Posted by: secondeguerremondialeclairegrube | July 15, 2011

Piscines et bassins

Les plaisirs du bassin

Grüß Gott !

Les femmes françaises, sous l’occupant allemand, découvrent les plaisirs du bassin.

Les années doubles / Journal d’une lycéenne sous l’Occupation / Micheline Bood / Robert Laffont / 1974:

Mardi 25 février 1941

« J’arrive chez Yvette et nous voilà parties pour la piscine Neptuna qui se trouve à peu près en face du Rex (Soldatenkino). »

« Devant la porte, un monsieur nous demande :

« Dites, mesdemoiselles, savez-vous si cette piscine est réquisitionnée ? Parce que je vois sortir des Bochs par bataillons entiers. »

« Nous demandons à la caissière qui nous dit que non. Et nous entrons. Derrière nous, arrivent deux espèces de petites p… L’une d’elles va voir la piscine et revient en disant:

« Chic, il y en a beaucoup ! »

« Après nous être déshabillées, nous redescendons et, sans attendre, nous nous précipitons dans l’eau. Autour de nous, nous voyons: deux femmes, qui n’ont qu’un slip et un mouchoir tout à fait transparent en guise de soutien-gorge, dans les bras de deux Bochs… si ce n’est trois. Deux autres individus s’embrassent sur le bord. A côté d’eux, une femme déguisée en zèbre est tendrement dans les bras d’un autre Boch, qui la laisse tout à coup tomber dans l’eau au milieu des rires de l’assistance. Un maillot de bain rouge qui a une tête de singe est « assise » à côté d’un jeune Boch, très bien celui-là, mieux qu’elle en tout cas. Elle lui parle de très près, et soudain lui colle sur la bouche un long baiser. Il a l’air un peu dégoûté, le Boch. Alors, elle en entreprend un autre, placé tout près d’eux. Derrière le dos du premier, la voilà qui l’embrasse. Et personne n’a l’air de trouver ces manières étonnantes ! Je dis à Yvette :

« Ce n’est pas une piscine, c’est un … (je me comprends, mais je respecte mon journal). »

« Enfin, on nous laisse tranquilles, et petit à petit, des Français arrivent. Mais voilà que j’ai une crampe, et je vais me reposer dans une des baignoires qui sont sur les côtés. Sous prétexte de me protéger, un Boch m’attrape et me serre sur son cœur. Je me débats et je lui glisse entre les doigts comme une anguille, pour retomber dans les bras d’un autre. Le premier accroche une jeune fille qui, elle, ne résiste pas, et l’assied sur ses genoux où elle pousse des cris de joies. »

Mardi 8 avril 1941

« J’ai été à la piscine toute seule, pour la première fois. J’ai joué à la balle avec des Allemands, très gentils, je dois dire. Ils sont beaucoup plus amusant que les Français, parce qu’on peut pas jouer cinq minutes avec un Français sans qu’il veuille vous faire la cour et j’ai horreur de ça. Tandis que, quand on s’amuse avec des Bochs, on s’amuse vraiment et on ne pense pas du tout à autre chose. »

Jeudi 10 avril 1941

« Nous avons été à la piscine, Nicole et moi. Un Boch m’a attrapé par le bras et s’amusait à faire la planche en se cramponnant à moi. Je l’ai plongé dans l’eau pour m’en débarrasser et il a fait glouglou. Après ça, j’en ai attrapé un, qui s’était assis sans l’eau pour attendre la balle, par la tête, et je lui ai fait faire un fameux plongeon par derrière. »

Mardi 15 avril 1941

« A la piscine nous avons retrouvé Walter et Janine. Walter est musicien, il avait un concert aujourd’hui, mais il a prétendu qu’il avait mal aux dents et qu’il devait aller chez le dentiste pour pouvoir nous rejoindre. »

« Je n’arrive pas à comprendre la mentalité des gens qui fréquentent cette piscine. Ils ont tous l’air de trouver que c’est naturel d’aller avec les Bochs. »

Jeudi 3 juillet 1941

« Aujourd’hui, j’ai été à la piscine et j’ai parlé avec un aviateur très gentil. Il s’appelle Peter. »

« Nous avons pris rendez-vous lundi à Molitor et j’espère que maman va bien vouloir que j’y retourne. »

Samedi 16 août 1941

« et voilà que… je rencontre Peter, mon aviateur de la piscine. »

« Peter … il est vraiment le seul pour qui j’aie éprouvé un sentiment quelconque, et au fond, si j’ai fait attention à Bébé, c’est qu’il lui ressemblait un peu. Il a l’air tellement jeune et je le trouve si beau, avec ses cheveux dorés, ses yeux noisette piqués de points d’or, sa peau bronzée, et surtout son adorable petit nez qu’une vedette envierait. »

« Nous avons passe un après-midi vraiment merveilleux, à Molitor. C’est un peu Peter qui m’a décidée à y aller, car c’est très loin, mais cette piscine est vraiment splendide, propre et grande, et plein air. »

Samedi 9 août 1941

« L’après midi profitant du beau temps (pour une fois qu’il ne pleuvait pas) nous avons été à la piscine. »

« Et voilà pourquoi je suis fière : j’ai ramené mes premiers tickets bochs. Ils étaient six : quatre aviateurs et deux marins, rien que ça. Ils m’ont demandé de sortir avec eux demain. »

Lundi 13 0ctobre 1941

« Mais, tout a coup, j’ai aperçu la chérie de Théo Muni (c’est un officier de marine complètement fou, qui court après les filles et qui est toujours un peu soul ; il passe sa vie à la piscine). Elle s’appelle Jacqueline Ducastel. »

Samedi 6 décembre 1941

« Nous avons été à la gare Saint-Lazare, avec Monique, qui devait retrouver un Allemand qu’elle a connu à la piscine. Il s’appelle Ludwig. »

Vendredi 19 décembre 1941

« Hier, nous avons été à la piscine, où Monique a retrouvé son amoureux. Je puis bien maintenant dire « son amoureux » ! Après ce qui s’est passé … »

« Elle m’a raconté aujourd’hui que Ludwig l’avait embrassée, hier soir, avenue Gabriel. Ca devait bien arriver un jour ou l’autre, mais c’est tout de même une sale histoire. Monique a quinze ans et c’est vraiment dégoûtant de sa part de se laisser embrasser par ce Boch, qui est un ennemi en pays conquis, qui l’avait laissée complètement tomber et à qui elle a écrit lettre sur lettre pour le revoir. C’est une honte, mais elle l’a « dans la peau », absolument, et il n’y a rien à lui dire. Je ne sais pas quoi faire. »

Samedi 30 mai 1942

« J’ai été à Molitor avec Claudine et Monique. J’étais assise sur un banc dans l’espoir, toujours vain, de bronzer un peu, lorsque arrive un gros Allemand, excessivement « boch », qui me fait je ne sais quelle réflexion. »

« Nous avons joué au ballon avec lui, et parlé; et comme il nous avait dit qu’il était aviateur de carrière, nous avons décidé que ce devait être un officier. Comme nous voulions vraiment connaître une fois un officier, voir en quoi la mentalité est différente de celle des soldats, et surtout, sortir avec lui dans la rue pour être saluées par les troupes … »

« Et nous voila tous partis ensemble. C’était la première fois que nous sortions avec un officier c’était vraiment épatant : tous les soldats nous saluaient, et les souris grises, les Blitzweiben, nous regardaient d’un air furieux. »

Vendredi 31 juillet 1942

« Jeudi après midi, nous avons été à Molitor ; mais ce n’était pas un jour comme les autres pour nous, car c’était note premier jour de liberté. Nous avons joué à la balle avec deux marins allemands, dont l’un absolument gigantesque et qui nous a donné des merveilleux sandwiches au jambon avec deux centimètres de beurre. C’est le cuisinier de l’amiral. Comme nous n’avions rien à faire le soir, les uns ni les autres, nous nous sommes donné rendez-vous a 8 heures, à l’Etoile. »

Mardi 18 août 1942

« Il m’est arrivé aujourd’hui quelque chose d’extraordinaire. J’ai raconté à maman qu’un camarade m’invitait à déjeuner à la piscine et je suis allée à Molitor à 11 heures. »

« Je suis tombée là sur un phénomène le plus extraordinaire de ma vie ! Il [Rolf, officier] parlait français, excessivement bien, avec un accent cependant, mais un accent n’appartenant à aucune race, très joli et chantant. »

« Habillé, il était très chic, avec un pantalon gris et une veste blanche. Il m’a dit au revoir trois fois en me demandant de lui rester fidèle. Je le lui ai promis ! Mais c’est vraiment un drôle de type, très gentil d’ailleurs ; et j’ai l’impression de le connaître depuis des années.  Physiquement, il est pas mal, surtout quand il est bien coiffé. »

Samedi 14 novembre 1942

« Nous avons séché les cours, Monique et moi, et nous sommes allées à Molitor. Je n’ai pas dit que je me suis fait couper les cheveux, pour que maman ne voie pas quand ils sont mouillés.  Helmut (le cuisinier de l’amiral) était là et Monique a été bien contente de le voir. Moi aussi, car c’est vraiment un brave garçon. »

« Il m’a corrigé mon devoir allemand, mais nous avons tant ri qu’il m’a certainement laissé des fautes. »

La guerre sépare ceux qui s’aiment / Dominique Missika / Grasset / 2001:

« Suivre celui qu’elle aime, c’est la décision que prend la mère de Richard Bohringer. Elle a rencontré un officier allemand à la piscine Molitor et lui a cédé. Leur enfant, Richard, naît le  16 janvier 1941 de cet amour interdit. Elle part pour l’Allemagne seule, tandis que le père est envoyé sur le front russe. Elle a préféré laisser son petit garçon à sa mère. »

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16 janvier 1941 moins neuf,  …  ?

Claire GRUBE

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