Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | June 6, 2012

Algérie: les enfumades

Algérie : les enfumades

Grüß Gott !

Les troupes françaises, en l’an 1845, en Algérie, enfument les populations insoumises. Et calcinent les récalcitrants.

L’Afrique française / l’Empire de Maroc et les déserts de Sahara / Pierre Christian / Paris / A. Barbier / 1846:

« Voici d’autres détails que met sous nos yeux une lettre particulière, adressée à sa famille par un soldat de la colonne Pélissier. »

« Deux heures après notre départ du camp, nous arrivâmes devant les grottes. On fit descendre une compagnie de grenadiers par le chemin creux qui y conduit ; mais, à peine eurent-ils fait quelques pas, qu’une décharge les obligea de retrograder. La position était inabordable ; on ne pouvait entrer qu’homme à homme, et notre corps aurait été entièrement détruit, si l’on eût fait cette tentative. Fiers de leurs retranchements devant lesquels les Turcs ont toujours échoué, n’ayant jamais été soumis à la domination française, les Arabes refusèrent de se rendre. »

« Alors le colonel Pélissier donna ordre de couper du bois, de faire des fagots, qu’avec beaucoup de peine on parvint à faire descendre vis-à-vis de l’entrée des trois grottes. Ces fagots, mêlés de paille, étaient retirés par les Arabes, à mesure qu’ils arrivaient, malgré les coups de fusil de nos tirailleurs embusqués. Enfin plusieurs de ces malheureux ayant été tués, et l’entrée de la grotte étant encombrée de fascines, on fit tomber des gerbes enflammées pour allumer cet immense bûcher. »

« La journée du 18 fut employée à alimenter cette fournaise. »

« Alors, on entendit dans l’intérieur un tumulte formé de cris,de gémissements et de coups de fusil. On sut plus tard que les Arabes délibéraient sur le parti à prendre, et que les uns demandaient à se soumettre, tandis que les autres s’y refusaient. On ignorait encore que les plus violent l’avaient emportés ; on suspendit le feu des fascines, et l’on recommenca les pourparlers. »

« Le 19, à neuf heures du matin, un Arabe sortit à travers les flammes ; il venait offrir sa soumission. On l’envoya prévenir ses malheureux compatriotes qu’ils devaient suivre le même exemple. Les Arabes offrirent de payer 75,000 francs, si l’armée se retirait. Cette condition ayant été refusée, ils rentrèrent dans les grottes. Leur fusillade recommença sur nous et sur ceux d’entre eux qui tentaient de s’échapper. De notre côté, l’ordre fut donné par le colonel Pélissier de continuer les corvées de bois. Trois heures furent laissées au reclus pour réfléchir encore. »

« Enfin, le 19, à midi, le feu se ralluma et fut alimenté toute la nuit !!! Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir, au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes français occupé à entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement des rochers calcinés s’écroulant, et les continuelles détonations des armes ! Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d’hommes et d’animaux ! »

« Le matin, quand on chercha à dégager l’entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa les yeux des assaillants. »

« J’ai visité les trois grottes, voici ce que j’y ai vu. »

« A l’entrée gisaient des boeufs, des ânes, des moutons ; leur instinct les avait conduits à l’ouverture des grottes, pour respirer l’air qui manquait à l’intérieur. Parmi ces animaux et entassés sous eux, se trouvaient des femmes et des enfants. J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un boeuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l’enfant et le boeuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal. »

« Les grottes sont immenses ; on a compté hier sept cent soixante cadavres ; une soixantaine d’individus seulement sont sortis, aux trois quart morts ; quarante ont pu survivre ; dix sont à l’ambulance dangereusement malades ; les dix derniers qui peuvent se traîner encore ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus ; – ils n’ont plus qu’à pleurer sur des ruines ! »

————————-

« Le 17 juin 1845, écrivait naguère au journal l’Heraldo un officier espagnol au service de la France, nous marchions dans le Dahara (…) »

« Quelques tribus se soumettaient pour éviter l’extermination, d’autres luttaient courageusement, et parmi ces dernières les Ouled-Riah devaient s’ensevelir dans une page sanglante de l’histoire de France. »

« Dans ce massif s’ouvrent des grottes considérables où les Arabes et les Kebailes se réfugiaient au temps des Turcs pour se soustraire au pillage. Les Ouled-Riah s’y étaient retirés avec leurs familles et leurs troupeaux, à l’approche d’une colonne guidée par le colonel d’état-major Pélissier. Une scène de cannibales que l’honneur français a flétrie (…) »

« Au moyen de nos guides, on fit appeler l’un des Kebailes, et on lui dit que s’ils ne se soumettaient pas ils seraient brûlés par les Français, qui avaient cinquante-six mules chargées de matières combustibles. L’Arabe répondit, sans se troubler, que ses compatriotes étaient résolus à se défendre. »

« Le 18, la colonne du colonel Pélissier partit de bonne heure, (…) »

« Vers une heure, on commenca à jeter à l’ouverture de l’orient, des fagots qui, cette fois, prirent feu devant les deux ouvertures de l’autre côté, et par une circonstance singulière, le vent chassait aussi les flammmes et la fumée dans l’intérieur, sans qu’il en partît presque rien au dehors, de sorte que les soldats purent pousser les fagots dans les ouvertures de la caverne, comme dans un four. »

« On ne saurait décrire alors la violence du feu. La flamme s’élevait au haut du Kantara (à plus de soixante mètres), et d’épaisses colonnes de fumée tourbillonnaient devant l’entrée de la caverne. On continua à attiser le feu toute la nuit, et on ne cessa jusqu’au point du jour. Mais alors, le problème était résolu, on n’entendait plus aucun bruit. A minuit seulement, quelques détonations avaient retenti dans l’intérieur de la grotte, ce qui avait fait penser qu’on s’y battait. »

« A quatre heures et demie du matin, je m’acheminai vers la grotte, avec deux officiers du génie, un officier d’artillerie et un détachement de cinquante à soixante hommes de ces deux corps. A l’entrée se trouvaient des animaux morts déjà en putréfaction, et enveloppés de couvertures de laine qui brûlaient encore. On arrivait à la porte par une entrée de cendre et de poussière d’un pied de haut, et de là nous pénétrâmes dans une grande cavité de trente pas environ. Rien ne pourrait donner une idée de l’horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus, dans des positions qui indiquaient les convulsions qu’ils avaient dû éprouver avant d’expirer. Le sang leur sortait par la bouche ; mais ce qui causait le plus d’horreur, c’était de voir des enfants à la mamelle gisant au milieu des débris de moutons, des sacs de fèves, etc. On voyait aussi des vases de terre, qui avaient contenu de l’eau, des caisses, des papiers, et un grand nombre d’effets. Malgré tous les efforts des officiers, on ne put empêcher les soldats de s’emparer de tous ces objets, de chercher les bijoux, et d’emporter les bernous tout sanglants. J’ai acheté un collier pris sur un des cadavres, et je le garderai,  ainsi que deux yathagans que le colonel nous a envoyés comme un souvenir de ces effroyables scènes. »

« Personne n’a pu savoir ce qui s’était passé dans la grotte, et si les Arabes, étouffés par la fumée, se sont résignés à la mort avec ce stoicisme dont ils se font gloire, ou bien si ce sont leurs chefs ou leurs marabouts qui se sont opposés à leur sortie. (…) »

« Le nombre des cadavres s’élevait de huit cents à mille. Le colonel ne voulut pas croire à notre rapport, et il envoya d’autres soldats pour compter les morts. On en sortit de la grotte environ six cents, sans compter tous ceux qui étaient entassés les uns sur les autres, comme une sorte de bouillie humaine, et les enfants à la mamelle presque tous cachés dans les vêtements de leurs mères. (…) »

« Lorsqu’on apprit en France qu’il avait pu se rencontrer dans l’armée d’Afrique un homme capable de faire brûler vivants, avec leurs femmes et leurs enfants, des ennemis qui refusaient de se rendre, toute la France fut indignée, toutes les voix demandèrent que cet homme fût livré à la justice du pays. »

« Un événement cruel, mais inévitable, celui des grottes des Ouled-Riah, dans la Dahara, paraît avoir réveillé la sensibilité publique. Il est donc opportun d’examiner la valeur de ces reproches et de justifier enfin l’armée d’Afrique des accusations peu réfléchies qui ont été si souvent dirigées contre ses actes. Nous espérons démontrer qu’au lieu du blâme, c’est l’ELOGE qu’il faudrait lui donner ; car si, dans certains cas, elle fait violence aux sentiments d’humanité qui l’animent à un aussi haut degré que celui que toute autre partie de la nation, c’est par dévouement patriotique. »

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 ” par dévouement patriotique.”

 Claire GRUBE

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