dans leur maisons ; des femmes furent violées, puis massacrées. Funestes épisodes, communs à toutes les guerres, mais que nous avons, plus tard, trop malheureusement érigés en principe, dans certaines expéditions sans fruit, et qui n’honorent personne. »

« Il s’est formé de nos jours, au sein de l’armée et de la société civile, une école qui proclame l’effusion de sang comme un bien, et qui, jugeant l’ histoire comme on l’écrivait au moyen-âge, n’y voit que des batailles (…)  Elle comprendrait que les extravagantes cruautés commises dans le Dahara, au mois de juin1845, ont achevé de détruire cette oeuvre de Pénélope que la crédulité publique appelait si naivement la pacification de l’Algérie. Dieu pèsera les cadavres qu’il nous faut encore amonceler pour étouffer les soulèvements nouveaux d’une race qui n’attend plus de nous que d’effroyables malheurs ! Croit-on, disait naguère un officier général, vétéran de l’Algérie, croit-on que la postérité ne nous en demandera pas compte ?

« Nous exterminons, sans même avoir un but arrêté, tout un peuple que nous étions venus officiellement arracher au joug sanguinaire des Turcs. »

« Lorsque Blidah n’était pas occupé par l’armée française, ses jardins et son territoire faisaient vivre une population nombreuse, et approvisionnaient la ville d’Alger de légumes et de fruits. Il a suffi de deux années d’occupation pour détruire les conduits d’eau, les jardins, saper les arbres, et remplacer l’abandon par une stérilité absolue. »

« Nous parlions humanité, et tous nos actes étaient empreints de violence, d’iniquité, de fraude et de cruauté. »

« En vertu de ses [Rovigo] instructions, un corps de troupe du 1er chasseurs d’Afrique et du 3e bataillon de la Légion étrangère, commandé par le général Faudoas, ayant sous ses ordres le colonel Schauenbourg, les chefs d’escadron Marey et Gadrat, et le chef de bataillon Salomon de Musis, sortit d’Alger pendant la nuit du 6 avril 1832, surprit, au point du jour, la tribu endormie sous ses tentes, et égorgea tous les malheureux El-Ouffias sans qu’un seul cherchât même à se défendre. Tout ce qui vivait fut voué à la mort ; on ne fit aucune distinction d’âge ni de sexe. Au retour de cette honteuse expédition, nos cavaliers portaient des têtes au bout de leurs lances, et l’une d’elles servit, dit-on, à un horrible festin. (…) Le reste du butin, sanglantes dépouilles d’un horrible carnage, fut exposé au marché de la porte Bab-Azoun. On y voyait avec horreur des bracelets de femmes encore attachés à des poignets coupés, et de boucles d’oreilles, pendant à des lambaux de chair. »

« Têtes rapportées à l’arçon de la selle par nos cavaliers, et roulant, plusieurs jours, dans les cours de nos casernes. »

« Apportez des têtes, des têtes ! bouchez les conduits d’eau crevés avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez ! »

« De telles atrocités passeraient pour fabuleuses si leurs preuves n’étaient établies par de témoignages irrécusables. »

« Le général Trézel, chef d’état-major de l’armée, s’était porté, le 22 novembre, sur Sidi-el- Kébir, beau village situé dans une gorge de l’Atlas, à une demi-lieue derrière Blidah ; il fit piller tous les biens que les habitants éplorés d’une ville inoffensive y avait transportés ; les femmes, les vieillards, les enfants réfugiés dans le sanctuaire d’un marabout, furent passés au fil de l’épée. »

« Le 7 mai, des Arabes, d’une tribu inconnue, vinrent, sous les murs de la ville, s’emparer de quelques boeufs. Le capitaine Youssef décida que les maraudeurs appartenaient à la tribu des Kharezas ; le même soir, il partit avec les Turcs, fut s’embusquer de nuit dans les environs de cette tribu, et, lorsque le jour commençait à paraître, il massacra femmes, enfants et vieillards. Une réflexion bien triste suivit cette victoire, lorsqu’on apprit que cette même tribu était la seule qui, depuis notre occupation de Bone, approvisionnait notre marché, et qui, la veille, jouissait encore de la confiance de Youssef lui-même. »

« Le 1er octobre, les soldats, fatigués de se voir ainsi harcelés, s’en vengèrent sur les habitants, dont ils firent une horrible boucherie ; 14 femmes ou enfants furent égorgés dans la seule maison du kadi Bou-Cetta, qui cependant était d’intelligence avec nous, et qu’on n’épargna pas plus que les autres. »

« Le 27 juillet, le général Desmichels débarquait au port des Poules, à l’embouchure de l’Habra, avec 1,400 hommes ; il marcha rapidement sur la bourgade de Mazagran, où les soldats ne trouvèrent qu’une vieille femme aveugle, qu’ils jetèrent dans un puits, et entra dans Mostaghanem sans coup férir. »

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« Croit-on, disait naguère un officier général, vétéran de l’Algérie, croit-on que la postérité ne nous en demandera pas compte ? »

Claire GRUBE

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